Souveraineté et décolonisation:L’incroyable leçon de courage d’un analyste politique

Vendredi 29 Août 2014 - 07:12


Que faire pour que la Côte d’Ivoire soit effectivement Souveraine et décolonisée ? Cette interrogation préoccupante est d'actualité au regard du contexte politique ivoirien du moment. Le Front Populaire Ivoirien demeure, qu’on le veuille ou non la conscience du peuple ivoirien, de par son icône Laurent Gbagbo, qui disons le, n’appartient plus seulement à sa formation politique. Il demeure maintenant une propriété de tout le peuple ivoirien. Après les événements du 11 avril 2011, il se pose de façon déterminante la question de l’indépendance réelle de la Côte d’ivoire. A cette question fondamentale qui engage l’avenir des peuples ivoiriens qui ont droit à leur autodétermination, il faut apporter une réponse idéologique et pragmatique à la fois. Il nous est rappelé à bon escient qu’aucune ex-colonie française d'Afrique Sub- saharienne ne s'est affranchie du Système de la Françafrique. Toutes les ex- colonies françaises d'Afrique noire, après plus de 50 ans d'indépendance, restent sous le joug de la France. Cette mainmise se fait par l’intermédiaire de dictatures locales installées et entretenues par la France. Par contre, la situation se présente de manière différente dans les 3 ex-colonies françaises du Maghreb (Algérie, Tunisie, Maroc) et les 4 ex-colonies françaises d'Indochine (Laos, Vietnam, Cambodge, Thaïlande). En effet, concernant ces groupes de pays, ils jouissent d'une indépendance réelle qui ne souffre pas de la mainmise d'un État tiers. Donc il est possible d’en sortir en prenant véritablement en main son destin comme les autres. Ce n’est plus du domaine de l’illusion, ni du rêve mais du faisable. Ce n’est donc pas l’obstacle qui se dresse devant le peuple qui est important, mais la volonté du peuple à y faire face. D’aucuns préconisent la capitulation devant la puissance de l’obstacle et une collaboration deshumanisante. D’autres par contre suggèrent de faire face à la réalité de l’oppression en utilisant un fort mouvement intérieur. La question est donc posée manifestement au Front Populaire Ivoirien et à tout le peuple de Côte d’Ivoire : Que faire pour que la Côte d’Ivoire soit effectivement Souveraine et décolonisée ? Je suis de ce dernier avis et ma contribution est forte- ment inspirée du livre d’un auteur contemporain : Gene Sharp, 2009. En effet, ces dernières années, différentes dictatures – d’origine nationale ou installées par intervention étrangère – se sont effondrées face à une population défiante et mobilisée. Souvent considérées comme solidement ancrées et invincibles, certaines de ces dictatures se sont révélées incapables de résister à une défiance sociale, politique et économique concertée par le peuple. Grâce à des défis populaires principalement nonviolents, depuis 1980 des effondrements semblables se sont produits en Estonie, en Lettonie, en Lituanie, en Pologne, en RDA, en Tchécoslovaquie, en Slovénie, à Madagascar, au Mali, en Bolivie et aux Philippines. La résistance nonviolente a fait progresser la démocratie au Népal, en Zambie, en Corée du Sud, au Chili, en Argentine, en Haïti, au Brésil, en Uruguay, au Malawi, en Thaïlande, en Bulgarie, en Hongrie, au Nigeria et dans différents pays de l’ancienne Union Soviétique – en jouant un rôle important dans la défaite de la tentative de coup d’État d’août 1991. Le peuple ivoirien n’est pas moins intelligent et courageux que ces braves populations des pays cités. « So, yes we can » Je relèverais les points suivants pour étayer mon propos: (i) la puissance du mouvement interne, (ii) les dangers de la négociation, (iii) les mérites et les limites de la négociation, (iv) la capitulation négociée, (v) la Puissance et la justice dans la négociation (vi) les dictateurs « acceptables », (vii) le collaborationnisme, (viii) Quel genre de paix nous recherchons? (ix) les raisons d’espérer, (x) attaquer les faiblesses des dictatures, (xi) la solution ultime : La voie de la lutte nonviolente, (xii) Les armes nonviolentes et la discipline non- violente

