Situation sociopolitique de la Côte d’Ivoire: Ce que Ouattara doit faire s’il veut sauver son régime

L’année 2014 s’annonce très mouvementée. Précédant l’année électorale, 2014 apparaît assurément comme l’année de tous les défis pour la Côte d’Ivoire.

Vendredi 17 Janvier 2014 - 07:39


Le président du Front popu- laire ivoirien (FPI), le Premier ministre Pascal Affi Nguessan a donné de la voix le mardi 7 janvier dernier. Il a enjoint Alassane Dramane Ouattara de donner une réponse claire par rapport aux états généraux de la République que son parti propose. De sorte qu’ainsi situé, chaque camp prenne ses responsabilités. C’était à l’occasion de la cérémonie de présentation de vœux de nouvel an des structures  et corps constitués du parti à la rose à son président. Le chef du Fpi est même allé plus loin en indiquant que c’est Ouattara qui a le plus intérêt à ce que se tiennent les états généraux de la République en ce sens que le compromis politique qui sortira de ces assises pourrait lui permettre d’être à nouveau candidat à la présidence de la République. Car en l’état actuel de la constitution, Ouattara ne peut être candidat, a indiqué le président Pascal Affi N’Guessan.  Si le président du FPI a élevé le ton en ce début d’année, c’est bien parce que 2014 constitue le dernier tournant qui conduit directement vers les élections présidentielles de 2015. De sorte que tous les problèmes liés à l’organisation de ces élections doi- vent être réglés au cours de cette année 2014 si la volonté des tenants du pouvoir d’Etat est de les organiser dans des conditions acceptables par tous. Passée cette année, tout sera compliqué pour toute la classe politique ivoirienne. Ce qui fait de 2014, l’année de tous les défis liés aux prochaines élections générales. En d’autres termes, c’est une année charnière sur le chemin des élections générales.

Libération des prisonniers politiques et retour des exilés

L’un des défis importants à relever est celui de la libération des prisonniers poli- tiques et le retour des exilés politiques. Pour que l’opposition et, notamment, le Fpi qui en est le chef de fil, participent aux élections générales de 2015, il faut bien que son leader charismatique Laurent Gbagbo, arbitrairement incarcéré à la Cour pénale internationale (CPI), à La Haye, soit remis en liberté avec tous les autres prisonniers politiques. Et que soient annulées toutes les procédures judiciaires engagées contre eux. Cela passe par la prise d’une loi d’amnistie pour ramener la confiance entre l’ensemble des Ivoiriens. Cette loi ouvrira grandement la porte au retour à tous les exilés poli- tiques et au dégel des avoirs des partisans de Gbagbo ou soupçonnés comme tels. La libération du président Gbagbo et de tous les autres prisonniers politiques dont son épouse Simone Ehivet Gbagbo ainsi que le leader de la jeunesse patriotique Charles Blé Goudé, et le retour des exilés politiques restent une question non négociable pour le FPI. Et cela, la direction de ce parti l’a toujours clairement indiqué.

De la nécessité d’une nouvelle CEI

 La mise en place d’une nouvelle Commission électorale indépendante (CEI) est un autre défi à relever pour au moins deux raisons fondamentales. La première raison est une question de bon sens. Une CEI qui a été à la base de la guerre postélectorale ne peut encore inspirer confiance aux acteurs poli- tiques et même à la population ivoirienne. Son président Youssouf Bakayoko, pour avoir proclamé de vrais faux résultats et déclaré illégalement Ouattara vainqueur sur la base de ces vrais faux résultats est le véritable responsable de la guerre postélectorale. Le bon sens commande donc qu’on le change et, avec lui, toute son équipe. La deuxième raison est le fait que dans l’actuelle commission électorale, on retrouve encore des représentants des organisations qui n’existent plus. C’est le cas des représentants des Forces nouvelles, coalition des mouvements rebelles MPCI, MJP et MPIGO. Ces mouvements qui avaient été créés pour faire diversion et accroître le nombre des représentants du camp Ouattara, ont aujourd’hui rejoint leur organisation mère qu’est le Rdr. Ces mouvements fantoches doivent donc être extirpés des rangs de la CEI. En tout état de cause, comme son nom l’indique, la CEI qui est chargée d’organiser les élections doit être une institution neutre. A tout le moins, sa composition doit être équilibrée entre le pou- voir et l’opposition. C’est de cette façon seulement qu’elle pourra inspirer confiance à l’ensemble de la classe politique et aux populations ivoiriennes.

