Synthèse du Forum de libre opinion sur le thème" Pourquoi les ivoiriens reclament-ils la libération du Président Gbagbo?"

Jeudi 31 Octobre 2013 - 11:01




FORUM DE LIBRE OPINION

THEME  : POURQUOI  LES IVOIRIENS  RECLAMENT-ILS  LA  LIBERATION  DE  LAURENT  GBAGBO  ?
DATE  : SAMEDI  26 OCTOBRE 2013  A 15H

SYNTHESE  DES  OPINIONS

Les opinions qui nous sont parvenues font état de la pertinence du thème et de l’opportunité du forum. Aussi, le CNRD a-t-il jugé utile d’en faire les éléments d’introduction de la présente synthèse.


. INTRODUCTION


Au sujet de la pertinence du thème  :
Voici la réaction d’un anonyme  :
 «  mais pourquoi tu poses cette question  ? GBAGBO doit revenir un point un trait  ; c’est son pays, il doit habiter ici. Il n’a rien fait, pourquoi on le met en prison  ?  ».
Une autre personne dit ceci  :
«  S’il y a une question à laquelle, nous n’aurions jamais pensé  devoir répondre un jour, est bien celle, ci-dessus posée, tellement son existence est une parfaite image de l’INJUSTICE. Cependant, si y répondre, c’est reconnaitre son existence d’une part, c’est aussi  d’autre part se donner les moyens de construire une société d’Hommes, aux antipodes de l’inhumaine qui nous  ait proposée depuis un certain 19 septembre 2002  jusqu’  à  ce jour.»

Concernant l’opportunité du forum  :
 Voici ce qu’écrit une organisation des victimes de la guerre en Côte d’Ivoire  : «  …profiter de cette tribune pour d’abord condamner pour la nième fois cette arrestation injuste dont a été victime Laurent GBAGBO. Ensuite…crier notre ras-le –bol à la face de la communauté internationale qui a cautionné cette forfaiture en votant des résolutions aux Nations Unies pour soutenir et consolider ce coup de force…  ».
Une autre organisation a traité explicitement dans son introduction de la pertinence de la question du forum; en voici un large extrait  :
«… Le débat sur la crise ivoirienne a pris une nouvelle dimension le 11 avril 2011, lorsque les forces françaises et onusiennes, venant en soutien aux troupes des forces armées des Forces Nouvelles de M. Alassane Ouattara, ont bombardé la résidence présidentielle puis arrêté Laurent Gbagbo que le Conseil Constitutionnel avait déclaré vainqueur de l’élection présidentielle de 2010 et qui avait prêté serment sur la constitution le 4 décembre 2010 au Palais de la Présidence de la République. Détenu d’abord à Korhogo (nord de la Côte d’Ivoire) dans des conditions dégradantes (), Laurent Gbagbo fut transféré ensuite à la Haye, siège de la Cour Pénale Internationale (CPI) le 30 Novembre 2011. Depuis cette date, la question de sa libération ou détention, selon qu’on soit pro-Gbagbo ou pro-Ouattara, est devenue incontournable dans le discours politique ivoirien et surtout dans la quête de la réconciliation nationale et la paix durable.
Depuis le 30 Novembre 2010, en effet, pas un jour ne passe sans que le nom de Laurent Gbagbo ne soit évoqué, soit pour parler de l’injustice à lui faite, soit pour dire qu’il mérite d’avoir été éloigné de la Côte d’Ivoire, soit pour dire que le processus de réconciliation nationale ne pourrait pas réussir sans lui, ou soit pour réaffirmer qu’il est le symbole de la lutte pour la souveraineté de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique.

