Tchad. Procès Habré : un verdict capital pour l’Afrique

CIVOX.NET
Mardi 31 Mai 2016 - 13:07


Hissène Habré
Hissène Habré

L’ancien chef d’Etat a été condamné, lundi 30 mai à Dakar, par un tribunal spécial africain, à la réclusion criminelle à perpétuité pour crimes contre l’humanité pendant son règne (de 1982 à 1990). Ce verdict sera décisif pour la trajectoire du continent, estime le site guinéen Ledjely.com.
 
Fin de course pour Hissène Habré ! La détermination des victimes l’ayant emporté, le dictateur, au sommet de sa vie, est rattrapé par le sinistre et hideux passé qui est le sien. Désormais, c’est dans un cachot, celui-là même qu’il avait réservé à des milliers de ses compatriotes, qu’il finira sa vie. Justice a été rendue. Et pour une fois, c’est l’Afrique qui s’en est chargée à travers les Cours africaines extraordinaires, l’embryon de la Cour pénale africaine (CPA).

Le plafond de verre brisé, les dictateurs africains en gestation sont avertis. Désormais, pour eux, l’argument d’une justice aux mains des Blancs, et qui sévirait systématiquement et exclusivement contre des dirigeants récalcitrants du continent, ne prévaudra plus. Il est en tout cas attendu de la société civile africaine qu’elle profite de cette première historique.  

Prison à vie pour Hissène Habré, condamné pour crimes contre l’humanité
 
A bientôt 74 ans, Hissène Habré aurait mérité un autre sort. Habituellement, en Afrique, quand on a un tel âge, on est couvert d’attentions par ses enfants et petits-enfants, on est sollicité quand la sagesse et l’expérience sont requises et surtout, quand on a été chef d’Etat, on est convié à tous les foras où il est question des nobles causes et des grandes valeurs de la vie ici-bas.  

Une prison aux allures de paradis

Hélas, l’ancien président tchadien n’aura droit à aucun de ces incommensurables délices. Parce qu’il a été dictateur, qu’il a tué et fait tuer, torturé et fait torturer, violé et fait violer, il est condamné à finir ses jours dans une prison. Encore qu’il devrait s’en féliciter. Car comparé à l’enfer que ses victimes ont subi, aux nombreux drames familiaux dont il est la cause et à toutes les larmes qu’il a fait couler, sa prison aura des allures de paradis.

Entre les quatre murs que même un appel à sa condamnation d’hier ne saura lui éviter, l’ultime supplice pour lui sera d’affronter sa conscience, de supporter le regard interrogateur des fantômes qui viendront hanter son sommeil et de se remémorer tous les destins qu’il a brisés. Ce face-à-face avec son passé, qu’il sera obligé d’endurer jusqu’à la fin de ses jours, devrait donc alerter et servir d’exemple à tous ceux des dirigeants africains qui, aujourd’hui au sommet de leur puissance et se croyant invulnérables, voudraient martyriser leurs compatriotes. Pour eux, il n’y a plus aucune échappatoire.  

Souveraineté judiciaire de l’Afrique 

En effet, avec le procès et le verdict prononcé contre l’ancien président tchadien, l’Afrique franchit une étape essentielle de son histoire. Celle de sa capacité à faire face à son passé avec responsabilité et devoir. Tout d’abord, les efforts qui ont amené l’Union africaine à consentir à la création de ce tribunal spécial doivent être salués comme il se doit. Au-delà des victimes d’Hissène Habré, c’est la souveraineté judiciaire du continent africain qui s’élève à un échelon supérieur.

Si les acteurs de la société civile ne retombent pas dans la torpeur, l’intervention de la Cour pénale internationale (CPI) ne sera bientôt d’aucune nécessité en Afrique. Un des avantages étant que les dictateurs potentiels n’auront plus aucun argument nationaliste pour espérer se soustraire aux griffes de la justice. D’autant qu’avec le comportement exemplaire que les juges des Cours africaines extraordinaires ont adopté dans ce premier procès du genre, on pourrait congédier la CPI sans aucun regret, ni amertume.

En effet, le président Gberdao Gustave Kam et les autres magistrats de la Cour, talentueux, charismatiques, sereins, courageux et plutôt indépendants, se sont montrés à la hauteur du défi qui sous-tendait ce procès historique. Ne cédant ni au chantage, ni au manque de collaboration de la part de l’accusé, ils se sont servis des faits comme unique guide. Et convaincus de la culpabilité du dictateur, ils n’ont pas transigé à l’énoncé du verdict.

Boubacar Sanso Barry




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