Scandale dans la filière café-cacao: Dano Djédjé, Alphonse Douaty, Amadou Gon et Diby Koffi, en route pour la Maca ?

Mercredi 30 Mai 2012 - 01:40


En haut de gauche à droite: Dano Djédjé, Gon Coulibaly-En bas de gauche à droite: Douaty et Diby
En haut de gauche à droite: Dano Djédjé, Gon Coulibaly-En bas de gauche à droite: Douaty et Diby
Puisque notre président a décidé de passer à l’acte et de virer tous ses ministres trempés dans des « actes illégaux » en commençant par le malheureux Adama Bictogo. Eh bien, vu que l’acte qui a emporté l’ex-ministre de l’Intégration a été posé en dehors de son ministère, nous allons fournir à notre président bien aimé, des exemples d’actes illégaux posés par d’autres ministres encore en activité. Ces actes ont été posés dans le cadre de la gestion de la filière café-cacao dont le scandale est en ce moment même en jugement au tribunal de première instance d’Abidjan. Et puisque Adama Bictogo, pour bien montrer qu’il n’a rien à cacher aux Ivoiriens, est allé s’offrir en holocauste au Procureur de la République qui l’a entendu sans danger à titre rassurant de témoin malgré les cris des victimes des déchets toxiques. «L’Eléphant» prend le pari que d’autres ministres qui n’ont absolument rien à se reprocher, vont, pour rassurer le chef de l’Etat, faire la queue pour aller témoigner en juin prochain devant le tribunal correctionnel qui a en charge le jugement de l’affaire café-cacao. Alphonse Douaty, Huile du Fpi, ancien ministre de l’Agriculture, Dano Djédjé, Huile du Fpi, ancien ministre de l’Agriculture, Diby Koffi Charles, ministre de l’Economie et des finances depuis près d’une décennie, Amadou Gon Coulibaly, ancien ministre de l’Agriculture et aujourd’hui ministre d’Etat, secrétaire général de la Présidence de la République.


La source de tous les détournements.


Le 31 janvier 2001, Laurent Gbagbo, alors président de la République de Côte d’Ivoire, avait pris l’ordonnance N°2001-47 pour ouvrir un compte séquestre dans les livres de l’Agence de la Bceao à Abidjan, «aux fins de recueillir les différents prélèvements opérés au profit des producteurs sur les quantités de café et de cacao exportées ». Après cette Ordonnance, Laurent Gbagbo qui jurait avoir remis la filière aux producteurs, avait pris un décret N°2001-512 du 28 août, pour créer un comité de gestion de leur argent. En application de ce décret, son premier ministre de l’Agriculture, Alphonse Douaty, a écrit au Directeur national de la Bceao, pour lui expliquer comment l’argent des producteurs qui allait être reversé sur le compte séquestre ouvert dans les livres de sa banque, devait être utilisé. Dans ce courrier N°2257/MINAGRA/ CAB et daté du 4 septembre 2001 (voir Fac Similé), Alphonse Douaty écrit : « (…) j’ai l’honneur de vous communiquer ci-dessous les conditions et modalités de fonctionnement de ce fonds pour la mobilisation de ces ressources au profit de l’ensemble des producteurs de la filière café-cacao.
1/ Eu égard au caractère sensible (sensible par rapport à quoi ?ndlr) de ces ressources et en vue de préserver l’équité et l’intérêt général des producteurs des deux filières, tout mouvement en débit sur ce compte devra se faire sous la responsabilité conjointe des Autorités de tutelle, notamment le Ministre de l’Agriculture et des Ressources Animales et le Ministre de l’Economie et des Finances. Aussi, voudrais-je vous notifier que le Compte « Fonds de Développement et de Promotion des Activités des Producteurs des Filières Café et Cacao » ouvert dans vos livres ne fonctionnera que sous la signature conjointe des deux Autorités de Tutelle précitées.
2/ Un compte commercial ouvert par le Conseil de Gestion du Fonds de Développement et de Promotion des Activités des Producteurs des Filières Café et Cacao, dans une banque commerciale de son choix, recevra les virements opérés à son profit, sur ordre conjoint du Ministre de l’Agriculture et des Ressources Animales et du Ministre de l’Economie et des Finances, à partir du compte ouvert dans vos livres (…) Vu l’importance et le caractère sensible de ces ressources, je vous saurai gré, Monsieur le Directeur National, des dispositions que vous voudrez bien prendre afin d’assurer le strict respect des dispositions ci-dessus énoncées». Traduction. Laurent Gbagbo a déclaré, en octobre 2007, au cours d’une interview télévisée, qu’il avait remis la filière café-cacao aux producteurs.
Lesquels la géraient comme ils l’entendaient. Et que l’Etat, une fois qu’il avait perçu son « DUS » (droit unique de sortie), ne s’intéressait plus à la façon dont l’argent des producteurs était géré. Mais, sur la base de ce courrier, on réalise que ces déclarations sont très loin de la vérité. Puisque les producteurs de café-cacao n’avaient aucune signature sur le compte séquestre logé à la Bceao et sur lequel était reversé leur argent. Seuls les ministres de Gbagbo pouvaient disposer de cet argent à leur guise. Car à l’époque, les deux ministres de tutelle, celui de l’Agriculture (Alphonse Douaty) et de l’Economie et des finances (feu Bohoun Bouabré),
étaient du Fpi.