Il est quasiment impossible de compter le nombre de fois où le nom de Laurent Gbagbo, ses images, ses discours, etc. sont utilisés dans les réseaux sociaux sur Facebook et sur les sites d’information. Combien sont-ils ces Ivoiriens et Africains qui utilisent l’effigie de Laurent Gbagbo  comme profile sur leur page de Facebook? Combien sont-ils qui créent des communautés virtuelles () en hommage à Laurent Gbagbo dont ils réclament la libération  ? Qui ne se souvient du gel des activités sociales et professionnelles le 5 décembre 2011, d’abord lorsque Laurent Gbagbo était présenté à la Juge Sylvia de Gurmendi, ensuite en février 2013 lorsque le procès de confirmation des charges s’est ouvert à la Haye  ? Même pour ce procès, ceux qui réclament la libération de Laurent Gbagbo ont développé une rhétorique contraire à celle de la CPI et des détracteurs de Laurent Gbagbo. En effet, là où les uns évoquaient «un  procès de confirmation des charges,» ceux qui sont abusivement appelés pro-Gbagbo préféraient parler de «  procès de confirmation ou d’infirmation des charges.  » Ce langage illustre la détermination des Ivoiriens, des Africains et de ceux qui veulent la liberté pure et simple de «  Seplou ()». En Amérique du Nord, beaucoup ont suivi le procès de février sur Facebook, par communications téléphoniques, ne manquant aucune occasion pour commenter les prestations des avocats commis à la défense de Laurent Gbagbo. L’analyse du contenu de ces commentaires reste à entreprendre si cela n’a pas été déjà fait. Mais à première vue, ces commentaires exprimaient d’une certaine manière l’espoir de voir Laurent Gbagbo sortir de la prison de Scheveningen. Que dire alors des rassemblements massifs et répétés de la Diaspora () en Amérique du Nord  ? La Maison Blanche et le Congrès à Washington DC, le siège des Nations Unies à New York, le Constitutional Center à Philadelphie, les villes de Chicago, Boston, Atlanta, pour ne citer que ces exemples, ont connu divers rassemblements pour dénoncer les exactions, l’illégitimité, et la perfidie du régime de M. Alassane Ouattara et pour exiger, explications à l’appui, la libération des prisonniers politiques dont Laurent Gbagbo. Enfin, dans les rencontres avec les ambassadeurs accrédités aux Etats-Unis (), les élus américains, les représentants des organisations des droits de l’homme (Amnesty International, Human Rights Watch), dans les émissions de télévision ou de radio, dans les conférences et débats portant sur la Côte d’Ivoire, la libération du président Laurent Gbagbo est restée un point clé du discours de la Diaspora.

C’est donc avec des énergies quasi quotidiennement renouvelées, avec une foi et une conviction ferme, que les patriotes, les souverainistes, et les panafricanistes () réclament la libération de Laurent Gbagbo. Individuellement ou collectivement au sein des organisations qu’ils ont créées, ils utilisent des moyens divers pour  maintenir l’affaire «  Laurent Gbagbo  » dans la mémoire collective ivoirienne et mondiale et demander la libération de ce dernier. Il faut ajouter à juste titre que le cercle de ceux qui demandent la libération de Laurent Gbagbo s’est davantage élargi pour inclure des fervents supporters du régime d’Alassane Ouattara qui se disent déçus par ses choix et sa politique. Les débats de Jacques Roger Show, une émission radio sur Internet, très prisée dans la diaspora ivoirienne et guinéenne ont donné l’occasion à ces personnes de s’exprimer et de donner les raisons de leur position.  …  ».
Cette même organisation poursuit:
 «  Kwame Nkrumah écrivait: «  Action without thought is empty. Thought without action is blind.  » Traduction: une action sans pensée est vaine et une pensée sans action est aveugle. En se basant sur cette assertion, nous estimons que la réclamation de la libération de Laurent Gbagbo et les nombreuses manifestations dans la Diaspora traduisent un courant de pensée, une idéologie, un état d’esprit, une conviction, une vision.»
En effet, les raisons avancées par les différentes contributions qui nous sont parvenues traduisent les perceptions que nos concitoyens ont de la Démocratie, du Droit, de la Justice, et de la conception d’une nation forte, prospère, d’une paix durable, de la dignité humaine et de la souveraineté des peuples. D’une manière générale, les arguments des uns et des autres s’articulent autour de trois axes principaux  :
I)    Le droit et l’équité comme socle d’une société viable
II)    Laurent GBAGBO, symbole de la cohésion sociale
III)    La vérité historique pour éviter l’enlisement de la crise et le chaos social
En d’autres termes, c’est pour ces trois raisons essentielles que les Ivoiriens réclament la libération de GBAGBO  ; elles feront l’objet des chapitres suivants  :

Chapitre 1  : AU NOM DU DROIT ET DE L’EQUITE, LAURENT GBAGBO DOIT ETRE LIBERE

Chapitre 2  : AU NOM DE LA COHESION SOCIALE, LAURENT GBAGBO DOIT ETRE LIBERE

Chapitre 3  : AU NOM DE LA VERITE HISTORIQUE QUI PERMET D’EVITER LE CHAOS SOCIAL, LAURENT GBAGBO DOIT ETRE LIBERE

Chapitre 1  : AU NOM DU DROIT ET DE L’EQUITE, LAURENT GBAGBO DOIT ETRE LIBERE
Selon les opinions recueillies, la gestion de la crise postélectorale par la Communauté internationale est une violation flagrante  et scandaleuse du droit et des principes de l’équité.
Concernant les violations de droit, nous pouvons retenir quelques unes telles que traitées dans une des contributions, comme suit  :
«  1- LA VIOLATION DE LA SOUVERAINETE DE L’ETAT DE COTE D’IVOIRE

