Soldes, grades, discrimination…: Ca grogne encore dans l’armée

Jeudi 26 Février 2015 - 07:58


FRCI
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L’atmosphère continue de se crisper dans les casernes. Et pour cause, les dernières mesures gouvernementales, relatives au versement de près de cinq millions de nos francs à certains soldats issus de l’’ex-rébellion ivoirienne, n’a pas fait que des heureux au sein de la grande muette. Car à coté des heureux élus,- des soldats du rang  qui depuis la fin novembre 2014, touchent environ 700.000 Fcfa, une mesure valable sur six mois -, se trouvent certains de leurs camarades recrutés également par l’ex-rébellion qui font grise mine et crient à l’injustice. A leurs yeux, l’accord de Ouaga brandi justement par la hiérarchie ne saurait être un argument imparable, car soutiennent-ils, tous ont activement participé à l’accession au pouvoir du régime actuel. Pour eux, au nom de la cohésion, il faut plutôt récompenser l’ensemble des forces et non un groupe quelconque. A ce premier groupe de mécontents, il faut ajouter certains éléments des exforces gouvernementales qui s’expliquent difficilement que la République se montre aussi généreuse envers des personnes qui l’ont combattue hier, en ralliant volontairement les rangs de la rébellion. Aussi, il y a la question des grades qui empoisonne la vie au sein de la grande muette. Selon plusieurs témoignages concordants, les caporaux visés par l’accord de Ouaga, ont été élevés au rang de sergent, pendant que la plupart de leurs devanciers dans le grade, sont restés au même niveau de responsabilités. Or les nouveaux promus  n’ont pas toujours la compétence requise parce que n’ayant pas fait les stages adéquats. Résultat des courses, l’on assiste le plus souvent à des scènes ubuesques dans l’animation du dispositif administratif, avec notamment, des caporaux dans le rôle de chefs de poste devant les  « sergents accords de Ouaga », auxquels la charge revient normalement, selon l’ordre établi par le commandement militaire. Et plus d’une fois, indique notre source, il est arrivé que des soldats du rang, bien instruits de leurs droits, refusent de prendre le contrôle du poste en lieu et place des sergents défaillants, « incapables pour beaucoup, de tenir un stylo et dresser le moindre rapport ». De plus, la récente sortie publique du Général Soumaila Bakayoko, ruinant l’espoir des supplétifs FRCI, en attente de matricule, a-t-elle  grossi le cercle des mécontents où déjà policiers et gendarmes se tiennent en bonne place. Les premiers, confie-t-on, en raison principalement de la question des baux administratifs versés difficilement par l’Etat et qui les exposent ainsi à l’humiliation de la part des propriétaires de maison et les seconds, pour la suspicion et la méfiance entretenues à leur encontre par le pouvoir qui continue de leur reprocher leur non ralliement aux forces pro-Ouattara, au plus fort de la crise post-électorale de 2010.  Ce sont autant de dysfonctionnements, ajoutés aux frustrations diverses dont notamment, la stigmatisation continue des pro-Gbagbo qui rendent aujourd’hui, l’atmosphère délétère dans les casernes. Et le ministre de la défense et les autorités militaires seraient bien inspirées de colmater dès à présent, les brèches avant que la grogne ne soit plus grande et plus perceptible. Il y a va de la cohésion de l’armée, à quelques huit mois de l’élection présidentielle qui s’annonce fort agitée, malgré les assurances des securocrates de la Ouattarandie. Rappelons que début novembre 2014, plusieurs centaines de soldats, issus pour la plupart, de l’ancienne rébellion, se sont révoltés contre le pouvoir, pour le non paiement de soldes dues, à la lumière de l’accord politique signé en 2007, à Ouagadougou, entre le président Laurent Gbagbo et Guillaume Soro.  Pendant deux jours, les mutins ont paralysé Abidjan et toutes les contrées du pays, mettant ainsi, sérieusement en mal, l’autorité du chef de l’Etat. Et il a fallu que ce dernier, en sa qualité de chef suprême des armées, monte lui-même au créneau pour que la crise retombe. Mais cela, après avoir pris l’engagement formel de décaisser les fonds réclamés par la soldatesque. C’était au palis présidentiel, lors d’une rencontre avec l’ensemble des délégués dépêchés par les différentes casernes du pays. Et depuis, les frondeurs sont rentrés dans les rangs, préférant jouir des fruits de la reconnaissance de la République à leur endroit, laissant à d’autres, le champ pour nourrir leurs frustrations. Et Dieu sait s’il y en  a, dans cette armée, qui à l’image de la société ivoirienne toute entière, attend également la réconciliation vraie.


Géraldine Diomandé



Aujourd’hui / N°835




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