L’arrivée de Dano Djédjé
 

Soupçonné par un grand producteur de café-cacao (Sansan Kouao), grand ami de Laurent Gbagbo, d’avoir posé des actes peu orthodoxes avec leur argent, le ministre Alphonse Douaty a été viré du gouvernement et remplacé par Sébastien Dano Djédjé. Dès qu’il atterri à la tête du ministère de l’Agriculture, Dano Djédjé ne perd pas beaucoup de temps. Avec Bohoun Bouabré (à l’insu de Gbagbo ?), il ouvre un compte à la Caisse Autonome d’Amortissement (CAA). A l’insu des producteurs de la filière. Le 7 novembre 2002 (moins de deux mois après l’éclatement de la rébellion armée), Bohoun et lui, écrivent au directeur national de la Bceao. Objet du courrier N°3151/MINAGRA/CAB: «Virement de fonds de la Bceao à la CAA » (voir Fac Similé). Ensemble, les deux ministres écrivent de leurs petites mains : «Nous avons l’honneur de vous demander, en remplacement de l’ordre de virement du 23 octobre 2002, de bien vouloir autoriser le virement de la somme de quatre milliards de FCFA, encaissés au titre du FDPCC (…) dans le compte ouvert à cet effet à la Caisse Autonome d’Amortissement…» A quoi ont servi ces quatre milliards encaissés pour le Fdpcc, déposés sur le compte séquestre logé à la Bceao et transférés sur un autre compte logé à la CAA ?
Peut-être à acheter des armes ! Puisque la guerre venait de commencer ! Mais c’est sûr qu’en juin prochain, lorsque Dano Djédjé ira témoigner devant le tribunal, si le parquet n’y voit pas d’inconvénient, il expliquera mieux aux Ivoiriens à quoi cet argent appartenant aux producteurs avait servi. Mais poursuivons ! Le 7 septembre 2002, les mêmes, Bohoun et Dano, avaient adressé le courrier N499/MINADER/CAB au Directeur national de la Bceao, l’instruisant de procéder au virement d’un montant de un milliard quatre-cent millions de FCFA en faveur du Fdpcc. Mais cet argent ne restera pas dans les caisses de cette structure. Car, par courrier N°2205 adressé le 20 octobre aux responsables de cette structure de gestion de la filière, le ministre Dano Djédjé va réclamer cet argent. Dans ce courrier dont « L’Eléphant » a obtenu copie, le ministre écrit de ses petites mains : « Ce virement est destiné à honorer le solde restant dû de l’appel de fonds de la BCC, dans le financement de son budget, et notamment de sa participation aux programmes du gouvernement (SARA, AMU, …) Je vous remercie en conséquence des dispositions que vous voudrez bien prendre en vue de la mise à disposition de ces fonds au profit de la BCC, dans les plus brefs délais. Je me permets de préciser que ce financement ne constitue pas un prêt, mais plutôt une subvention non remboursable faite par le Fdpcc pour le compte du gouvernement ». Tiens donc ! C’est les producteurs de café-cacao qui subventionnaient l’Etat ? Et Gbagbo qui nous racontait des histoires… Mais le plus beau dans l’histoire, c’est que le milliard quatre-cent millions déposés sur le compte du Ministère de l’Agriculture dans les jours qui ont suivi et censés servir à financer l’organisation du Salon de l’Agriculture et des Ressources Animales (SARA), se sont volatilisés. Ce « SARA » n’ayant jamais été organisé. Quant à l’histoire de l’Assurance Maladie Universelle (AMU)… Sûr que Dano Djédjé va expliquer au tribunal, si le procureur le veut bien, ce qu’est devenu cet argent appartenant aux producteurs qui accordaient des subventions à l’Etat ? Après le virement des quatre milliards de FCFA de la Bceao sur un compte logé à la CAA et intitulé « FDPCC » mais sur lequel les responsables de cette structure n’avaient aucune signature et ignoraient même jusqu’à son existence, Dano Djédjé adresse un autre courrier au Président Directeur général de cette banque. Dans ce courrier, il écrit : « Je viens par la présente vous prier de vouloir délivrer une lettre de garantie irrévocable de paiement d’un montant de (un million huit cent mille dollars) 1.800.000$ par le débit du compte FDPCC N°130 120 101 02 au profit de : la Société de gestion immobilière et marketing auprès de la Banque RIFFEINSEN, compte CH 07 80 45 1000. 00 45 62 569, LAUSANE (Suisse). Cette garantie de paiement est subordonnée par la réception effective de la marchandise ». Qu’est-ce que l’argent des producteurs va chercher dans une banque de Suisse. Et qu’est-ce que cette société immobilière a bien pu faire pour eux au point de bénéficier d’un million huit cent mille dollars, environ 900 millions de FCFA à cette époque ? Et de quelle marchandise s’agissait-il à cette époque ? Des armes ?


De la BCEAO à la BNI


En début d’année 2003, à la faveur de l’accord de Linas-Marcoussis, Dano Djédjé part du gouvernement et cède sa place à Amadou Gon Coulibaly du Rdr, actuel secrétaire général de la Présidence de la République. Côté Fpi, on estime que l’argent des producteurs logé à la Bceao n’est plus suffisamment sécurisé et surtout, il n’est pas rémunéré. Alors, par on ne sait quel mécanisme, le ministre de l’Economie et de finances, va réussir à délocaliser l’argent de la Bceao pour le déposer sur un compte logé à la Banque Nationale d’Investissement (BNI) nouvelle appellation de la CAA. A partir de cet instant, les producteurs ne verront plus que du feu. Des dizaines de milliards vont prendre des directions inconnues, d’autres iront directement au palais présidentiel d’où ils prenaient leur envol pour d’autres cieux ou finissaient tout simplement dans les poches de certains responsables de la galaxie patriotique. Mais Bohoun n’est plus là pour s’expliquer sur quoi que ce soit.


Amadou Gon et Charles Diby Koffi
 

Pendant l’enquête sur la filière cafécacao, Dano Djédjé, Bohoun Bouabré, Amadou Gon Coulibaly, Charles Diby Koffi, cités comme co-gérants de la filière café-cacao avec les anciens dirigeants de ladite filière, avaient été
convoqués par le juge d’instruction, pour être entendus à simple titre de témoins. Mais seuls Bohoun et Dano Djédjé ont accepté d’aller causer un peu avec le juge d’instruction. Lequel les avait interrogés uniquement sur le sexe des anges au grand dam des ex-dirigeants qui croupissaient depuis des mois en prison et à qui le juge d’instruction refusait la joie d’une vraie confrontation avec les ministres, preuves à l’appui. D’ailleurs Dano Djédjé et Bohoun Bouabré, échaudés par la tournure que prenaient les choses, avaient gentiment décliné les autres invitations du juge d’instruction. Quant à Diby Koffi et Amadou Gon, jamais ils n’ont trouvé le temps pour aller bavarder un peu avec le juge. Pourtant, Dieu seul sait combien ils auraient pu éclairer la lanterne de la justice et du public. Car, A l’audience du 24 avril 2012, un agent de la Standard Chartered Bank a révélé que le ministre de l’Economie et des finances et celui de l’Agriculture (Diby Koffi Charles et Amadou Gon, Ndlr) ont transféré en 2008, du compte « réserve de prudence » logé dans cette banque, la somme de 20 millions de dollars sur un compte, à l’étranger. Et qu’à cette époque, un dollars valait 572 FCFA. Une révélation qui a laissé de marbre le Procureur et le président du tribunal. C’est donc la somme de 11, 440 milliards appartenant aux producteurs de café-cacao qui ont été ainsi envoyés à l’étranger. Pour faire quoi ? Seuls Diby Koffi et Amadou Gon peuvent expliquer, s’ils acceptent de se rendre au tribunal en juin