Le Président Laurent Gbagbo à été arrêté le  11 avril 2011, après dix jours de combats à Abidjan et de bombardement de la résidence présidentielle par les forces spéciales françaises de la  Force Licorne  et l'ONUCI. Un bombardement de la résidence officielle du Président ivoirien par des forces de coalition étrangère, au nom d’une  protection des populations civiles contre les armes de destruction massive, présumées stockées en ces lieux.
Une intervention militaire, au moment où seul Monsieur Laurent Gbagbo avait la qualité de Chef de l'État ivoirien, intervenue alors qu'il ne l'avait pas sollicitée, est une violation de la souveraineté de l'État ivoirien. Elle s'est faite également en violation des droits humanitaires, car de nombreux civils, dont des femmes et des enfants, y étaient aux côtés du Président Laurent Gbagbo ; leur vie ne comptait certainement pas aux yeux de ces forces militaires étrangères.
 Le Président Laurent Gbagbo, la seule arme de destruction massive y découverte avec des civils, a été arrêté, comme il le dit lui-même   «  sous ces bombes françaises  ». Il a été remis comme prisonnier, aux forces rebelles alors acquises à la cause de son adversaire politique Monsieur Alassane Dramane Ouattara, au Quartier Général (QG)   électoral de ce dernier à l'Hôtel du Golf d’Abidjan.
Une telle intervention n’est rien d’autre qu’une violation flagrante de la souveraineté de l’Etat de Cote d’Ivoire au regard du droit international. A l’évidence un président français ne saurait  se permettre de faire en Europe ce qu'il a fait en Côte d'Ivoire.
Le Président Laurent Gbagbo doit donc être libéré à cause de cette violation de la souveraineté de l’Etat de Côte d’Ivoire et des droits des civils


2- LE CARACTERE ILLEGITIME de la GUERRE MENEE CONTRE LUI PAR LES FORCES LICORNE ET ONUSIENNE


Le Président Laurent Gbagbo doit être libéré car il a subi une guerre injuste et non déclarée par des forces étrangères coalisées dirigée par la LICORNE française et l’ONUCI.
Le fait le plus marquant, encore bien présent dans les esprits est ce bombardement intensif de la résidence officielle du Chef de l'État ivoirien par des hélicoptères de combat français. Sur le théâtre   des opérations, la télévision ivoirienne (RTI) a montré des images où les soldats de l'ONUCI   combattaient à découvert aux côtés des forces rebelles de M. Ouattara contre les forces loyalistes du Président Gbagbo. Le 16 décembre 2010, jour de la marche sur la RTI, marche commandée par M. Soro Guillaume pour y installer de force M. Brou Aka Pascal, des casques bleus apparaissaient clairement aux côtés des rebelles. Les rebelles eux-mêmes ne cachaient pas la présence à leurs côtés des forces françaises et onusiennes lors des combats. Même si l’ONUCI et la Licorne devront répondre de leurs actes un jour, (l’organisation) estime a juste titre que le Président Laurent Gbagbo a subi une guerre illégale et illégitime pour laquelle il doit être libéré.

 3-    L’ARRESTATION DU PRESIDENT LAURENT GBAGBO,  SA DETENTION ET SON TRANSFEREMENT A LA HAYE, SONT DENUES DE BASES JURIDIQUES

