Situation socio-politique en Côte d'Ivoire: Un ancien compagnon d'Houhouët parle Ce qu'il dit de Ouattara, Gbagbo, Bédié, Guéi et Soro

De passage dans la sous-préfecture de Ganahoni, son village natal, il y a quelques jours, nous avons rencontré à son domicile, el hadj Issiaka Bamba, chef du canton Gbato nord, rattaché à Boundiali.

Vendredi 28 Décembre 2012 - 07:17


Situation socio-politique en Côte d'Ivoire: Un ancien compagnon d'Houhouët parle Ce qu'il dit de Ouattara, Gbagbo, Bédié, Guéi et Soro
Homme politique des années de l'indépendance, il était membre du bureau exécutif de la jeunesse du Rda, créée en 1959. Malgré l'usure du temps, cet ancien militaire nous est apparu encore frais et semble n'avoir rien perdu de son bagou. Ancien député, ancien Conseiller général et Grand Officier de l'Ordre national du Libéria sous Todman en 1961, il a connu les affres de la prison avec Samba Diarra, Charles Bauza Donwahi et Auguste Daubrey. Entretien de vérité avec cet ancien compagnon d'Houphouët.
 
Votre sentiment sur la visite de Berthé Onagna (cadre Rdr, candidat à la candidature pour les régionales dans la région de la Bagoué, de passage le dimanche 16 décembre 2012 à Ganahoni) sur vos terres ?
 
Il est normal qu'il vienne ici. Son père, Ngolo Oumar Berthé, était un ami, il a fait l'Indochine, l'Inde. Tous les jeunes doivent avoir l'ambition de servir leur pays. Seulement, quand l'un parmi eux aura été désigné candidat par la direction de leur parti, les autres doivent s'effacer à son profit.
 
Vous qui avez fait la politique du temps d'Houphouët-Boigny, quel regard portez-vous sur la vie politique aujourd'hui ?
 
Tout ce qui est arrivé à ce pays depuis plusieurs années est déplorable. On n'en serait pas là si des leaders politiques n'avaient pas tribalisé le débat. J'ai reçu Gbagbo dans cette cour le lundi 10 avril 1995. Je lui ai dit que je le soutenais parce qu'il promettait de nommer un ambassadeur de Côte d'Ivoire en Arabie Saoudite, ce que Houphouët ne voulait pas faire. C'est pourquoi je le soutenais. Quand il est venu ici le lundi 10 avril 1995, un visionnaire, du nom de Koné Dogninin, qui l'a vu en train de manger dans cette même cour, a tiqué en le voyant. Puis il a dit : ‘’l'homme qui est assis là cherche le pouvoir, il va l'avoir dans le sang, l'exercer dans le sang et il partira du pouvoir dans le sang. Tout son corps est couvert de sang’’. Ça s'est passé le 10 avril 1995. Quand le même visionnaire Dogninin arrive à Abidjan en 2000, c'est Guéi( le général Robert Guéi, qui a dirigé la transition militaire après le coup d'Etat de 1999, ndlr) qui est au pouvoir. Lorsque mon petit frère lui a montré l'image de Guéi qui passait à la télévision, le visionnaire a dit : ‘’Celui-là n'a pas l'envergure d'un homme d'Etat, il ne fera pas plus d'un an au pouvoir. Il en sera chassé et sera tué et tout le monde viendra regarder son corps’’. Ce visionnaire est décédé en 2007.
 
Quels souvenirs gardez-vous des années Houphouët ?
 
Houphouët m'a condamné à mort et jeté en prison. J'ai fait la prison d'Assabou avec le père de Gbagbo. Houphouët-Boigny ne voulait pas que les jeunes du nord prennent les rênes de la JRDA-CI.
 
Quel jugement portez-vous sur les années Gbagbo ?
 
C'est vraiment des années tristes. Gbagbo était un grand intellectuel qui s'est laissé aller à considérer les gens en fonction de leur tribu, de leur race. Il est venu exécuter ce que Bédié avait commencé. Bédié, lui, avait fait changer plus d'une cinquantaine d'articles de la loi fondamentale, rien que pour qu'Alassane Ouattara ne soit pas  président de ce pays.
 
Que voulez-vous dire par : « ce que Bédié avait commencé »?
 
Je veux parler de cette histoire d'Ivoirité. J'ai été choqué quand j'entendais les gens insulter les Mossi. Depuis le 1er janvier 1933 jusqu'à 1947, ce sont les Mossi qui ont construit la Côte d'Ivoire. Ce sont eux qui ont construit le canal de Vridi et le pont Houphouët-Boigny. D'ailleurs beaucoup sont morts en construisant ce pont. J'espère qu'avec tout ce qui s'est passé, beaucoup de gens vont sortir de l'Ivoirité, qui est contraire aux réalités de ce pays.
 
La Côte d'Ivoire a connu une rébellion dès les premières années de l'arrivée de Gbagbo au pouvoir. Etait-ce prévisible ?
 
La rébellion a complètement changé la face de la Côte d'Ivoire. C'est Dieu qui a voulu changer les choses en Côte d'Ivoire. La rébellion a été positive pour les gens du nord, eux qui étaient considérés comme des parias de la société ivoirienne. On nous regardait avec tant de dédain qu'on s'est autorisé à nous brûler vif sur la place publique. Déjà, sous Houphouët, les ressortissants du Nord étaient mal vus. Je me souviens qu'après une manifestation le jeudi 31 janvier 1963, Houphouët, furieux, m'a dit : ‘’Vous pensez que c'est parmi vous, fils de vendeurs de poulet, que sortira un jour mon successeur. Vous vous bercez d'illusion ; mon successeur sera l'un des miens’’.
 
La rébellion était dirigée par Guillaume Soro, aujourd'hui président de l'Assemblée nationale après avoir été Premier ministre. Que pensez-vous de Soro ?
 
Je trouve que c'est un jeune homme courageux, mais je lui conseillerai de savoir attendre son temps. Il est un peu trop pressé, qu'il ne brûle pas les étapes.
 
Finalement, Ouattara est arrivé au pouvoir. Que pensez-vous de sa gestion du pouvoir ?
 
Il a bien démarré. Il a la confiance du monde entier. Je pense qu'il est sur la bonne voie. Je regrette seulement qu'il n'ait pas pris jusque-là des mesures draconiennes pour chasser de nos forêts en basse-côte les gens qui s'y sont installés en toute illégalité, mais aussi les orpailleurs étrangers qui exploitent de façon sauvage nos régions, rendant impraticables nos terres. Je ne comprends pas que le gouvernement ne réagisse pas énergiquement devant cette situation. A part cela, je souhaite qu'Alassane Ouattara puisse continuer son mandat, et pourquoi pas, faire un deuxième.
 
Entretien réalisé par Assane NIADA
 
Publié le 28 décembre 2012




Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !