Suite de la conférence de presse du président du FPI Miaka :“Le FPI est prêt à retourner sur la table du dialogue”

Suite des échanges entre Sylvain Miaka Ouretto et les journalistes lors de sa dernière conférence de presse au siège provisoire du Front populaire ivoirien, à la Riviera Attoban, le jeudi 21 mars dernier.

Mardi 26 Mars 2013 - 04:00


Suite de la conférence de presse du président du FPI Miaka :“Le FPI est prêt à retourner sur la table du dialogue”
Sylvain Miaka Ouretto : … Oui, le FPI est prêt à retourner sur la table du dialogue mais que ce soit un dia - logue responsable, c’est-à- dire d’où puissent sortir des décisions qui tiennent compte du présent et de l’avenir de notre pays. Quelqu’un a dit qu’on aurait donné 40 millions FCFA au responsable du CPD (Cadre permanent de dialogue). Grâce à vous, les journalistes, nous avons eu aussi ces informations-là. Mais comme nous connaissons la pratique des autres, on prend toujours ça avec des pincettes. Et puis la volonté avait été de nous distraire. Ils veulent casser le CNRD (Congrès national de la résistance et la démocratie) qui est une force tranquille parce qu’à la tête du CNRD, c’est quand même Bernard Blin Dadié, c’est un homme. Oui, quand vous vous rappelez Climbié. Peut- être que vous, maintenant, vous ne savez pas ce que ça veut dire, comment les Dadié ont lutté. Et quand le Blanc voit que le CNRD, c’est Dadié qui est là-bas, c’est quand même le respect. C’est ça, ils veulent briser le CNRD, ils ont recours à toutes ces méthodes-là pour diviser et dépouiller le séminaire de Bassam pour dire : «Vous, venez ! On va vous donner ceci». Mais ces frères-là, je voudrais profiter de l’occasion pour les saluer parce que la première personne qui est sortie de ce magma, c’est Danielle Boni Claverie. Et elle a fait la déclaration de façon claire et nette que «dans ces conditions-là, nous n’irons pas aux élections». De façon claire. Le doyen Fologo a terminé dernière - ment. Nos frères du PIT sont allés à leur congrès et ils ont mis une nouvelle direction qui nous a fait l’honneur de venir nous voir. Nous avons harmonisé nos points de vue. Le professeur Mamadou Koulibaly, dans le cas du Lider, a été incisif. Il dit «ça- là, moi je ne peux pas aller à cette mascarade». Donc, ceux qu’ils voulaient détourner, c’est foutu-là. Le reste va venir. Il nous appartient, en tant que formation politique, de nous donner des moyens politiques pour vraiment consolider la position de tous ces frères et de tous ces camarades. Nous sommes d’abord tous des camarades. Ça c’est important et chacun d’eux, ce qu’il respire, c’est la loyauté à Laurent Gbagbo. Ça, c’est un atout pour nous. Donc le gouvernement a échoué sur ce terrain là. Ils veulent chercher à les discréditer en disant qu’on a donné à chacun d’eux 40 millions FCA. Ils ont donné 200 millions au FPI ? Oh là là ! Ce que nous demandons et on ne quémande pas, ce sont nos droits. On nous doit notre financement au titre de 2011 et 2012. Qu’on nous donne ça. Ça fait 1 milliard 600 millions de FCFA, mon Dieu ! On va soulever des mon - tagnes ! Mais de façon démocratique et pacifique. J’insiste là-dessus, c’est ce que nous disons. On n’a pas eu un iota. Mais s’ils veulent peut-être qu’on le dise, ce que nous avons eu au terme de la première table de négociations, c’est que le Premier ministre Duncan a payé nos transports. Ils disent que c’est des perdiems. Il nous a donné 10 millions. Ils disent : «C’est l’habitude, ici, quand on se rencontre pour une séance de travail, on donne des perdiems aux participants. 10 millions pour votre première participation à cette table de négociations». C’est avec 10 millions qu’on nous corrompt ? Oh là là !  Si on disait au moins 10 milliards, là je peux reculer, aller à droite, venir à gauche et demander ici et là, comment je fais ? Amani, tu dis quoi ?