1- La puissance du mouve- ment interne Face au né-colonisateur et à la dictature locale, la population ivoirienne est comme atomisée, c’est-à-dire transformée en une masse d’individus isolés, incapables de travailler ensemble pour développer des liber- tés, une confiance mutuelle ou même de faire quoi que ce soit de leur propre initiative. Le résultat est prévisible : la population ivoirienne s’affaiblit, n’a plus confiance en elle-même et se trouve incapable de résister. Les gens ont souvent trop peur de partager leur haine de la dictature et leur soif de liberté, même en famille et entre amis. Ils sont terrifiés à l’idée même de résistance publique. À quoi cela servirait-il ? Au lieu de cela ils vivent une souffrance sans but et envisagent l’avenir sans espoir. Des leaders de partis politique et non des moindre affirme que l’adversaire est trop forts, armés jusqu’aux dents, soutenu par le monde entier, par la communauté internationale, il est invincible. Or il y a un espoir comme le montre la fable du « maitre singe » Une parabole chinoise de Liu-Ji, datant du XIVe siècle, illustre bien cette lecture négligée du pouvoir politique : Dans l’État féodal de Chu, un vieillard survivait en gardant des singes à son service. Les gens l’appelaient « Ju gong » (Maître singe). Chaque matin, le vieil homme rassemblait les singes dans sa cour et donnait l’ordre à l’aîné d’emmener les autres dans la montagne, ramasser des fruits sur les arbres et dans les buissons. La règle exigeait que chaque singe donne le dixième de sa récolte au vieillard, et ceux qui ne le faisaient pas étaient violemment fouettés. Tous les singes en souffraient mais n’osaient s’en plaindre. Un jour, un jeune singe s’adressa aux autres, leur dit ceci : « Le vieil homme a-t-il planté tous les fruitiers et buissons ? » Les autres répondirent : « Non, ils ont poussé naturellement. » Le jeune singe insista : « Ne pouvons-nous pas prendre les fruits sans la permission du vieil homme ? » Les autres répondirent : « Si, nous pouvons tous le faire. » Le jeune singe continua : « Alors pourquoi devons-nous dépendre du vieil homme ; pourquoi devons-nous tous le servir ? » Avant que le petit singe ne finisse sa phrase, tous les autres avaient compris et s’éveillaient. La nuit même, s’assurant que le vieil homme était endormi, les singes détruisirent l’enclos dans lequel ils étaient confinés. Ils prirent les fruits que le vieil homme avait emmagasinés et les emportèrent dans la forêt pour ne jamais en revenir. Le vieil homme finit par mourir de faim. Yu-zu-li conclut : « Certains hommes, dans le monde, dominent leur peuple par l’imposture et non pas par la justice. Ne sont-ils pas comme le Maître singe ? Ils ne se rendent pas compte de leur confusion d’esprit. Dès que leur peuple comprend la chose, leurs ruses ne fonctionnent plus. » Il en est de même pour la France qui pliera l’échine dès que le peuple ivoirien opprimé comprendra vraiment sa servitude déshonorante et humiliante, faite de spoliation de son économie par le compte d’opération, (La BCEAO dépose 50% de ces réserves de change auprès du trésor français sur le compte d’opération, en contrepartie de la convertibilité illimitée du FCFA garantie par la France. Ce taux de 50% est entré en vigueur en 2005. Il était de 65% dans le premier accord. L’article 2 de cet accord stipulait que la banque centrale versera au compte d’opérations du trésor français les disponibilités qu’elle pourra avoir en dehors de la zone d’émission, soit 65% de ses avoirs extérieurs. Les 35% doivent servir à des charges bien définies), la gestion de la BCEAO par la Banque de France, les accords de défense militaires, l'exploitation des marchés locaux par les multinationales françaises (Bouygues, Bolloré, Vinci... environ 700 entreprises françaises). Comme les singes cités dans la parabole, le mouvement interne de prise de conscience collective peut s’autodéterminer et prendre en charge de façon puissante son propre destin. Ce n’est ni une question de stratégie, encore moins une question de tactique. C’est bien une question de ligne politique et d’autodétermination individuelle et collective.

 2- Les dangers de la négociation Confrontées aux graves problèmes de la dictature et de la servitude du colonisateur, certains ivoiriens s’installent dans une attitude de soumission passive, voir de reddition pesante et coupable. d’autres, ne voyant aucune possibilité d’aller vers la démocratie et la souveraineté, concluent qu’ils doivent composer avec cette dictature apparemment indestructible, ce puissant colonisateur apparemment invincible, cette communauté internationale visiblement envahissante en espérant que, grâce à la « conciliation », au « compromis » et aux « négociations », il sera possible de sauver quelques éléments positifs et de mettre fin aux brutalités et à l’exploitation vile et éhontée des richesses du Pays. C’est la théorie du collaborationnisme et en apparence et faute d’alternatives réalistes, cette option en séduit beaucoup.

