Tels qu'ils nous imaginent

Jeudi 21 Février 2013 - 07:19


Le Président burkinabé, Blaise Compaoré
Le Président burkinabé, Blaise Compaoré
Cet article non signé glané dans Le Pays, « quotidien burkinabé indépendant d’information générale », mérite d’être lu, relu et médité par tous les patriotes et démocrates ivoiriens. Pourquoi ? Parce que c’est une anthologie de tous les préjugés et de tous les stéréotypes qui habituellement font obstacle à la bonne intelligence des processus politiques ivoiriens. Tout n’y est pas faux; pourtant rien n’y est vrai. La peinture de la société ivoirienne est très ressemblante ; en revanche, le décor dans lequel elle est représentée n’est que pure fantasmagorie. Cet article est en effet un magnifique exemple de travestissement de l’histoire des rapports des Ivoiriens avec la politique, et avec leurs dirigeants politiques, et en particulier avec le plus célèbres d’entre eux : Félix Houphouët. Mais ce n’est pas le premier exemple du genre. Tandis que je lisais cet article, le souvenir d’une ancienne lecture m’est revenu à la mémoire : « Ce qui a fait la nation ivoirienne dans les années 50 et 60, c’est le consensus entre les Ivoiriens, forgé par le pouvoir politique, sur l’idée d’un pays ouvert sur l’extérieur, économiquement libéral, où chacun trouverait son compte en termes de revenus et de bien-être. Le miracle ivoirien, la cohésion nationale, se sont faits autour de ce projet de développement dans lequel on acceptait que la richesse soit redistribuée entre catégories sociales et entre régions. Ils ont été renforcés par un discours politique unitaire, martelé par l’ancien président Félix Houphouët, père de l’indépendance et symbole de cette idée de nation. » (Bruno Losch, Le Monde des débats, décembre 2000 ; p. 8.) Ainsi, s’agissant des ressorts de la vie politique ivoirienne c’est ce que j’ai appelé « le décor » , la plupart de ceux qui écrivent sur (ou qui parlent de) la Côte d’Ivoire, que ce soient des étrangers ou des Ivoiriens pur jus, n’en tiennent aucun compte, soit qu’ils les ignorent de bonne foi tel est peut-être le cas de l’auteur burkinabé de cet article , soit que, à l’instar de B. Losch, ils participent en toute connaissance de cause au vaste et inlassable labeur de dépersonnalisation et de dépossession des Ivoiriens, qui semble avoir été le but suprême de ceux qui, pendant trente-trois ans et plus, sous le masque d’un autocrate de paille, ont façonné ce pays et cette société bizarres ! Car il est une chose que nous savons bien aujourd’hui, depuis la terrible confidence d’un ancien chargé de mission au cabinet d’Houphouët rapportée par le journaliste Didier Dépry : « Le véritable Président de la Côte d’Ivoire, de 1960 jusqu’à la mort d’Houphouët, se nommait Jacques Foccart. Houphouët n’était qu’un vice-président. C’est Foccart qui décidait de tout, en réalité, dans notre pays. Il pouvait dénommer un ministre ou refuser qu’un cadre ivoirien x ou y soit nommé ministre. C’était lui, le manitou en Côte d’Ivoire. Ses visites étaient régulières à Abidjan et bien souvent Georges Ouégnin lui cédait son bureau pour recevoir les personnalités dont il voulait tirer les oreilles » (Notre Voie 10 septembre 2011).
Comme l’auteur anonyme de cet article, qui prétend donner des leçons de civisme et de patriotisme aux Ivoiriens, est probablement un fier citoyen du Burkina Faso, il est fortement recommandé, avant de lire son article, d’imaginer ce qu’il aurait écrit s’il s’était agi non de la Côte d’Ivoire mais de sa propre patrie, envisagé sous le même angle et avec les mêmes préjugés.
Qu’est-ce en effet que le Burkina Faso, aujourd’hui ? C’est le pays où Thomas Sankara, jugé trop indépendant selon les critères françafricains, fut brutalement éliminé afin que le très Françafrique compatible Blaise Compaoré gouverne seul. C’est le pays où dans la suite de ce forfait, deux autres personnages importants liés au pouvoir furent brutalement éliminés. C’est le pays où, pour le faire taire à jamais, un journaliste gênant fut peut-être brûlé vif dans sa voiture sur une route déserte. C’est le pays où, liés à ce crime odieux et pour protéger ses auteurs, plusieurs autres crimes furent ordonnés par des personnes très proches du chef de l’Etat, et sont restés également impunis. C’est le pays d’où, avec la complicité des Salif Diallo, Gilbert Diendéré et autres Ablassé Ouédraogo, le Français Jean Mauricheau-Beaupré, ce barbouze jamais repenti, pilotait les « rébellions » libérienne et sierra léonaise. C’est le pays où un ancien ministre d’Houphouët, qui avait sans doute cessé de plaire à ses employeurs françafricains, fut massacré à l’arme blanche dans le secret de la villa où il était l’hôte de l’Etat burkinabé. C’est le pays d’où partirent les hordes mercenaires qui tentèrent, dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, le coup d’Etat qui, après son échec, se transforma en une « rébellion » soutenue à bout de bras par …le président du Faso. Etc… Le tout sous l’œil impassible de millions d’« hommes intègres », dont pourtant aucune « épouvante » ne se serait encore emparée…

C’est l’éternelle histoire de la poutre et de la paille…

Marcel Amondji

Source: http://cerclevictorbiakaboda.blogspot.fr/




 
 




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