Marie-Odette Lorougnon, toi, tu parles trop là, tu dis quoi ? SG, tu es trop tranquille, ta tranquillité m’inquiète. Mais 10 millions, on va corrompre le FPI avec 10 millions ? C’est de la plaisanterie ça. Donc ça, c’est faux, le FPI n’a pas reçu 200 millions. Nous disons qu’on nous doit au moins 1 milliard 600 millions ; qu’on nous paye ça pour que nous fonctionnions en tant que parti responsable de l’opposition. Nous avons des propositions de solutions alternatives pour faire avancer la Côte d’Ivoire. Mais on ne les donnera pas. Il ne faut pas qu’ils copient. Ils sont ministres, ils sont DG, c’est eux qui ont le pouvoir. Qu’ils prouvent au peuple de Côte d’Ivoire qu’ils peuvent, qu’ils sont capables. S’ils ne sont pas capables, ce peuple-là les coince en 2015 et nous installe. Et le peuple va nous installer. C’est ce que nous disons. Donc pour les élections locales, nous sommes tranquilles. Je l’ai dit tout à l’heure. Le président Ouattara en a une haute conscience. Il a peur de la présence du FPI dans ce jeu- là parce qu’il sait qu’avec la présence du FPI, les donnes vont changer pour ces dernières élections locales. Les législatives, on n’y a pas participé, mais chacun sait ce que ça a produit comme résultat. La position du FPI, le fait de dire que nous n’irons pas là-bas a été plus qu’une bombe. Et cette bombe, peut-être qu’elle est devenue plus atomique avec ces élections locales, si on dit qu’on n’y va pas. Mais nous allons prendre des dispositions vraiment légales pour dire à nos militants, et c’est notre droit, qu’ils ne sont pas concernés par ça. Nous faisons le tour du monde et ils le savent. C’est peut-être ceux qui sont là qui mangent, qui ne bougent pas avec le président Ouattara, qui ne savent pas. Mais nous qui sommes allés vers les partenaires à Paris, à partir de ce qu’ils nous disent, on sait que ça va mal. Seulement 10% de participation, c’est la catastrophe. La légitimité d’un pouvoir, c’est quelque chose de capital en démocratie. Avec seulement 10% de participation, cela veut dire que tu n’es pas populaire. Donc si on prend d’autres dispositions dans ce sens, c’est le pouvoir qui va souffrir et qui a donc intérêt à ce qu’on participe pour qu’il y ait le vernis réel, le vernis concret au lieu de présenter un vernis alors que tu ne peux pas sortir pour regarder ton peuple en face. Prends un bain de foule ! C’est ça la démocratie aussi. Laurent Gbagbo, en pleins claquements des armes, descendait au Plateau. Ce sont ses gardes qui disaient : «Votre Gbagbo là, il fait peur ! On lui dit qu’il ne faut qu’il descende, mais il répond : «Mais mon peuple et moi, pourvu qu’on se regarde, on se comprend. Donc ce n’est pas mon peuple qui va m’inquiéter». Mais ici, on voit des coups d’Etat partout. Quels moyens avons-nous pour faire des coups d’Etat ? Il y a des affrontements à l’Ouest, c’est des coups d’Etat. Il y a des affrontements à Touba, c’est des coups d’Etat ? Quand, pour des problèmes fonciers, les gens se battent pour leur survie, qu’on veut leur arracher leurs terres et qu’ils disent non, nous nous dressons parce qu’on ne peut pas accepter ça, c’est coup d’Etat ? Quand vous obligez des gens à aller en exil, ils sont là-bas et puis vous installez n’importe quoi sur leurs terres, comment ils font à leur retour ? C’est leur seul moyen de survie. Ils se battent pour récupérer leurs terres. Est-ce que ça c’est coup d’Etat ? Nous, on n’est pas dans la logique du coup d’Etat. Je le répète encore une fois. Donc il ne faut pas que le pouvoir déverse ses conséquences de mal gouvernance sur le Front populaire ivoirien qui est un parti responsable et digne. et nous resterons digne.

Hervé Kodion (L’Inter) : J’ai 3 préoccupations.

Pour evenir un peu sur le dialogue avec le gouvernement, j’avoue que c’est un peu bizarre. Donc je voudrais savoir exactement à quel niveau vous en êtes. Deuxième préoccupation, il s’agit des élections locales à venir. Il se murmure qu’il y a des candidats qui vont en indépendants mais qui sont issus du FPI. Est-ce que vous en avez connaissance ? Quelles sont les mesures que vous prendrez au cas où cela se vérifiait ? Et pour ma dernière préoccupation, vous avez dit que les prisonniers du Nord ne vont pas mourir en prison, mais est-ce que vous avez des nouvelles d’Affi N’Guessan, Simone Gbagbo et autres ? Comment vont-ils là-bas ?
Koré Benjamin (Notre Voie) : Merci président. Vous relevez la mauvaise foi du pouvoir. Je voudrais savoir si le FPI n’a pas été informé par le pouvoir avant de fixer la date des prochaines municipales et des élections régionales ?
Vous êtes de Soubré. Tout récemment, le président Ouattara était à Soubré pour poser la première pierre du barrage sur la Nahoua. Après, il est allé à Gagnoa où il a fait son enfance, pour inaugurer l’hôpital régional. Le président libanais est venu, le Roi du Maroc est là. N’avez-vous pas le sentiment que Ouattara est au travail pour la Côte d’Ivoire ?
Sylvain Miaka Ouretto : Merci chers amis. C’est cela aussi la démocratie. De temps en temps, il faut rire. Avec les problèmes que nous avons, ce n’est pas facile. Notre ami Hervé de l’Inter parle des candidats indépen - dants. C’est de bonne guerre. J’allais dire. Les autres, de leur côté, ils ne dorment pas. Comment faire pour désta - biliser le FPI ? Comment faire pour donner cette fausse image à l’opinion internationale ? C’est pour cela que nous avons été élus au terme d’élections démoc - ratiques. Donc pour ça, ils ne ménagent aucun effort. C’est pour déstabiliser ceux qui veulent être déstabilisés. Parce que chez nous, on dit quand un serpent t’a mordu dans un amas de feuilles de maïs, quand tu vois un mille- pattes quelque part, tu fuis. Ceux qui se livrent à ce jeu, ils ont vu ce qui s’est passé pour les législatives. Chacun se disait être un gourou chez lui. Et ils étaient sûrs de gagner. Mais ceux qui sont réalistes, ils sont sortis et se sont tus carrément. Ils ont rendu démission de la politique. Ils disent : «Je ne fais même plus de la politique». Mais d’autres continuent de rêver pour dire : « Moi, j’ai fait le tour de toutes les commu - nautés. Mais dans chaque communauté, on disait que toi, tu seras un conseiller régional, tu seras ceci, tu seras cela, donc je vais être élu ». Mais ceux-là, ce n’est pas nous qui allons leur dire qu’ils sont en train de rêver. Si les conditions pour lesquelles nous sommes en train de lutter, la condition surtout de sécurité, ne sont pas réunies, je me demande comment ils vont se faire élire. Il suffit que la veille du scrutin, les hommes en armes commencent à tirer toute la nuit, en l’air simplement, pour vous dire que celui qui va sortir pour voter pour le candidat Lamda, il est mort. Et c’est fini ! Les autres s’asseyent tranquillement pour remplir les listes pour leurs candidats. C’est ça la vérité aussi. Donc il ne faut pas se laisser séduire par la petite enveloppe de 2 millions qu’on va te donner pour dire que tu pourrais être élu. Non. C’est pour eux que nous nous battons. Nous disons que la Côte d’Ivoire est en danger, c’est notre devoir de sauver notre pays, de sauver nos enfants et nos petits- enfants et les générations futures. C’est pourquoi nous devons lutter pour que les conditions d’une élection juste et équitable, conformément à la résolution 2062 de l’ONU, soient appliquées pour qu’on aille aux élections tranquilles. Les élections, c’est un jeu. On danse. Vous allez voir. Quand Miaka va rentrer chez lui, tout le monde dira, notre fils est arrivé. Mais deux coups de feu suffiront… Mais il faut qu’on évite tout ça. Il faut qu’on évite que les élections soient organisées par une structure caporalisée qui est complètement domptée sous domination de Ouattara. La CEI, cette CEI-là a été mise en place au terme de gymnastiques politiques considérables par Laurent Gbagbo qui a dit : «Il y a MPIGO, MJP, tout ça. Je veux la paix pour mon pays, donnons la présidence de la CEI à l’opposition». C’est comme ça que la présidence a été don - née au RHDP et puis pour les autres