La question de la sécurité

La question de la sécurité est un élément crucial dans l’organisation d’élections obéissant aux critères internationaux. Tout le monde sait ce que cela a coûté à la Côte d’Ivoire d’avoir organisé les élections de 2010 sans le désarmement des rebelles. Les partisans du président Gbagbo ont subi les pires exactions dans l’ex-zone CNO qui était sous le contrôle de la rébellion de Ouattara. Beaucoup en ont été marqués à vie. Depuis la guerre postélectorale, la confrérie dozo, milice privée de Ouattara, a envahi tout le territoire national. Seuls autorisés à détenir des armes illégalement, les dozos terrorisent les populations jusque dans les villages et campements. Se proclamant gardiens du pouvoir Ouattara, nul n’a le droit de prononcer le nom de Gbagbo devant eux. Sinon, il est ligoté et passé proprement à tabac. Tout cela se passe sous le regard impuissant de l’administration territoriale. Les dozos ne respectent aucun préfet, à plus forte raison un sous-préfet. Ils n’obéissent qu’aux ordres de leurs chefs que sont Koné Zakaria et Chérif Ouamane. Eux-mêmes, piliers du ré- gime Ouattara. Il est donc clair que tant que la situation restera en l’état et que les dozos terroriseront les populations, les conditions sécuritaires d’une élection juste, transparente et équitable ne seront pas réunies. C’est pourquoi le FPI met un point d’honneur à cette question. Et c’est cette année 2014 qu’elle doit trouver solution. Recevant le corps diplomatique lors de la présentation des vœux au chef de l’Etat, Alassane Ouattara a indiqué avoir instruit le ministre d’Etat, ministre de l’intérieur et de la Sécurité aux fins de régler le problème des dozos. Cela n’est pas suffisant. Ce que l’opinion attend de Ouattara, c’est une volonté politique manifeste de désarmer les dosos et de les ramener dans leur sphère naturelle. Et cette volonté doit se traduire par une déclaration solennelle dans la- quelle, il fait injonction aux dozos de déposer les armes et de regagner leur base naturelle. Le nord de la Côte d’Ivoire. De la sorte, la confrérie comprendra clairement qu’elle ne bénéficie plus de la couverture du pouvoir. Elle pourra alors s’exécuter.

Le recensement général et la liste électorale

Depuis un moment des spots publicitaires annoncent dans les médias le recensement général de la population et de l’habitat. Et pourtant des milliers d’Ivoiriens sont contraints à l’exil. Des domiciles privés sont encore occupés par les Frci. Ces milliers d’Ivoiriens vont donc être exclus du recensement général de la population et de l’habitat de leur pays. Pendant ce temps, la nationalité ivoirienne est bradée auprès des milliers d’étrangers. Et comme du recensement général va découler la liste électorale, des milliers d’Ivoiriens seront forcément exclus des élections générales de 2015 quand les mil- liers d’étrangers devenus ivoiriens seront un bétail électoral pour M. Ouattara. On le voit donc clairement, le recensement général dont on parle dans ces conditions obéit à des visées politiciennes. Il ne s’inscrit pas dans un plan global de développement de la Côte d’Ivoire. Cela est proprement inacceptable. Le recensement tel qu’il est fait constitue un autre point de discorde qui doit lui aussi trouver nécessairement solution en cette année 2014.