Le Président Laurent Gbagbo a été arrêté en violation des immunités de fonction en vertu desquelles, le Président de la République, qu'il était, ne peut légalement faire l’objet d'une arrestation, d’une inculpation, d’un interrogatoire ou même d'un jugement par un magistrat, sans une autorisation expresse de la Haute Cour de Justice de Côte d'Ivoire comme le stipule la constitution ivoirienne. Un tel document autorisant cette arrestation dans des formes défiant tout entendement, n'a jamais été produit tout simplement parce qu'il n'existe pas.   Il doit être libéré à cause de l’illégalité de son arrestation.
Le Président Laurent Gbagbo a été détenu à l’Hôtel du Golf, QG du candidat Ouattara : il doit être libéré à cause de l’illégalité de sa détention en ces lieux. Après son arrestation le 11 avril 2011, le Président Laurent Gbagbo a été remis à son adversaire Ouattara et à son armée de rebelles et de Dozos (confrérie ouest africaine de chasseurs traditionnels)   à son QG de l’Hôtel du Golf où il sera détenu jusqu'au 13 avril 2011, sans aucune procédure judiciaire. Le lieu de la détention et la qualité de ses geôliers plaident pour sa libération à cause de la violation de ses droits.   Légalement, l'Hôtel du Golf   n'est pas un établissement pénitentiaire et M. Ouattara n'est ni Officier de Police judiciaire ni magistrat.
Le Président Laurent Gbagbo a été déporté de sa ''prison'' de l'Hôtel du Golf d'Abidjan, sous bonne escorte de l'ONUCI, à Korhogo, au nord du pays,   où il   a été détenu, au secret, jusqu'à sa déportation à la Haye, le 29 novembre 2011. L'ONUCI, du reste, en le conduisant là où il l'a conduit, devrait être interpellé sur cette ''partie'' de sa mission, inconnue de tous. La détention du Président Laurent Gbagbo à Korhogo, sans aucune procédure judiciaire, et, dans un lieu non reconnu légalement comme tel plaide a nouveau pour sa libération  ; il doit être libéré à cause de l'illégalité de sa détention en ces lieux ».
Pour des raisons d’équité, certaines personnes demandent la libération de Laurent GBAGBO, comme en témoignent les contributions individuelles suivantes  :
-  «  pourquoi GBAGBO doit être en prison et les bourreaux depuis 2002 en liberté, et narguent les Ivoiriens  ; qu’il revienne, car on sait qui a fait quoi dans ce pays  »  ;
- «  si on ne peut pas nous dire qui a gagné les élections, qu’on libère GBAGBO, car il n’est pas plus coupable que OUATTARA. Ils ont été tous deux candidats à une élection qui a abouti sur une guerre  ; pourquoi arrêter un seul candidat  ? Mettons fin à l’injustice pour une paix durable  ».
A propos d’équité, une plateforme regroupant sept (7) organisations écrit ceci  :
  «Pour quiconque a suivi l’évolution de la politique ivoirienne depuis au moins 1980, il est inconcevable que Laurent Gbagbo soit aujourd’hui détenu à la Haye pour des raisons improuvables de crimes contre l’humanité à l’issue de dix ans de crise soutenue par celui-là même qui l’a écroué en prison en février 1992. Pour quiconque a suivi le déclenchement de la rébellion née de l’échec d’un coup d’état des hommes pro-Ouattara, pour quiconque a suivi les exactions, les mutilations, les morts, le rasage de villages entiers dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire (Guitrozon, Doké, Petit Duékoué, etc.), pour quiconque a entendu parlé des exécutions sommaires de gendarmes faits prisonniers, pour quiconque a entendu parler des casses de la BCEAO, de l’installation d’une administration fiscale et douanière parallèle dans les zones occupées par les forces rebelles depuis 2002, pour quiconque sait qui a déclenché la guerre après l’élection de 2010, il est non seulement impensable mais injuste que Laurent Gbagbo soit à la Haye. La libération de Laurent Gbagbo réparerait cette injustice.
Comment comprendre que ceux qui hier ont mutilé le pays et à qui on a pardonné pour des besoins de la réconciliation embastillent les personnes qui leur ont pardonné leurs péchés  ? Des patriotes et des souverainistes qui ont vu Laurent Gbagbo accordé aux ennemis de la Côte d’Ivoire des revendications contre leur gré (par exemple l’utilisation de l’article 48 à Pretoria,  la nomination de Soro Guillaume, chef rebelle comme ministre d’État puis Premier ministre, la nomination de ministres quasi analphabètes issus de la rébellion,) peuvent-ils accepter que ce dernier soit privé de sa liberté  ? Dans quelle société le mal est-il cautionné au détriment du bien  ? »

