Torture et humiliation permanente dans les villages d’Anyama/ Adattié dans l’enfer des FRCI

Mardi 12 Novembre 2013 - 20:31


« Nous ne sommes pas en sécurité. Nous sommes pris en otage par les Frci. Ils nous torturent et nous emprisonnent. Ils volent, rackettent et occupent nos maisons. Nous demandons leur départ ». Les villageois expriment ainsi leur ras-le-bol à Adattié. Un village du pays akyé, dans la sous-préfecture d’Anyama qui, ce mercredi 30 octobre, affiche pourtant une allure paisible. Mais ce calme qui règne sur Adattié est loin de cacher en réalité le calvaire permanent des villageois. Les autochtones Akyé dénoncent un traitement cruel de la part des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci). Pendant que l’armée du régime Ouattara, essentiellement composée d’ex-rebelles des Forces nouvelles de Guillaume Soro, de chasseurs traditionnels de la confrérie dozo du nord de la Côte d’Ivoire et de mercenaires venus de plusieurs pays de la Cedeao, vit en parfaite intelligence avec les populations allogènes dont les Malinké, elle persécute les autochtones. Ces derniers disent d’ailleurs ne pas comprendre que Siaka Ouattara, le chef des Frci du village, et beaucoup d’autres éléments de leurs rangs soient des Maliens pour une armée qui se veut ivoirienne.  Même le jour de notre reportage à Adattié, le jeudi 31 octobre, un jeune homme était aux mains des Frci. « Un jeune du village a été tellement battu qu’il a déféqué et uriné sur lui », fait remarquer un habitant. Un autre lui emboîte le pas. « Les Frci m’ont longtemps battu. Voyez mes fesses ! Ils ont mis des pointes au feu pour me piquer dans les fesses. Mon sang jaillissait et cela ne les a pas émus », s’indigne G.B. Agé de plus de 60 ans, il baisse son pantalon. Ses fess - es sont toutes noires. Ce sont les séquelles de la torture qui lui a été infligée. Il est tellement marqué qu’il est prudent. « Si les Frci nous voient ensemble, après votre départ, ils vont nous persécuter à nouveau», s’inquiète G.B. Cette peur fait qu’il insiste que son identité ne soit pas mentionnée dans le reportage. Aussi ne veut-il pas que des photos soient prises dans le village pour les mêmes raisons. A Adattié règne la loi du silence ! Au dire des villageois, une trentaine de Frci occupent de force la maison en construction du chef du village. Ce dernier, fonctionnaire exercice en ville. La maison du chef est devenue une cellule de torture et d’humiliation. C’est un véritable enfer. « Ici, les Frci nous disent que les gendarmes et même le président Alassane Ouattara ne peuvent pas les inquiéter», rapporte G.B. Il explique qu’il rentrait du champ le 23 octobre 2013 quand un certain Jackis, commandant Frci d’Akoupé-Zeudji lui demande de le suivre à la base des Frci d’Adattié. « Jackis quitte Akoupé- Zeudji pour venir se joindre aux Frci de notre village. Il me fait entrer dans une cellule de la maison. Et me demande de montrer les armes que je garderais selon lui. Pendant qu’il me posait des questions, un autre Frci connu sous le pseudonyme de Gondron me donnait de violents coups et enlève mon pantalon », décrit G.B. Son calvaire ne fait que commencer. « Les Frci me mettent les pieds au mur pour me faire pomper. Les coups de fouet s’abattent alors sur tout mon corps. Jackis sort un couteau et menace de me tuer pendant que son collègue tenait la kalach » L’adjoint au chef du village n’est pas épargné, ce même mercredi 23 octobre 2013. Il ressort de ses explications que suite à l’arrestation d’un jeune homme par les Frci, ces derniers demandent à le voir. Il n’imagine pas ce qui l’attend. « Les Frci me disent que j’aurais gardé des armes. Je n’ai pas le temps de leur répondre. Ils m’ont traité de salopard et d’imbécile avant d’ordonner de me battre », fait savoir l’adjoint au chef du village, A.Z.O. La suite est connue. «Ils m’ont déshabillé, m’ont battu avec les matraques et ceinturons et m’ont enfermé dans une cellule où se trouvaient déjà 7 détenus. Un élément Frci sort un couteau et menace de me dépecer si je n’avoue pas que je détiens des armes », raconte l’adjoint au chef. L’ancien chef du village d’Adattié paie aussi le lourd tribut du pouvoir Ouattara. Le même mercredi 23 octobre 2013, il est interpellé par la bande des Frci. J.A.N. raconte ce qu’il a subi le 20 mai 2011, le premier jour de l’arrivée des Frci dans le village après la chute de Laurent Gbagbo. «Les Frci ont tiré dans ma cour et saccagé ma maison. Ils ont pris mes gros pagnes et la somme de 1,47 millions de Fcfa. On nous a laissé entendre que nos noms sont affichés au Golf. Je me demande bien pourquoi. Mais on raconte qu’on aurait distribué des armes. Sans nous dire de qui nous les aurions reçues. Les Frci ont menotté mon fils. Ils l’ont amené en brousse et l’ont attaché à un palmier en menaçant de l’exécuter. J’ai passé 10 jours en brousse », révèle J.A.N. né en 1953. Il dit être sérieusement agacé par les agissements abusifs des Frci. « Qu’on envoie des experts de l’Onu pour perquisitionner nos maisons. Afin de nous laisser en paix. Plus de 2 ans après le changement du pouvoir, on nous terrorise toujours », se plaint-il.