Le découpage électoral

Le découpage électoral constitue également un autre point de désaccord qui doit être résolu avant 2015. L’actuel découpage électoral assure au Rdr, le parti de Ouattara, la majorité absolue à l’Assemblée nationale avant même que la compétition électorale ait lieu. Cela aussi est inacceptable. Le découpage électoral doit donc être repris sur des critères objectifs qui ne lèsent aucune région du pays par rap- port à une autre. Car toutes les régions se valent et doivent, par conséquent, avoir la même représentation au parlement selon les critères définis l’ensemble de la classe politique ivoirienne. Mais ce n’est pas tout. Il y la question de l’éligibilité des potentiels candidats à l’élection présidentielle qui a be- soin d’être suffisamment débattue pour parer à toute éventualité.

La question de l’éligibilité

Déjà le président du Fpi, le Premier ministre Pascal Affi NGuessan a mis les pieds dans le plat en indiquant qu’en l’état actuel de la situation, Ouattara ne peut être candidat. Le Rdr a semblé minimiser la question. Son porte-parole principal Joël N’Guessan a cru bon de narguer les Ivoiriens en disant : «Ouattara est candidat un point un trait». Et pourtant la question de l’éligibilité d’Alassane Dramane Ouattara est cruciale. Il n’est un secret pour personne que pour être candidat en 2010, Ouattara a dû son salut au président Laurent Gbagbo qui a usé de l’article 48 de la Constitution à la de- mande de l’ex-président sud- africain Thabo MBeki, médiateur dans la crise ivoirienne, pour faire de lui un candidat exceptionnel pour la seule élection de 2010. C’est-à-dire un candidat rendu exempt des conditions d’éligibilité telles qu’énoncées par la constitution pour la seule élection de 2010. Il va sans dire que le décret que le président Gbagbo avait pris à cet effet est de- venu caduc depuis longtemps. Et la constitution n’est ni suspendue ni modifiée. Elle demeure bien en place avec les mêmes conditions d’éligibilité. La question de l’éligibilité de M. Ouattara demeure donc en l’état, bien qu’il soit au pou- voir. C’est donc une question qu’il faut régler cette année 2014. Après ça sera trop tard. Mais comment la régler? Nous l’avons déjà écrit, l’article 48 est écarté d’office parce que le chef de l’Etat ne peut en user à son propre profit. Un grand constitutionnaliste indique par ail- leurs que la question étant au cœur de la République, elle ne saurait être traitée par l’Assemblée nationale. Sur- tout pas par une Assemblée nationale unijambiste. Cet éminent juriste estime donc que la voie référendaire s’oppose si la constitution doit être modifiée en ses conditions d’éligibilité. Or, les conditions pour organiser une élection en Côte d’Ivoire, quelle qu’en soit la nature, ne sont pas réunies. Notamment en termes de sécurité avec la présence des dozos en armes sur toute l’étendue du territoire national sans oublier ces milliers d’ex-combattants, des miliciens pro-Ouattara encore en armes qui écument quartiers et villages. Et même si elles étaient réunies, il n’est pas évident que M. Ouattara en sort gagnant. Il en ressort que seule la voie du compromis peut assurer à Ouattara d’être encore candidat à l’élection présidentielle. Et c’est cette voie que lui offre le FPI à travers les états généraux de la République. Et ceux-ci doivent se tenir cette année 2014. Après, ça sera aussi trop tard. Et au lieu de saisir la balle au rebond, Ouattara s’évertue à vouloir arrêter M. Affi. C’est le lieu d’indiquer clairement que non seulement l’arrestation du président du Fpi ne réglera pas le problème de son inéligibilité. Mais elle rendra encore plus lourd climat po- litique et éloignera davantage les investisseurs du pays. Pour ainsi dire, les élections de 2015 se jouent cette année 2014. Si ce tournant est raté, la Côte d’Ivoire ne sera pas à l’abri d’autres troubles.

Boga Sivori bogasivo@yahoo.fr

Source: Notre Voie  N°4616 du jeudi 16 janvier 2014




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