Sortir du Franc CFA ! Une question économique plutôt qu’une question d’idéologie et de souveraineté ?

Vendredi 26 Mai 2017 - 22:09



De la problématique  de la sortie du Franc CFA.

Tous les pays qui comptent dans la mondialisation, ne se sont pas positionnés par la politique mais par l’économie et les bons résultats économiques. Ils ont d’abord mis en œuvre une économie fondamentale puis quand ils ont  atteint le stade du développement vivable par le plus grand nombre, ils sont passés à l’économie générale et à toutes ses ramifications. Pour de nombreux Africains ayant en partage le Franc CFA, la sortie de cette monnaie coloniale française, ne doit pas être une question de souveraineté, de dignité ou même d’orgueil car nous nous nourrissons de ce que les autres produisent et un peuple qui se nourrit de ce que les autres produisent, n’est pas libre. Alors comment imaginer sortir du Franc CFA si nous ne produisons pas au moins ce que nous mangeons ? Cette sortie serait une catastrophe et la monnaie africaine de remplacement ne vaudra rien. Soyons pragmatiques, à certains égards, le Franc CFA freine la compétitivité à l’exportation et à la production intérieure des pays concernés. Dans la plupart de ces pays, les populations consomment des produits qu’elles ne produisent pas (poulet, riz, huile, etc.) et qui viennent d’ailleurs. Si ces pays sortaient du Franc CFA, tous les produits importés seront hors de prix et hors du pouvoir d’achat des populations. Par exemple, malgré ses réserves en ressources pétrolières et autres, un pays comme le Nigeria, s’adosse même à la zone Franc CFA pour faire des importations. C’est grâce au Franc CFA que des pays comme le Bénin, le Niger, le Cameroun et le Tchad sont devenus des pays de réexportation vers le Nigeria.
Nous sommes d’accord pour sortir du Franc CFA mais ce n’est pas avec des marches et des slogans politiques que nous y parviendrons. La sortie du Franc CFA sera accélérée essentiellement par des actions de souveraineté économique et d’autosuffisance (en particulier  l’autosuffisance alimentaire) « Produire et Transformer pour Consommer et Vendre/ Exporter le Surplus, et ne plus importer les produits de base et la nourriture que nous consommons en utilisant le Franc CFA, devise adossée à l’Euro ». Si nous commençons à produire, à transformer, à consommer, à vendre et à exporter le surplus, le Franc CFA nous donne la capacité de nous équiper. Il sera un avantage parce que nous aurons une monnaie forte pour importer des tracteurs, des engrais, des ordinateurs, des postes téléviseurs, des  téléphones, etc.

Le Franc CFA  et le Pacte colonial ?

Dans les slogans de marche pour la sortie du Franc CFA, le pacte colonial est régulièrement accusé de tous nos maux, mais : -  Nous mangeons à l’esprit du pacte colonial (jambon, foie gras, vin de Bordeaux, champagne, pain, etc.). Le pain à base de blé, est devenu notre aliment de base alors que nous ne produisons pas le blé. -  Nous nous habillons à l’esprit du pacte colonial. Combien vont encore chez un couturier, un tailleur ? Nous voulons du « prêt à porter », ainsi les tailleurs n’ont plus de travail. L’importation d’habits détruit des emplois dans beaucoup de domaines. -  Nous nous soignons à l’esprit du pacte  colonial. La médecine occidentale plutôt que notre médecine traditionnelle prisée par les Occidentaux. L’importation de médicaments détruit l’essor de la médecine traditionnelle et toutes les filières associées. -  Nous sommes instruits et éduqués à l’esprit du pacte colonial. Les programmes sont ceux des Français et nos enfants sont formés comme s’ils étaient des étrangers dans leur propre pays. On ne tient même pas compte de leur environnement, leur sociologie, leur culture. Ce qui fait que les Africains de la zone Franc CFA réussissent mieux en France et hors de leur pays parce qu’ils ne sont formés à réussir qu’en servant l’économie française que leur propre économie. Les réalités de l’instruction donnée n’ont rien à avoir avec nos besoins, notre histoire, notre sociologie, notre psychologie, etc. -  Nous sommes logés à l’esprit du pacte colonial. En Afrique, la chaleur est notre ennemie mais nous construisons selon le modèle des régions où c’est le froid qui est leur ennemie d’où l’usage massif de la climatisation et de l’électricité (environ 50% du budget de fonctionnement des ministères et autres). Pour équiper ces logements inadaptés, nous importons des meubles, ainsi combien de menuisiers ont encore du travail ? Le pire esclavage est celui qui consiste à faire adopter une habitude de consommation dans une zone où les produits ne sont pas  fabriqués, à moins que par la tricherie, le prix d’achat du produit lui est imposé, ce qui est le cas de nos produits de rente tels le Coton, le Café, le Cacao, etc. Aujourd’hui, avec notre paradigme consommation-production, nous pouvons affirmer que le Franc CFA a de beaux jours devant lui. S’il faut marcher pour sortir du Franc CFA, certains chefs d’État africains concernés l’auraient fait depuis longtemps, ils auraient marché. Pour sortir du Franc CFA, le seul préalable est que nous devons commencer à produire, transformer, consommer, vendre et exporter comme la Chine, l’Inde, le Brésil et toutes les puissances émergentes. Construisons une économie fondamentale de proximité pour un développement vivable par le plus grand nombre d’Africains et tout le reste suivra naturellement. En attendant, continuons avec le Franc CFA.

Conclusion

Sortir du Franc CFA, est une question économique pour les pays concernés et une question de contrôle politique pour la France, ancienne puissance coloniale. Oui pour sortir du Franc CFA mais il nous faut d’abord mettre en place une économie fondamentale(1) et le développement vivable(2) par le plus grand nombre, facilitant le passage à l’économie générale et à la mondialisation. Ainsi, les pays de la zone Franc CFA deviendront forts économiquement et financièrement et le Franc CFA deviendra obsolète. Le jour où l’ensemble des pays africains de la zone Franc CFA atteindront l’autosuffisance alimentaire, la sécurité sanitaire et la stabilité sociale, c’est la France qui, pour ne pas compromettre son influence politique africaine et mondiale, devra unilatéralement arrêter de fabriquer cette monnaie coloniale.

Pétros A. ZINZINDOHOUÉ et Bertin S. KOOVI
 
Notes:
(1) ÉCONOMIE FONDAMENTALE satisfait les besoins primaires : - se nourrir, - se loger, - se vêtir, - se soigner, - s’instruire.
(2) DÉVELOPPEMENT VIVABLE (Livable Development) est consacré par «Agir maintenant pour vivre dignement aujourd’hui, et ensemble, œuvrer pour un avenir plus enviable» et sacralisé par «Bien manger à sa faim et avoir un large accès aux services de base, de qualité, dans un environnement préservé et pacifié». Le DÉVELOPPEMENT VIVABLE garantit le minimum de dignité humaine en apportant des réponses concrètes et factuelles à des besoins populaires et planétaires que sont : - le besoin du présent enviable individuel, - le besoin du bien-être pérenne collectif, - le besoin du vivre-ensemble solidaire existentiel.

Source: Diasporas News N° 85 - MAI 2017




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