Chapitre 2  : AU NOM DE LA COHESION SOCIALE, LAURENT GBAGBO DOIT ETRE LIBERE

Ils sont nombreux nos concitoyens qui sont convaincus que seule la libération de Laurent GBAGBO et son retour effectif en Côte d’Ivoire sur l’échiquier politique vont constituer les facteurs favorables à la cohésion sociale qui a disparu depuis le 11 Avril 2011.
Voici quelques propos qui traduisent cette conviction  : 
«  Laurent GBAGBO est la ficelle et l’aiguille avec lesquelles l’on peut recoudre le tissu social. Tant que GBAGBO est à la Haye, la situation s’empire et les Ivoiriens resteront séparés».
Certains contributeurs sont plus explicites:
une association de jeunesse écrit  :
  «UNE LIBERATION QUI CONTRIBUERAIT A LA COHESION SOCIALE
Aujourd’hui, la réalité est là, implacable : malgré la détention de Laurent Gbagbo dans les geôles de la CPI, la Côte d’Ivoire, défigurée par une crise sans précédent peine à trouver le chemin de la réconciliation. Pire, la fracture sociale s’accentue de jour en jour sous la gouvernance du Président Alassane Ouattara.
Comment se réconcilier, ou avec qui se réconcilier, si au terme d’une crise qui a opposé deux camps, l’un,  continue d’accuser l’autre de tous les maux, alors que lui-même n’est pas exempt de tout reproche ? Comment parvenir à la cohésion quand, des criminels avérés d’un camp, celui du Président Alassane Ouattara, sont en liberté et continuent de jouir, avec sa bienveillance, d’une espèce de « droit à l’impunité », pendant que celui qui incarne les espoirs de l’autre camp, lui est privé de sa liberté ?
Au regard de cette justice sélective, (l’association) se demande bien si la détention de Laurent Gbagbo à la Haye n’est pas justement un prétexte qui exacerbe la division en Côte d’Ivoire  ! En d’autres termes le sort de Laurent Gbagbo n’est-il pas intimement lié à ce qui se déroule en Côte d’Ivoire, donc un facteur incontournable pour la réconciliation si indispensable pour l’avancée de  ce beau pays qui n’aspire qu’à sortir du cycle infernal des crises et des tragédies.
La CPI n’aidera jamais la Côte d’Ivoire à retrouver la voie de la réconciliation si elle s’acharne à maintenir enfermé, pour des raisons qui semble pour nous défier le bon sens et la raison, celui qui incarne l’espoir de millions d’Ivoiriens, alors qu’elle-même a reconnu que le dossier d’accusation était incomplet.
En tout état de cause, la place de Laurent Gbagbo n’est pas à la CPI, mais ici, en Côte d’Ivoire. Sa place est en Côte d’Ivoire, pour tenir le rôle qui doit être le sien. A savoir, réconcilier les Ivoiriens. Il faut donc qu’il soit libéré. Le dire, ce n’est ni une position partisane, ni une affirmation gratuite. C’est affirmer ce qui est et ce qui doit être aux yeux de cette jeunesse responsable et autonome que nous incarnons…»


Une plateforme d’associations écrit ceci  :

 «Pourra-t-on parvenir un jour à régler la crise ivoirienne  ? Nous pensons que cela est fort possible même si la cassure sociale est profonde. La résolution de la crise représente un challenge que les fils et les filles de la Côte d’Ivoire sont en mesure de relever. Mais cette résolution à ces exigences. Pour nous, l’intérêt supérieur de la nation dont parlent tous les acteurs politiques nationaux et internationaux, requiert en lui-même le repositionnement actif de Laurent Gbagbo dans le paysage politique ivoirien. La logique est simple  : ayant fait avaler «  des médicaments amers  » aux Ivoiriens, les rebelles et leurs maitres au pouvoir devront accepter le «  médicament pourtant sucré que représente le retour de Laurent Gbagbo sur la scène politique de la Côte d’Ivoire.  » Ce sera une autre dimension de la justice et de la réparation des torts causés au pays pendant dix ans. Pendant ces années, la recherche de la paix a connu des avancées notables par le seul fait de Laurent Gbagbo comme l’a reconnu Thabo Mbeki, ancien président de l’Afrique du Sud et médiateur de la crise.
La propension de Laurent Gbagbo à rechercher la paix même au prix de l’humiliation, son charisme, son adulation par la majorité des patriotes, souverainistes et panafricanistes, les espoirs que ces derniers fondent sur sa personne sont un atout majeur pour la Côte d’Ivoire. Nous disons souvent que Laurent Gbagbo reste la seule clé de la chambre où se trouve la résolution de la crise ivoirienne. C’est à celui qui a été lésé qu’incombe la tâche de la réconciliation, l’opprimé détient plus que l’oppresseur les cartes de l’éradication de l’injustice estiment Paolo Freire, Martin Luther King, Albert Memmi (). Les patriotes et souverainistes ivoiriens sont inéluctablement les victimes de la crise (). C’est eux que la France a agressé en Septembre 2002, Novembre 2004, et Mars-avril 2011. Ils sont donc dans la position des opprimés et le mécanisme de la résolution que propose (la plate forme) inclut en son épicentre la libération de Laurent Gbagbo.
Laurent Gbagbo est aujourd’hui ce que Hugo Chavez était pour une bonne partie des Vénézuéliens, ce que le général Giap était pour le Vietnam, ce que Georges Washington ou encore Kennedy, ou Reagan était pour le peuple américain. A chaque étape de son histoire, chaque peuple se donne des institutions mais aussi des leaders qui consolident ces institutions par la cohésion qui se forge entre eux et ce peuple. Laurent Gbagbo est parvenu à ce stade parce qu’il a pu se sublimer c’est-à-dire considérer sa vie personnelle comme une graine de blé qui doit mourir pour qu’éclosent les pétales du bonheur de la multitude. Comme Asar le héros dans Osiris Rising du Ghanéen Ayi Kwei Armah, Laurent Gbagbo est resté là ou Bédié a pris le large. Il a maintenu l’Etat. Les Ivoiriens voient en lui le leader qui donne espoir aux pauvres et aux démunis. Les souverainistes voient en lui la nouvelle indépendance et les panafricanistes disent qu’il est le  nouveau symbole de la lutte pour les libertés des peuples noirs. C’est pourquoi (la plate forme) exige sa libération.  »

