Séminaire gouvernemental sur l’école gratuite: Ouattara pique encore une idée de Gbagbo

Un séminaire gouvernemental a été ouvert hier au palais présidentiel sur la scolarisation obligatoire des enfants de 6 à 16 ans. En fait, il s’agit de l’école gratuite, une idée contenue dans le programme gouvernemental de Laurent Gbagbo mais qui n’a pu être mise en œuvre en raison de l’instabilité qui a émaillé sa présidence. Le chef de l’Etat n’en est d’ailleurs pas à son premier fait d’arme puisqu’il avait aussi pastiché l’assurance maladie universelle, l’AMU, devenue sous Ouattara la CMU couverture maladie universelle.

Vendredi 3 Avril 2015 - 09:46


La grande salle les ambassadeurs de la présidence ivoirienne a abrité hier le séminaire gouvernemental sur la scolarisation des enfants de 6 à 16 ans en Côte d’Ivoire. Ouvert à 9 heures, le séminaire  s’est achevé à 15 heures. Le porte-parole du gouvernement Bruno Koné a affirmé, à la fin de la rencontre, que le communiqué final du séminaire sera disponible le lundi 13 avril prochain. La scolarisation obligatoire est un point du programme d’Alassane Ouattara baptisé vivre-ensemble qui avait, sur ce sujet, pastiché une partie du programme de son adversaire Laurent Gbagbo qui, dès la campagne électorale de 2000, en fit le thème phare de son projet gouvernemental. Ouattara avait également fait du copier-coller sur un autre point majeur du programme de Gbagbo. A savoir l’assurance maladie universelle devenue la couverture maladie universelle. Le chef de l’Etat actuel en a d’ailleurs gardé les experts nationaux ayant travaillé sur le dossier, sous les ordres de la ministre de la solidarité de Gbagbo Clotilde Ohouochi. En fait, le programme vivre- ensemble qui se contentait dans les années 90 de reprendre les recommandations des institutions financières internationales comme le FMI et la banque mondiale sur les questions liées à la réduction de la pauvreté dans les pays sous-développés est devenu au fur et à mesure la copie conforme du programme de gouvernement du candidat Laurent
Gbagbo. Ainsi pour la première fois, un gouvernement libéral reprenait des thèmes de gauche tels que la couverture maladie universelle, la distribution de médicaments, l’école gratuite et obligatoire… Selon un décompte établi par un membre du cabinet de la ministre de l’éducation nationale Kandia Camara, le besoin en la matière est d’1,2 million d’enfants ayant besoin d’être scolarisés. A quelque six mois de l’élection présidentielle, le gouvernement essaie visiblement de trouver un argument électoral à faire valoir, car le contexte social est peu propice à un tel débat. Tous les voyants sont en effet rouges au plan éducatif. Sans doute parce que l’Etat qui entrevoyait de construire « de nouvelles salles de classe selon les besoins avec l'appui des bailleurs de fonds et avec une petite contribution des populations », n’a pas été à la hauteur de l’espoir qu’il a suscité. Au total, 60.000 classes devraient être construites dans le cadre d’un vaste projet de reconstruction du système éducatif ivoirien. Mais, à part quelques bâtiments réhabilités après de nombreuses demandes faites au ministère, très peu de nouvelles classes sont sorties de terre. Pis, alors que Laurent Gbagbo comptait sur les effets bénéfiques de la décentralisation pour doter les départements et les communes d’établissements scolaires, les collectivités décentralisées ont vu leur budget bloqué depuis 2011 par la tutelle. Conséquence, peu d’établissements scolaires ont été réhabilités sur l’ensemble du pays, à plus forte raison construits. Comment rendre obligatoire l’école lorsque l’Etat lui-même peine à scolariser les élèves affectés par lui et ne compte que sur le privé ? Comment assurer la gratuité alors que les infrastructures de base font défaut ? Ces genres de questions peuvent être multipliés à l’infini, puisque le secteur éducatif est en crise. L’Université dont la reconstruction a coûté quelque 143 milliards n’a en effet pas les moindres commodités. Les étudiants de pharmacie, maillon essentiel du système sanitaire, n’ont pas de laboratoires équipés tandis que les autres déplorent un manque d’amphi, des salles de travaux dirigés et parfois de micro. Alors que le gouvernement a instauré le système LMD, les salles manquent de connections internet et les résidences universitaires sont encore soit non réhabilitées soit occupées par les milices proches du régime. Ces problèmes ont finalement débouché sur des grèves aussi bien au niveau des élèves et étudiants qu’au niveau des enseignants. Les premiers revendiquent, en plus des problèmes cités plus haut, des bourses qui ne sont pas payées depuis plus de deux ans et les enseignants réclament les effets financiers du déblocage des salaires qui devraient intervenir depuis fin janvier. Envisager, dans un tel contexte, un projet qui vise la scolarisation obligatoire ne peut qu’avoir des arrière-pensées électoralistes. Comme l’a été le lancement, en grandes pompes, de la couverture maladie universelle qui n’est pourtant qu’à la phase de souscription. Difficile dans ces conditions de ne pas donner par ailleurs raison au député de Port-bouët Bertin Kouadio Konan qui ironise en assurant que le chef de l’Etat n’a pas encore ouvert la première page de son livre de promesses. D’ailleurs sur la question de l’AMU, Ouattara reconnait lui-même qu’il copie le programme de Gbagbo. « En 2001, l'annonce de la création de l'Assurance Maladie Universelle (AMU) a suscité beaucoup d'espoirs. Les réalités n'ont pas suivi, les déceptions ont été à la hauteur des espoirs initiaux. Nous allons tirer les leçons de cet échec pour mettre en place un système efficace. Notre objectif est clair : permettre à tous, tout de suite, de souscrire à une assurance maladie ; et d'amener progressivement l'ensemble de la population à le faire », note-t-il. On appelle cela en informatique du copier-coller. Quant à la rébellion, les coups de triche du régime montrent qu’elle devait empêcher Gbagbo de réaliser son programme afin que Ouattara vienne l’appliquer.


SévérIne Blé

Source: Aujourd’hui / N°861




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