Tentative de déstabilisation: Affrontements entre FRCI et assaillants à Bonoua et à Samo

Des morts, plusieurs blessés, les populations dans le désarroi. C’est l’information qui nous est parvenue dans la nuit du dimanche à lundi, faisant état de violents échanges de tirs entre un commando sorti de nulle part et le détachement des Forces républicaines de Côte d’Ivoire en position dans les localités de Samo et de Bonoua.

Mardi 16 Octobre 2012 - 06:14


Patrouille FRCI
Patrouille FRCI
Des morts et des blessés
Trois assaillants arrêtés


Pour en savoir davantage sur cette énième attaque d’individus aux visages inconnus, nous nous sommes rendu sur les lieux. Il est 10h35mn, ce lundi 15 octobre 2012, quand notre équipe de reportage franchit l'entrée de la ville de Bonoua, à 29 km d'Abidjan. Des véhicules de particuliers et de transports en commun sont stationnés, contrôlés par des militaires et des chasseurs traditionnels communément appelés ‘’dozos’’. Un soldat nous ordonne de garer, puis nous laisse partir, quand nous lui présentons notre carte de presse.

Environ 100m plus loin, un autre groupe de militaires nous arrêtent. Après nous être présentés, un soldat nous demande de partir. Nous profitons de l’occasion pour chercher à glaner nos premières informations sur l’attaque dont nous avions été informés depuis la veille, tard dans la nuit. «Qu'est ce qui s'est passé ici?», interrogeons-nous. « Je ne peux rien vous dire. Allez à la base ! », répond sèchement le soldat, le visage sévère. Tout ce dispositif, pour le moins musclé, donne à la ville l'aspect d'une zone militarisé. Pick-up chargés de soldats armés jusqu'aux dents, patrouilles pédestres, ville presque déserte. Bref, Bonoua, grouillant d’habitude de monde et de vie à cette heure de la journée, n'est que l'ombre d'elle-même. C'est que la veille, soit le dimanche 14 octobre, à partir de 19h 30mn, des assaillants, dont le nombre n'a pu encore être évalué, ont lancé un assaut contre le camp des Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI), la brigade de gendarmerie et le commissariat de police.
Selon des sources militaires et le sous-préfet, les assaillants ont pris pied au centre de formation technique ‘’Don Orione’’. Un centre hautement spécialisé dans plusieurs domaines, propriété de religieux catholiques, situé en face du camp des FRCI à la sortie de Bonoua en direction d’Aboisso et du Ghana. Une fois en ces lieux, surpris certainement dans leur embuscade par des regards indiscrets, ils commencent par maîtriser les occupants, dont un prêtre, qu'ils enferment dans une chambre en prenant soin de leur arracher leurs téléphones portables. Ils s’emparent également de deux véhicules, une Toyota de type RAV4 et une Peugeot 406 à bord desquels ils embarquent, non sans indiquer le motif de leur présence dans la ville de Bonoua. Selon le témoignage du responsable du centre de formation technique, les assaillants ont lancé, pour satisfaire la curiosité des pensionnaires des lieux, qu'ils sont là pour ‘’le combat de la libération de la Côte d'Ivoire’’.
Prenant position dans le centre de formation, ils engagent, les premiers, les hostilités, en libérant des tirs de roquettes à l’endroit du camp des FRCI, sans doute, pour semer la panique chez les militaires. Le commandant des FRCI de Bonoua, rentrant d'une patrouille, au même moment, essuie des tirs à l'entrée du camp. Ses éléments ripostent afin de lui permettre d'accéder au poste d'observation. Une fois sur les lieux, il donne l'ordre aux soldats de rester sur place, et surtout d'éviter de sortir, étant donné qu'ils ne savent pas grand-chose des assaillants. Le commandant alerte sa hiérarchie et aussitôt, des soldats en provenance d'Abidjan et de Grand-Bassam, distant de 14km de Bonoua, arrivent en renfort. Les assaillants tentent en vain alors de s'introduire à la brigade de gendarmerie, située non loin du centre de formation leur servant de base. Par contre, ils réussissent à pénétrer dans le commissariat, maîtrisent les policiers de permanence et s'emparent de deux kalachnikov et du matériel de communication.
Le sous-préfet, Coulibaly Magloire, que nous avons rencontré chez lui à domicile, a ajouté que les assaillants voulaient récupérer la voiture de service du commissariat. Mais, alertés depuis des jours de l'imminence d'une attaque, les policiers ont pu planquer l’engin dans un endroit tenu secret. Qu'à cela ne tienne, les assaillants, après leurs forfaits, tentent de quitter la ville, en prenant la direction de Grand-Bassam et de Samo, au Sud. C'est en ces lieux que le choc a été terrible entre eux et les éléments du général Soumaïla Bakayoko.

Des militaires tués

A la sortie Nord de Bonoua, les assaillants tombent sur le renfort des FRCI en provenance de Grand-Bassam. L’affrontement est inévitable. Il tourne en quelques minutes, en faveur des assaillants, dans la mesure où l'une des armes lourdes des FRCI va se trouver enrayée en plein théâtre des opérations. Les militaires, amputés d'un moyen de riposte aussi puissant, sont mis en difficulté. Deux des leurs sont blessés et évacués à Abidjan. Ce qui donne l'occasion aux assaillants de disparaître, sauf l'un des leurs qui tombe entre les mains des militaires. Il est aussitôt conduit à la base des FRCI.
Sur place, les soldats découvriront que le prisonnier est un ancien militaire détaché, à l'époque, à l'Etat-major des armées. Un autre assaillant a été abattu non loin du centre de formation technique. Selon le sous-préfet de Bonoua, cet assaillant a été tué alors qu'il se dirigeait vers le camp des FRCI. Son corps était encore exposé à proximité du camp des militaires jusqu'en début d'après-midi, quand nous quittions Bonoua.
S’agissant de l’autre détachement du commando encagoulé qui avait pris la direction de Samo, il croisera le fer avec les militaires de la zone. Le bilan reste jusque-là inconnu. Mais selon des sources dignes de foi, deux assaillants ont été arrêtés. Il s'agit de deux militaires anciennement en fonction au Bataillon blindé. Ces deux soldats ont été récupérés par les Forces spéciales venues en renfort à Samo pour nécessité d'enquête. Mais à Samo, selon des habitants, témoins de la scène, qui nous ont donné des informations, les assaillants ont fait quatre morts (4) dans les rangs des militaires au corridor nord. A bord d'un véhicule banalisé, ils auraient ouvert le feu sur les militaires en faction au corridor, tuant quatre parmi eux, sur le coup.
Après leur forfait, ils se sont rendus à la station d'essence de Samo, juste à côté, où ils sont rejoints par un pick-up dans lequel se trouvent leurs camarades. Là, ils déchargent des lance-roquettes et ouvrent le feu sur quatre véhicules stationnés (un taxi-brousse, un camion de ramassage de sable, une Mercedes 190 et un véhicule 10 tonnes chargé de sacs de charbon, qui s’embrasent aussitôt sous le feu des roquettes. Ce spectacle digne d’Hollywood, sème la panique dans le village et fait fuir les habitants des lieux. Seuls maîtres désormais, les assaillants, dont on ne sait d’où ils sont partis, se planquent dans les champs d'hévéa à proximité, attendant sans doute l'arrivée des FRCI pour lancer leur assaut. Pensant que les assaillants sont partis, les jeunes de la ville sortent pour éteindre le feu afin d'éviter que la station s'embrase. De nouvelles rafales retentissent, et à nouveau s’ensuit la débandade. «Comme il n'y avait pas de réaction, les assaillants ont récupéré leurs véhicules pour prendre la direction d'Aboisso», indique une source qui a suivi de sa ‘’tanière’’, tous les mouvements des visiteurs du jour. «Les militaires, arrivés sur les lieux plus tard, ont embarqué les corps de leurs camarades dans des sachets noirs pour les emporter», révèlera la source, qui corrobore des témoignages selon lesquels il y aurait eu 5 morts dans les rangs des FRCI, un civil (vendeur de ‘’garba’’) tué et d’autres victimes enregistrées côté assaillants. Jusqu'à ce qu'on quitte Bonoua, les activités n'avaient véritablement pas encore repris dans la ville, où tous les habitants allaient de leur commentaire de la nuit mouvementée qu’ils venaient de vivre. Les populations, prudentes, demeuraient encore terrées chez elles, évitant de s’éloigner pour ne pas s’exposer à des surprises désagréables.
Seul la voie internationale, qui traverse la ville d’un bout à l’autre, reste animée. Le sous-préfet ayant réussi à obtenir qu'elle reste ouverte pour l'écoulement des marchandises. Des renforts continuaient à affluer dans la zone et les militaires procédaient dans la ville et ses environs, à des ratissages, qui ne se font sans dommage sur des habitants. Un habitant à Samo, qui a réussi à nous joindre plus tard, dans la soirée, a relevé des ‘’cas d'arrestation arbitraire et de bastonnades de militants proches de l'ancien président, Laurent Gbagbo’’. «Nous avons peur. Des jeunes de la ville servent d'indicateurs aux militaires. Ils montrent des concessions qu'ils considèrent comme étant celles de pro-Gbagbo», a-t-il soutenu, la voix étouffée. «Nous avons peur. Et la nuit sera longue pour nous», a déclaré un autre habitant, qui invite la hiérarchie militaire à protéger les populations.

