Soro parle de reconciliation : Que dit M.Ouattara ?

Mardi 25 Juillet 2017 - 09:55


GRADDH-AFRIQUE DECLARE  :
 1. De la démarche du PAN de Côte d’Ivoire  :

Le lundi 3 Avril 2017, à l’occasion de la rentrée parlementaire 2017-2022, sous l’égide de la 3ème république proclamée par le Chef de l’Etat Alassane OUATTARA, l’actuel président de l’Assemblée nationale (PAN) de Côte d’Ivoire, l’ex-chef de la rébellion ivoirienne née à la suite des événements criminels déclenchés dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, Guillaume SORO Kigbafori a annoncé l’orientation qu’il entendait faire adopter par les nouveaux députés ivoiriens comme repère dans les actions parlementaires à mener.
Depuis cette date du 3 Avril, M. SORO et ses compagnons de l’ex-rébellion accentuent leurs discours autour de ce qu’ils ont qualifié de «  l’alliance du 3 avril  »  ; et l’ex-chef rebelle multiplie désormais ses actes en direction des personnes se disant partisanes du Président Laurent GBAGBO, celui-là qu’il tenta de renverser en septembre 2002, dont il devint le Premier ministre à la faveur de l’accord de Ouaga de mars 2007, et qu’il faillit même assassiner avec ses troupes de rebelles soutenues par les bombardements de l’armée française, de la mi-mars jusqu’au 11 avril 2011.
Ainsi, le jeudi 20 Juillet 2017, de retour de sa tournée européenne, M. Guillaume SORO a déclaré qu’il réitère sa demande de pardon à l’endroit des Ivoiriens, pour les actes que l’on pourrait lui reprocher depuis 2002 et qu’il s’apprêterait à aller demander pardon à ses «  aînés, les Présidents BEDIE, OUATTARA et même Laurent GBAGBO  ».

 2. Du mutisme et de l’hostilité du Chef de l’Etat et du RDR :
 
Pendant que l’ex-chef de la rébellion ivoirienne qui porta M. Alassane OUATTARA au pouvoir par les armes tente de remettre l’épineuse question de la Réconciliation nationale au centre de la gouvernance du pays, que dit et que fait le Chef de l’Etat ivoirien ainsi que son parti politique, le Rassemblement des Républicains  ?
-M. Alassane OUATTARA et le parti RDR qu’il préside (en violation de la Constitution de sa 3ème république) garde un silence total. Ni le gouvernement Duncan, ni celui de M. Gon COULIBAY ne se sont approprié «  l’alliance du 3 Avril  » du PAN.
-Au contraire, le Chef de l’Etat ivoirien cherche plutôt à renforcer sa propre sécurité face aux ex-rebelles auteurs des mutineries répétées depuis janvier 2017 et qui sont devenus ses maîtres-chanteurs.
-Pire, alors que M. OUATTARA est sensé savoir que les ex-rebelles disposent toujours des armes lourdes – puisqu’ils n’ont jamais été désarmés et qu’ils ont plutôt été ravitaillés en armes dans la crise postélectorale de 2010 – il tente d’isoler ou d’affaiblir l’ex-chef rebelle, son «  fils prodige  », en faisant ouvrir une enquête judiciaire contre le chef de protocole et compagnon de guerre du PAN  ; sans pour autant oser faire arrêter M. Souleymane KAMAGATE allias Soul to Soul.
-Enfin, le 21 Juillet dernier, à la faveur d’un remaniement inattendu, le Chef de l’Etat ivoirien a nommé M. Hamed BAKAYOKO Ministre de la Défense. Sa mission évidente étant de mettre un terme aux mutineries et chantages des ex-rebelles de Guillaume SORO.
Dans un tel contexte, quelle place pourrait occuper la Réconciliation nationale durant ce deuxième mandat de M. OUATTARA  ? Quel crédit pourrait-on accorder au discours de l’ex-chef de la rébellion ivoirienne  ?
 
 3. GRADDH-AFRIQUE juge la réconciliation prônée par M. Guillaume SORO :
 
GRADDH-AFRIQUE (Groupe de Réflexion et d’Actions pour la Démocratie et les Droits de l’Homme en Afrique)  considère que la Réconciliation revêt une importance capitale pour le présent et l’avenir de toute Nation ayant vécu une crise aussi grave que celle survenue en Côte d’Ivoire entre 2010 et 2011. Or, la réconciliation constitue cependant l’essentiel ayant fait défaut à la gouvernance du Chef de l’Etat Alassane OUATTARA depuis sa prise du pouvoir le 11 Avril 2011.
Car, ni la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation (CDVR), qui aurait dû jouer le rôle d’une justice transitionnelle, ni les tribunaux ivoiriens ne sont parvenus à réconcilier les populations de ce pays  ; puisque leur principale mission, selon la vision de M. OUATTARA, n’a consisté qu’à satisfaire quelques victimes de la crise postélectorale de 2010, notamment les victimes pro-Ouattara, et à juger et condamner les pro-Gbagbo.
Dès lors, le discours sur la réconciliation de M. Guillaume SORO ne pourrait avoir du crédit qu’à certaines conditions.