Benjamin Koré (envoyé spécial à Adattié)

30 Frci dans un petit village

 Les Forces dites républicaines occupent la maison du chef du village, Adé Agba Paul à Adattié. Ce petit village de plus de 2.000 habitants, perdu dans la forêt, abrite lui seul près de 30 éléments Frci. Ils se sont établis à Adattié le 20 août dernier comme l’indiquent les villageois. Cette milice du régime a fait de la maison du chef un camp de torture des autochtones Akyé. Les arrestations sont récurrentes à en croire nos hôtes. Et, disent-ils, les libérations se font contre de fortes rançons. Allant de 150.000 à 250.000 Fcfa. Tous les litiges dont la gestion relève de l’autorité de la chefferie traditionnelle sont désormais traités par les éléments Frci. Ceux-ci méprisent et bafouent la chefferie du village. Et visitent régulièrement toutes les plantations des villageois pour s’approvisionner en manioc, banane, igname et autres vivriers sans l’avis des propriétaires. Tous les véhicules et même les motos sont soumis au racket. Les Frci exigent 2.000 Fcfa par engin. Ils ont à cet effet dressé 5 barrages dans le petit village. Ainsi les sorties de l’hévéa, du cacao, de l’attiéké et des régimes de palmier à huile n’échappent pas au racket. La collecte des taxes sur le marché se fait par ces hommes en armes devant l’impuissance des villageois. Qui disent que toutes ces tracasseries ont contribué à enclaver plus le village. Aucun véhicule ne prend le risque de s’y rendre. De peur d’être racketté. Ce qui complique la vie des malades qui doivent être évacués à Akoupé-Zeudji pour des soins. Parce que le village n’est plus desservi par les véhicules de transport ni un autre véhicule. Quel calvaire !
B.K

Loin des regards

 Adattié signifie en Akyé, petit nombre ou nombre restreint. On y arrive en passant par l’autoroute du Nord. Précisément par les villages d’Attinguié et Akoupé-Zeudji. Adattié est un village de la sous-préfec - ture d’Anyama. Peuplé d’environ 2.000 habitants, Adattié se trouve à environ 7 km de piste d’Akoupé-Zeudji. Les Malinké, les populations allochtones et allogènes vivent depuis belle lurette avec les autochtones qui les ont accueillis. Depuis le changement du pouvoir, les allochtones et allogènes et les autochtones vivent dans la méfiance. Les autochtones pensent qu’ils sont objet de dénonciation fantaisiste de la part de l’autre communauté pour les livrer aux Frci. Comme le village est difficile d’accès, tout se passe loin des regards. Après les sévices et tortures du 23 octobre dernier, la gendarmerie d’Anyama et l’Onuci se sont rendues à Adattié au dire des villageois. Mais les abus persistent et les autochtones ne savent plus à quel saint se vouer.

 B.K
Source:  Notre Voie N°4565 du lundi 11  novembre 2013




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