Y.DOUMBIA
(Envoyé spécial)

Azito également sous les feux
Le commandant de l’escadron de Yopougon débarqué

Il n’y a pas que la ville de Bonoua qui a été sous les feux des assaillants, hier. La centrale thermique d’Azito a été également dans le viseur des hommes en armes, qui ont lancé simultanément les assauts dans le sud et presque dans le nord du District d’Abidjan, à Yopougon. Ils ont tenté de saboter les centrales thermiques des lieux, qui pourvoient une bonne partie du territoire ivoirien en électricité. Selon une source militaire, drapés des tenues de la gendarmerie, ces assaillants auraient maîtrisé les forces de l'ordre commises à la sécurité des lieux.
Mais très vite, les commandos gendarmes envoyés sur les lieux, ont pu reprendre le dessus pour les repousser. Plusieurs parmi eux ont été arrêtés dont d'anciens soldats identifiés. Une source proche de l'Etat-major parle de 14 arrestations effectuées. « Il y a eu plusieurs arrestations, nous sommes en train de procéder aux auditions », a d'ailleurs indiqué à l'Agence France presse (AFP), le ministre auprès du président de la République chargé de la Défense, Paul Koffi Koffi. Selon le confrère français, le directeur d'Azito, Marc Clissen, a affirmé à l'AFP que la centrale, qui alimente en électricité une bonne partie de la capitale économique ivoirienne, a subi d'importants dommages qui ont réduit de moitié sa capacité. «Le système détection feu a été endommagé et une turbine à gaz est hors service, elle a été attaquée à la grenade », a-t-il détaillé. «Azito dispose de deux turbines à gaz qui fournissaient en temps normal 280 mégawatts d'électricité à Abidjan. Aujourd’hui, la capacité a été réduite de moitié », a-t-il soutenu.
L’attaque à l’origine de ces dommages n’a pas fait que des dégâts matériels. Elle a aussi fait une grosse victime, en la personne du commandant de l’escadron de gendarmerie de Yopougon, à charge de la sécurité des sites d’Azito. L’officier militaire a été débarqué sur instruction du chef de l’Etat, qui lui reproche d’avoir failli à sa mission.
Selon le ministre de la défense, qui a donné l’information sur les antennes de la télévision ivoirienne au JT de 20h, il est inconcevable que dans une opération comme celle qui a eu lieu dans les nuits de dimanche à lundi, ses hommes ont pu se faire surprendre et désarmer par les assaillants. Conséquence, des mesures disciplinaires dont leur commandant en a été victime, payant au prix une sorte de laxisme de ses hommes à lui imputé.
Y.D

Le faux pas des FRCI

Si les FRCI ont réussi à ramener le calme à Bonoua, certains soldats se sont illustrés de la mauvaise manière pendant les opérations de sécurisation. En effet, des soldats se sont introduits, après le départ des assaillants, dans le centre de formation technique ‘’Don Orione’’ pour piller ce qu'il contenait. Ce centre, faut-il le savoir, est celui qui a servi de base aux assaillants avant leurs attaques. Non seulement c'est un centre de formation en maçonnerie, menuiserie, plomberie, couture, électricité, mécanique générale et mécanique auto. Mais c'est aussi un centre qui abrite une buvette pour les fonctionnaires de la ville. Après donc le départ des assaillants, selon le responsable des lieux, des militaires ont cassé toutes les portes, à la recherche, disent-ils, d'armes et de munitions. Mais après, ce qui était considéré comme une opération normale, a viré au cauchemar.
De l'argent, un mouton, de la boisson, deux moteurs de deux congélateurs, un matelas, des vêtements … ont été emportés par les hommes en armes, qui ont passé au peigne fin le centre. Seul les machines à coudre, apparemment, n'ont pas été emportées. Ces militaires seraient partis avec la voiture du prêtre, si le sous-préfet n'était pas intervenu.
Après avoir cassé l'une des vitres, ils ont poussé la voiture qu'ils ont tenté d’allumer pour la conduire vers une destination qu'ils sont sans doute les seuls à connaitre. Mais, la prompte réaction du sous-préfet les en a dissuadé. Le cœur en peine, les responsables du centre de formation ont porté plainte à la brigade de gendarmerie pour les préjudices subis. C'est le lieu d'interpeller les militaires sur les dérives qu'ils commettent en pareille circonstance. Leur rôle étant de protéger les populations et non de leur causer des soucis.

Y.DOUMBIA (envoyé spécial)

Source: L'Inter





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