Chapitre 3  : AU NOM DE LA VERITE HISTORIQUE QUI PERMET D’EVITER LE CHAOS SOCIAL, LAURENT GBAGBO DOIT ETRE LIBERE

Une des contributions fournit avec force détails l’assertion énoncée ci-dessus  ; voici ses propos  :

«  L’histoire est cette sorte de mémoire collective qui oriente et influence l’existence des peuples. C’est ainsi qu’il nous est possible de savoir, pourquoi tel peuple est installé ici et non pas là, pourquoi, telle autre peuple cultivait telle culture avant de cultiver celle-ci, ou encore, pourquoi des pays ont des monarques qui règnent sans gouverner alors que d’autres n’en ont pas,  etc... L’histoire est donc importante, dans la mesure où elle oriente, structure et évite aux populations présentes de réécrire inutilement d’autres pages douloureuses et surtout passées de leur histoire. Pour reconnaitre ce caractère prospectif de l’histoire, il est intéressant de reconnaître que, c’est sa bonne connaissances des actes posés par Houphouet Boigny avant 1960 et après 1960, qui permit déjà en 1986 à Marcel Amondji, d’affirmer que:  «  De quelque façon que s’opérera son départ, Félix Houphouet ne laissera à la société que des problèmes non résolus, y compris le problème de sa succession qui, néanmoins, n’est pas le plus difficile. Le plus difficile sera, pour la nation désorientée de décider quelle finalité doit avoir toute activité civique en son sein dans les conditions de ce legs empoisonné et à partir de là, définir les cadres, les conditions et les règles de cette activité  » () Pouvons-nous objectivement le contredire aujourd’hui  ?
Quelle est l’histoire de la Côte d’Ivoire  ? Il serait difficile de répondre à cette question, tellement l’histoire de notre pays  a été sélectionnée, amputée, ajustée, etc… Notre pays est aujourd’hui un pays de tout le monde, un territoire où ne vivent que des personnes seulement guidés par le profit et n’ayant aucun liens historiques. Il n’est pas surprenant aujourd’hui d’entendre dans ce pays comme sur des chaînes étrangères  :  «  Houphouet Boigny, fondateur du Syndicat Agricole Africain…». Où sont donc passés, Georges Kassi, Joseph Anoma, Lamine Touré, Djibril Diaby, Gabriel Dadié et Fulgence Brou de notre Histoire  ? Que savent les ivoiriens, des évènements du 6 Février 1949 ? Qui sont actuellement Bernard Dadié et Matthieu Ekra, pour la majorité des ivoiriens  ? Les Ivoiriens ont un capital important et historique de la lutte émancipatrice. D’ailleurs, la brute d’Angoulvant, n’avait-elle pas fini par le reconnaitre en parlant de l’instinct atavique d’indépendance des ivoiriens  dans ses écrits? Alors, si nos parents se sont tant battus pour notre indépendance, quels sont donc les repères historiques des ivoiriens qui ont participé à déstabiliser ce pays  ?  Un pays ne se bâtit pas dans le mensonge et le flou historique. Et quand il le fait, nous avons ce que nous avons aujourd’hui, comme conséquences. Evitons de reprendre à nouveaux ce chemin là, puisqu’avec ce que nous vivons depuis le 19 septembre 2002, nous comprenons mieux l’absence de cette mémoire collective, nécessaire à la marche d’un peuple. Le coup d’état franco-onusien du 11 avril 2011, contre le président Gbagbo a été le sommet de la méchanceté dont a été victime le pays depuis 2002. Il serait bon, qu’on sache ce qui s’est passé. C'est-à-dire, pourquoi, la volonté du simple recomptage des voix d’un candidat était inversement proportionnelle à la volonté de guerroyer de l’Usurpateur et de ses mandants  ? Pourquoi, celui qui a prétendu gagné ne peut-il pas jusqu'à ce jour, publié les résultats détaillés comme cela se fit au premier tour  ? Toutes les réponses à ces questions ne peuvent pas se donner dans le dos du Président Gbagbo. Sa présence et ceux de ses compagnons de lutte nous permettra d’avoir une information unique sur ce pan de notre histoire.