3- Les mérites et les limites de la négociation La négociation est un outil très utile dans la résolution de certains types de problèmes et ne doit être ni négligée, ni rejetée lorsqu’elle est appropriée. Nous le répétons sans cesse au FPI sans être compris. Dans certaines situations qui ne portent pas sur des questions fondamentales et donc sur lesquelles un compromis est acceptable, la négociation peut être un moyen appréciable pour régler des conflits. Une grève ouvrière pour une augmentation de salaire est un bon exemple de conflit pouvant se traiter par la négociation : on trouve un point d’accord situé entre les propositions des parties en présence. Lorsque les enjeux sont fondamentaux, qu’ils affectent des principes de souveraineté, d’indépendance vraie, des libertés humaines ou le développement futur de toute la société ivoirienne, les négociations ne peuvent pas trouver une solution acceptable. Sur des questions fondamentales, il n’y a pas de compromis possible. Seul un changement radical (ce qui ne veut pas dire par la violence armée) des relations de pouvoir en faveur des démocrates et des peuples peut assurer la sauvegarde des enjeux fondamentaux.

 4- La capitulation négociée Les ivoiriens et les leaders politiques l’opposition qui s’opposent aux dictatures ont souvent de bonnes raisons de vouloir négocier. Ils évoquent le fait que la guère finit toujours par la négociation, soit. Des négociations sont particulièrement susceptibles d’être envisagées par les démocrates quand le dictateur à une nette supériorité militaire et que les destructions et les pertes humaines atteignent un niveau insupportable pour le peuple, comme le 11 avril 2011. Il se développera alors une certaine tentation d’explorer toutes les voies qui pourraient sauver une partie des objectifs des démocrates tout en mettant fin au cycle de violences et de représailles. Une offre de « paix » négociée adressée par la dictature à son opposition démocratique, comme c’est le cas en ce moment en Côte d’Ivoire, n’est bien sûr pas dénué d’arrière-pensées. Les dictateurs peuvent mettre fin d’eux-mêmes à la violence en cessant de faire la guerre à leur propre peuple. Le colonisateur fera semblant d’appeler au respect des droits humains. La communauté internationale lancera un appel pressant aux opposants à entrer dans le jeu politique, qu’importe. Lorsque la dictature est forte mais qu’il existe une résistance gênante, le dictateur souhaite parfois négocier pour soumettre l’opposition sous prétexte de « faire la paix ». L’appel à la négociation peut séduire, mais il est fort possible que celle-ci cache de graves dangers. Par contre, lorsque l’opposition et le peuple sont en position de force et que la dictature est menacée, les dictateurs et les né-colons cherchent toujours à négocier afin de sauver le maximum de leur pouvoir et de leur richesse. En aucun cas les démocrates ne doivent aider les dictateurs et l’oppresseur à atteindre leurs buts. Les ivoiriens en général et le FPI en particulier doivent se méfier des pièges qui peuvent leur être tendus par les dictateurs au cours du processus de négocia- tion. L’ouverture de négociations alors que des questions fondamentales de libertés civiles sont en jeu, est manifestement une ruse du dictateur visant à obtenir la paix ou la soumission des opposants alors que la violence de la dictature se perpétue par des arrestations, le gel de savoirs, l’occupation des biens meubles et immeubles, le maintien de la liberté provisoire des ex- prisonniers politiques et militaires etc... Dans ce type de conflit, la seule négociation envisageable est celle qui se tient à la fin d’une lutte décisive, lorsque le dictateur est aux abois ou lorsque la France sent ses intérêts menacés et cherche une issue favorable.


5- La puissance et la justice dans la négociation « Négocier » ne signifie pas s’asseoir à une table et discuter sur un pied d’égalité pour résoudre des différends. N’oublions pas deux choses essentielles: d’abord, lors des négociations, ce n’est pas la justesse relative des positions et des objectifs des uns et des autres qui détermine le point d’entente. Deuxièmement, le contenu d’un accord négocié est largement déterminé par le rapport de forces sur le terrain entre les parties en présence. Une entente négociée n’est donc pas obtenue par l’évaluation des droits et des torts des uns et des autres quant aux questions en jeu. Bien que ces sujets puissent être débattus, les vrais résultats des négociations viennent de l’évaluation du rapport de forces absolu ou relatif des groupes qui s’opposent. Que peuvent faire les opposants et les ivoiriens pour s’assurer que leurs revendications essentielles soient respectées ? Que peuvent faire les dictateurs pour rester au pouvoir et neutraliser les opposants ? Que peut faire la France pour maintenir sa domination sur la Côte d’ivoire ? Autrement dit, si l’on arrive à une entente, elle sera vraisemblablement le résultat de l’estimation dans chaque camp du rapport des forces et des projections quant à l’issue probable d’un conflit éventuel. Les résultats ne seront jamais la conséquence d’émotion ou de gentillesse et de compréhension des acteurs, ils le seront par rapport aux intérêts de chacun, au vue des rapports de forces. C’est une lapalissade… A suivre


LAVRYTHIE  Consultant en management
Source: Aujourd’hui / N°713 du jeudi 28 août 2014




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