prochain, à moins que le chef de l’Etat ne les y contraigne, ce à quoi ces milliards ont bien pu servir. A cette même audience, le représentant de la S.C.A (une structure chargée par le Fdpcc de faire le recensement des producteurs de café-cacao), a reconnu que sa structure n’a reçu que 1,666 milliards de FCFA sur les 2,7 milliards que le ministère de l’Agriculture (avec Amadou Gon Coulibaly) devrait lui remettre pour effectuer ce travail. La différence, 1,34 milliard, n’a jamais été reversée. Pourtant, le Fdpcc, à travers le compte «Fdpcc-investissement », avait viré sur le compte du ministère de l’Agriculture, ces 2,7 milliards. Qu’est devenu ce 1,34 milliard ? Le 25 juin 2008, alorsque les ex-dirigeants de la filière étaient en prison depuis une semaine, les deux ministres ont ordonné au directeur général de la Banque Atlantique de Côte d’Ivoire (BACI) d’effectuer un dépôt à terme (DAT) « d’un montant d’un milliard soixante-dix-huit millions trois cent quatre-vingt-quatorze mille trois cent trente-sept francs (1.078.394.337) FCFA par le débit du compteN°11250130000 intitulé « FDPCC Investissement » ouvert dans vos livres.
Ce DAT est destiné à garantir le financement accordé à la Compagnie Ivoirienne de Développement des Textiles (CIDT) » (Voir Fac Similé). Comment ces deux ministres ont-ils pu mouvementer ce compte s’ils ne géraient pas la filière au même titre que les ex-dirigeants ? Et comment pouvaient-ils utiliser l’argent des producteurs de café-cacao pour faire un prêt à une société de textile ? Le même jour (25 juin 2008), les mêmes ministres, par un simple jeu d’écriture sous signature conjointe, ont sorti huit milliards d’un compte du Frcc (fonds de régulation café et du cacao), « pour accorder un prêt à l’Etat de Côte d’Ivoire ». L’argent des producteurs servait donc à financer, à accorder des prêts à l’État de Côte d’Ivoire ? Et on dit que les ministres sont de simples témoins dans la disparition des milliards de la filière ? C’est sûr qu’après ces révélations preuves à l’appui, le chef de l’Etat va se fâcher. Comme il l’a fait avec Adama Bictogo, après des révélations similaires dans « Jeune Afrique ». Si le chef de l’État se fâche, les portes de la Maca risquent de se refermer bientôt sur plusieurs ministres qui ont co-géré la filière café-cacao avec ceux qui sont en train d’être jugés en ce moment. Et qui sont donc de ce fait, loin d’être des témoins. Un simple témoin ne peut utilisersa signature pour sortir d’un compte appartenant aux producteurs de café-cacao, des milliards pour les transférer à l’extérieur du pays. Ce n’est pas possible ! Ou bien, monsieur le Procureur ?

ASSALE TIEMOKO
 
 
Source: L’éléphant déchaîné N°059 du mardi 29 au jeudi 31 mai 2012




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