L’histoire de l’église catholique nous apprend d’ailleurs que, tous ceux qui ont accédé au trône de Pierre, alors qu’ils n’en avaient pas le droit, portent le titre d’antipapes. Ceci pour dire que, si nous devons nous aussi avoir à inaugurer le titre d’anti-président dans notre histoire et dans nos textes, il faut qu’on le fasse de façon consensuelle et vraie pour notre histoire et surtout pour la paix. En effet, cela fait trois ans que le président Gbagbo, n’est plus au pouvoir, et cela fait trois ans que notre pays à toujours deux présidents. Que ceux qui pensent que le 11 Avril 2011 est loin, se détrompent. Certains malheureusement, s’étaient offusqués, parce que révisionnistes, lorsque le président Gbagbo a posé le problème du contentieux électoral à son audience du 28 février 2013 à la Haye. Pourtant, la réponse à cette question est, la pierre d’angle de notre réconciliation. Pourquoi  ?
Le refus de répondre de façon consensuelle à cette question a aujourd’hui des conséquences visibles. D’abord, l’acceptation et la sanctification des mauvaises conditions de vote du deuxième tour de l’élection présidentielle 2010 dans le Nord et le Centre du pays, a défini de nouvelles normes électorales, qui se sont même confirmées dans les dernières  élections entre alliés du RHDP. Ainsi, il est  maintenant une norme électorale ivoirienne, que le  nombre de voix exprimées, dépasse celui des votants  ; qu’on assiste à des attaques et saccages de bureaux de vote et d’urnes  ; qu’on assiste à des morts d’Hommes, à des reprises de scrutins tant que celui choisi en haut lieu avant l’élection n’est pas élu après l’élection etc… Outre cela, notre pays est aujourd’hui une jungle où donc règne la loi du plus fort. Pour exemples, le vainqueur constitutionnelle de la présidentielle de 2010 est en prison pendant que le perdant de cette dernière est présenté comme président  ; même l’université n’est pas à l’abri de ce gangstérisme, l’université de Cocody est aujourd’hui dirigée par la liste perdante (Pr Bakayoko, Pr Affian, Pr Atta) de la dernière élection à sa présidence  ; au plan social, c’est plus grave, certains déplacés de guerre de Bouaké de 2002  , négocient jusqu’à ce jour la récupération de leurs domiciles  ; pour les moins chanceux, ils négocient toujours la récupération de leurs maisons modifiées par les occupants de 2002; des planteurs ivoiriens se voient spolier de leurs terres, des domiciles de fils de ce pays sont occupées même jusqu’à la capitale, etc  …Ces situations ne sont-elles pas assez de semences pour de futurs conflits  ? Enfin, il faut prendre conscience que si la guerre n’est plus dans les rues, elle continue et fait bel et bien rage sur la toile et sur les réseaux sociaux. Plus grave encore, même chez les enfants, avenir de ce pays, nous rencontrons les mêmes clivages. Tout ceci n’augurent rien de bon pour notre pays, si nous nous permettons de faire l’économie d’un débat franc sur les résultats de la présidentielle de 2010 et surtout, dans le dos d’un acteur principal de la vie politique de notre pays, à savoir, le président Gbagbo. Le feu couve. Et quant on sait que les médias étrangers nous ont déjà  classés en deux nouveaux groupes ethniques (pro-Gbagbo et pro-Usurpateur), il y a lieu de comprendre que l’acceptation des injustices susmentionnées sous leurs yeux et dans leur silence, montrent très bien que ces derniers et leurs  mandants ont déjà commencé à travailler sur le pire pour nous  ».

CONCLUSION  :


Pour conclure, l’on peut retenir que les opinions qui réclament la libération de Laurent GBAGBO sont préoccupées tant par les symboles incarnés par sa personnalité (homme de paix, de progrès, humaniste, généreux, digne, etc), que par les idéaux de modèle de société qui fondent son combat (Etat-Nation, souveraineté nationale, etc)  ; en voici quelques extraits  :
«GBAGBO est l’homme par qui passe l’indépendance vraie. GBAGBO est le cercueil de la France-Afrique  » 
«  GBAGBO …le père de la démocratie  »
«  réclamer et obtenir la libération de Laurent Gbagbo constituerait une victoire de l’Afrique libre et digne, une victoire de la souveraineté, une victoire de la justice sur l’injustice, une victoire des forces de l’alternative démocratique. …Entre 2000 et 2011, la Côte d’Ivoire a, contre vents et marrées, posé les jalons d’un Etat moderne dont les objectifs principaux étaient la création des conditions d’épanouissement social, politique et économique des hommes, des femmes, des enfants. La poursuite de ce projet révolutionnaire a été freinée net par la tragédie du 11 avril 2011 et l’arrestation de Laurent Gbagbo.»
«…nous avons un Monsieur, que dis-je un Homme d’Etat nommé Laurent GBAGBO… Il a donné, il donne et il veut continuer de donner à la Côte d’Ivoire.
Il a donné sa vie de famille pour construire l’alternance politique et l’espérance populaire.
Il a donné son corps et son âme pour sortir la Côte d’Ivoire de la vallée de l’humiliation, effacer nos complexes vis-à-vis de l’histoire de l’esclavage, de la colonisation et restaurer notre dignité niée et bafouée.
Il a donné sa pensée pour inventer la Refondation et engager les grands  travaux qui feront  la fierté de la Côte d’Ivoire de demain. Laurent GBAGBO est donc l’homme de la paix, de la dignité africaine, du progrès et du bien-être pour tous et partout. Sa place n’est donc pas dans une cellule de prison mais plutôt en Côte d’Ivoire au Palais Présidentiel, là où il a été enlevé de force le 11 avril 2011.  »


Notes:

1-Laurent Gbagbo a lui-même décrit les conditions de sa détention le 5 décembre 2010 lors de sa présentation au juge de la Chambre Préliminaire I de la CPI. Voir Vidéos archives de cette intervention sur You tube.

2-Ces communautés foisonnent des quatre coins du monde.  «  Un mot d’amour Gbagbo,  » est un exemple de ces pages et communautés virtuelles.

3-Seplou est l’un des surnoms de Laurent Gbagbo. Il n’est pas nouveau dans la politique ivoirienne de voir des responsables politiques ou des chefs d’états avec des sobriquets empruntés à  la culture pour exprimer des caractéristiques particulières desdits leaders.

4-Nous utiliserons le terme «  Diaspora  » pour faire référence aux Ivoiriens, aux Africains, aux Caribéens, aux Afro-Américians, et Caucasiens qui, en Amérique du Nord, participent par tous les moyens légaux à réclamer la libération de Laurent Gbagbo.

 5-Aux USA, le CACI-USA a parcouru les chancelleries africaines et européennes, et sud-américaines pour expliquer les fondements de la crise ivoirienne et l’injustice que symbolise la détention de Laurent Gbagbo.

6-Ces trois termes donnent une idée des différentes catégories d’Ivoiriens, d’africains et Afro-américains qui ont embrassé la lutte pour réclamer la libération de Laurent Gbagbo.  On retrouve les représentants de ces différents groupes dans la plateforme C.A.C.I-USA. Les raisons avancées par chacun de ces groupes seront développées dans la troisième partie du document.

7-Paolo Freire, The Pedagogy of the Oppressed, USA: Continuum, 1992; Albert Memmi, The colonizer and the colonized, Boston, Beacon Press, 1965.

8-Cette position ne nie pas la responsabilité des patriotes dans la crise. Toutefois, il y a un agresseur et un agressé qui réagit à l’agression qu’il subit. Ici les forces nouvelles et Ouattara au pouvoir sont les agresseurs et les Ivoiriens les agressés.

9-Côte d’Ivoire le PDCI et la vie politique de 1944 à 1985, Editions Harmattan collection Point de vue, 208 P






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