membres, on a essayé d’équilibrer en prenant les représentants de tel ministère technique, etc. Pourquoi Ouattara ne ferait pas pareil ? Il n’a qu’à nous donner la présidence de la CEI s’il est sûr de son fait. On lui demande ça. Est-ce que c’est un problème ? Et puis voilà ce qu’on nous dit: « Le président dit oui, d’accord pour les réformes structurelles, mais après les élections municipales et régionales ». Je réponds à chaque fois : «Le médecin après la mort». C’est-à-dire quand il aura pris la Côte d’Ivoire et quand il aura fait de la Côte d’Ivoire ce qu’il veut. Mettre en place un bétail électoral pour 2015. Non ! Puisque nous aussi, on veut se présenter en 2015. Il faut que les choses soient claires. On ne peut pas permettre ça. Non ! Ce minimum-là que nous demandons, il faut ça ! On nous a opposé des éminents juristes de l’autre côté en oubliant le fait que toutes les grandes nations au monde, l’Espagne, le Chili, même la France et l’Allemagne qui, aujourd’hui, caracolent en tête comme étant les pays leaders de l’Union européenne, ont connu des conflits atroces. Le Chancelier Bismark, a pratiquement annexé la France. L’Alsace Lorraine, c’est ça. Et puis Hitler est venu avec la Seconde guerre mondiale, faire du n’importe quoi. Mais c’est des choses qui sont pardonnées et la grande Chancelière allemande Angela Merkel est allée, il n’y a pas longtemps, en France fêter le cinquantenaire de l’accord de paix Allemagne- France. Ça veut dire que les choses arrivent toujours mais il appartient aux hommes de faire preuve de dépassement, de se surpasser. La vie en société, c’est toujours comme ça. Il y a eu des dictatures atroces. Mais on dit pardonnons tout ça. En Côte d’Ivoire, il y a des exemples d’affrontements où il y a eu des morts. Le problème du Guébié, le problème du Sanwi avant. Mais les gens se sont réconciliés. Et le coup d’Etat de 1999, comme le gouvernement aime à le citer, le boycott actif de 1995, tout ça, on s’est pardonné. Tout a commencé à avancer parce que nous nous sommes dit que les intérêts du pays priment sur toutes les considérations. Pourquoi on ne le ferait pas maintenant  que le monde puisse voir ou simple - ment le lire dans les journaux ? Le président Ouattara a décidé de rendre visite à son frère Gbagbo à La Haye ? Mais quel tôlé ? Il va être là- bas et puis il va y avoir la danse, ici, en Côte d’Ivoire parce que les gens se seront réconciliés déjà. C’est ce que nous voulons. C’est cette philosophie que nous voulons promouvoir. Mais malheureusement, de l’autre côté, la haine est encore tenace. On ne peut pas vivre sur la base de la haine. Sinon chaque jour, on se regarderait en chiens de faïence. Regardons-nous en face parce que nous sommes des frères. La fraternité, c’est cela. Et c’est cela que nous n’observons pas et qui nous fait vraiment mal au cœur. C’est douloureux. L’argent c’est doux mais il ne faut pas, pour de l’argent, sacrifier son propre frère. J’ai donné le nom de Moni Sélè à ma dernière fille. Ça signifie l’argent n’est rien dans mon ethnie. Cela ne veut pas dire que l’argent ne peut pas permettre de con - struire. Bien au contraire, c’est l’argent qui est à la base de tout. Mais Moni Sélè, au- delà, c’est la philosophie qu’il faut saisir. Donc je sacrifie mon propre frère pour de l’argent ? Je vais avoir les yeux de diable parce que dans nos sociétés claniques, c’est le diable qui sacrifie son propre neveu parce qu’il est devenu «quelqu’un». Cela n’est pas bon. Il faut qu’on laisse tomber ça. Des atrocités dans notre pays, demandons à Dieu qu’il touche notre cœur et que cela ne recommence plus jamais. C’est ce que nous demandons. Cela ne veut pas dire que ceux qui sont morts-là, ça ne nous fait pas mal. Bien au contraire, ça nous fait mal. Trop de gens sont morts et ils continuent de mourir. Est-ce que si c’était le cas, un Wê,
quelqu’un de l’Ouest, saluerait aujourd’hui quelqu’un du Nord ? Non ! Mais les Wê sont les premiers à dire : «Passons l’éponge sur tout ça pour aller à une loi d’amnistie parce qu’il faut que nous nous réconciliions». C’est ça le problème. Mais on oppose les tueries des femmes d’Abobo, encore faut-il démontrer que c’est Gbagbo qui a fait tuer ces femmes-là.

Propos recueillis par Robert Krassault et Koré Benjami

Notre Voie N°4376 du lundi 25 mars 2013




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