 a/ La sincérité du pardon demandé par M. SORO  : l’ex-chef rebelle demande pardon, pour quels crimes exactement  ? Puisque M. SORO ne donne pas les raisons motivant son revirement actuel et il ne fait aucune repentance  : il n’avoue aucun crime que lui et ses hommes ont commis de septembre 2002 à ce jour.
Pire, M. SORO prétend demander pardon au Président Laurent GBAGBO, alors qu’il a continué d’accuser l’ex-Chef de l’Etat de tous les crimes  : il a toujours soutenu que la rébellion est née en 2002 parce que M. GBAGBO et son régime étaient «  ivoiritaires  » et «  xénophobes  »  ; et que dans la crise de 2010-2011, c’est encore M. GBAGBO qui a tué ou fait tuer les trois mille morts consécutifs à cette crise  ; d’où sa déportation à la CPI.
Quel pardon le sieur Guillaume SORO prétendrait-il donc demander au Président GBAGBO et à ses partisans  ?

 b/ Se réconcilier avec soi-même et avec les siens  : avant de chanter partout la réconciliation et plutôt que d’orienter ses actions principalement vers M. Laurent GBAGBO, l’ex-chef rebelle devrait commencer par se réconcilier avec sa propre conscience, face aux crimes que ses hommes et lui ont commis dans le pays depuis 2002. Ensuite, M. SORO devrait plutôt chercher à se réconcilier sincèrement avec M. Alassane OUATTARA, son «  père  » – et le supposé «  père de la rébellion – ainsi qu’avec les cadres du RDR.
Car,  sans cette réconciliation préalable avec le Chef de l’Exécutif et avec le parti au pouvoir, le projet de l’ex-chef rebelle ne sera qu’une pure propagande électoraliste, qui sera combattu par le régime au pouvoir.
Sinon, comment M. SORO compte-t-il se réconcilier avec le Président GBAGBO et ses partisans, en ne se reprochant rien et en menant une guerre de positionnement contre son mentor et son parti le RDR  ?

 c/ Réconcilier le Parlement avec l’Exécutif  : la volonté politique unanime au sein de toute la classe politique dirigeante est indispensable, si l’on veut faire aboutir le projet de la Réconciliation nationale  ! M. Guillaume SORO et ses compagnons gagneraient donc, s’ils sont déterminés, à faire porter leur projet par une forte majorité des parlementaires, de façon à faire voter massivement une Loi d’amnistie  ; avant de faire adopter cette loi en Conseil de Ministres en vue de son exécution.
Et cette Loi d’amnistie devrait pouvoir permettre la libération de tous les prisonniers politiques pro-Gbagbo  ; le retour sécurisé et assisté de tous les exilés de la crise de 2010-2011  ; et le retrait de la plainte de l’Etat de Côte d’Ivoire contre le Président Laurent Gbagbo et le ministre Charles BLE GOUDE, ne serait-ce que de façon symbolique eut égard au fait que le procès est déjà très avancé.

 d/ Sacrifier l’ambition de 2020, afin de sauver la réconciliation  : si l’ex-chef rebelle Guillaume SORO est vraiment sincère dans sa démarche, pourquoi ne renoncerait-il pas à son ambition de se présenter à l’élection présidentielle de 2020, afin de se consacrer pleinement à la réconciliation des Ivoiriens qu’il a activement contribué à diviser  ?
Car, à la vérité, c’est son projet de candidature à la présidentielle de 2020 qui enlève toute crédibilité à son discours et à sa démarche, notamment aux yeux des pro-Gbagbo  ; et qui le fait craindre par ses amis du RDR ou du RHDP.
Un tel sacrifice serait un symbole de la repentance du sieur Guillaume SORO en mémoire de toutes les victimes des ex-rebelles.
Sauf si cette candidature de SORO en 2020 ne vise qu’à freiner M. Alassane OUATTARA, si ce dernier souhaitait briguer un troisième mandat anticonstitutionnel.

Fait à Rome, le 23 Juillet 2017
Pour GRADDH-AFRIQUE
Le Président
Dr BOGA Sako Gervais
Enseignant-Chercheur à l’Université de CI  ;
Ex-Membre de la Commission Nationale des Droits de l’Homme de Côte d’Ivoire (CNDHCI)  ;
Président de la Fondation Ivoirienne pour la Démocratie, les Droits de l’Homme et la vie Politique (FIDHOP)  ;
Ecrivain-Essayiste.
*GRADDH-AFRIQUE (Groupe de Réflexion et d’Actions pour la Démocratie et les Droits de l’Homme en Afrique)




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