Santé humaine, animale et l’environnement: L’écosanté au secours du développement

Le développement de nos pays est en train de se faire selon plusieurs experts au prix de la dégradation de l’environnement. Cette dégradation menace la vie des hommes et des animaux. Face à ce problème, des scientifiques ont inventé une nouvelle approche qui fait cohabiter, le développement nécessaire, la santé humaine et animale et la préservation de l’environnement. Eclairage.
Prof

Samedi 21 Décembre 2013 - 23:34


Prof. Bassirou Bonfoh (au micro), DG du CSRS et président d’Afric One.
Prof. Bassirou Bonfoh (au micro), DG du CSRS et président d’Afric One.
L’approche écosanté selon Pr. Benjamin Fayomi, de l’Ufr de santé au travail et environne- ment dans une université du Bénin, consiste à réunir des scientifiques, la communauté (les populations) et les décideurs afin qu’ils travaillent ensemble pour trouver des solutions afin d’améliorer la santé humaine en tenant compte de la sauvegarde d’un environnement sain et béné- fique  à cette communauté. Pour Pr. Benjamin Fayomi qui était face à la presse le samedi 28 septembre dernier au siège du Centre Suisse de recherche scienti- fique en Côte d’Ivoire à Adio- podoumé, route de Dabou, dans l’approche classique du développement, les politiques actuelles privilégiées « l’économie qui est considérée comme Dieu » au détriment de l’envi- ronnement. Pourtant, il est clairement démontré aujourd’hui que la destruction de l’écosystème (ensemble des animaux y compris l’homme et des plantes réunis dans un espace naturel) pour des besoins de développement est source de production de maladies pour l’homme et les animaux.
Selon les conclusions de l’évaluation des écosystèmes pour le millénaire (EM) née en 2000 à la demande du Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, « au cours des cinquante dernières années, l’Homme a modifié les écosystèmes plus rapidement et plus profondément que durant toute la période compa- rable de l’histoire de l’humanité, en grande partie pour satisfaire une demande toujours plus grande en matière de nourriture, d’eau douce, de bois, de fibre et d’énergie. Ce qui a entraîné la perte considérable et largement irréversible de la diversité de la vie sur la Terre ». Par conséquent soulignent les 1360 spécialistes qui ont réalisé cette évaluation, cette actions de l’Homme a dé- gradé « de nombreuses fonctions écosystémiques » faisant courir « des risques accrus de changements non linéaires et l’accentuation de la pauvreté pour certains groupes de personnes ». « Si l’on n’y remédie pas, ces problèmes auront pour effet de diminuer consi- dérablement les avantages que les générations futures pourraient tirer des écosystèmes », ont averti les spécia- listes. Pour montrer l’impact de la dégradation de l’environnement sur la santé de l’Homme, Pascal Houenou, directeur dé- légué à la politique scientifique pour le bureau régional Afrique de l’ouest de l’Agence universitaire de la francophonie et président du comité scientifique de la 1er conférence régionale en Afrique de l’Association internationale pour l’écologie et la santé qui s’est déroulée à Grand Bassam du 1er au 5 octobre derniers, a cité un rapport de l’Oms produit en 1996. Selon ce rapport, « (…) 24% des maladies dans le monde sont dues à une exposition environnementale ». Et que « plus de 33% des maladies qui touchent les enfants de moins de 5 ans sont causées par des expositions environne- mentale ». A l’en croire donc, «l’environnement est la clé du développement ». Pour que cet environnement soit effectivement au service du développement, les spécialistes en la manière ont développé des approches. Les approches écologiques as- sociées à la santé sont de trois ordres selon Pr. Donna Mergler, du département des sciences biologiques de l’uni- versité du Québec à Montréal au Canada. Au cours de sa conférence inaugurale lors de la conférence régionale de Grand-Bassam, elle a développé le thème : « Approche Ecosanté ». A l’en croire, il y a trois approches écosystémique. La première  est l’approche millénaire. Pour cette approche, l’écosytème est le support de la vie. Il existe un lien causal entre la santé humaine et la nature quand elle est modifiée ou pas. Selon cette approche, les inondations, la chaleur, la défores- tation… ont un impact sur la santé humaine et animale. La deuxième approche selon Pr. Mergler, est l’approche santé unique (One Health). Elle regarde le lien entre les sciences médicales humaines et les sciences médi- cales animales. Mais, elle ajoute l’écosystème dans sa démarche.  Elle encourage les collaborations, les synergies et les échanges d’idées entre tous les secteurs et acteurs professionnels dont les activités sont susceptibles d’avoir une incidence sur la santé humaine et animale. Pour cette approche, vétérinaires, médecins, biologistes… doivent se mettre ensemble pour faire face aux maladies émergentes dont 80% selon  Pr. Bassirou Bonfoh, directeur général du direc- teur général du Centre Suisse en Côte d’Ivoire et  aussi directeur du consortium Afrique one et organisateur de la Conférence régionale de Grand-Bassam, sont des maladies d’origine animales (zoo- noses). C’est par exemple, le cas de la rage qui est transmise à l’homme par le chien. De la grippe aviaire qui part de la volaille à l’homme. L’approche santé unique va donc associer tous les spécialistes de la mé- decine humaine, animale, de la biologie… pour dompter ces maladies. Enfin, la troisième approche souligne la conférencière dans une salle très attentive, c’est l’écosystème à la santé humaine. Pour cette démarche, il s’agit de montrer l’impact des comportements humain sur l’écosystème et sur la santé humaine. C’est une ap- proche tout comme dans les précédentes qui exige l’implication des communautés dans la recherche des problèmes et des solutions. En Amazonie, C’est grâce à cette approche qu’une équipe de chercheurs et la communauté de cette contrée du Brésil ont pu identifier la source de  contamination de l’eau qui coulait dans ce village. Une étude conduite justement par Pr. Mergler. Du fait du déboisement féroce de la forêt amazonienne, le mercure utilisé par les orpailleurs n’était plus contenu dans le sol. Par conséquent, il coulait vers les cours d’eau et contaminait les poissons consommés par les populations. Après donc l’identification du problème, l’équipe de chercheurs, la communauté et les décideurs ont convenu de solutions telles que la non  consommation des poissons des eux souillées, le développement de nouvelles techniques agricoles et pisci- coles. Ce qui a eu un impact sur le bien être de la communauté.    Selon Ambroise Urbain Foutou, ingénieur de l’hydraulique et de l’environnement, prési- dent de l’association leadership pour l’environnement et le développement durable (Lead) à Bamako au Mali, dans une publication, affirme que « chaque activité ou projet d’Écosanté doit nécessaire- ment impliquer trois groupes de participants. Le premier groupe est constitué des spécialistes ou scientifiques. Le deuxième groupe comprend des  membres de la communauté, les citoyens ordinaires, paysans, pêcheurs, agriculteurs, éleveurs, mineurs,  artisans ou citadins. Et le troisième groupe est constitué des personnes qui ont un pouvoir décisionnel à  savoir, les décideurs informels et les représentants des autorités ou des divers groupes d’intérêt ». C’est donc un concept qui met côte à côte les chercheurs, la communauté et les décideurs. Ce qui induit la pérennisation du projet donc le développement durable.  Pour lui, « les principaux problèmes d’hygiène, de salubrité et de protection de l’environnement sont liés à : l’insuffisance de l’approvisionnement en eau potable ; l’insalu-brité du cadre de vie ; la pollution des eaux, des sols, de l’air, des aliments ; l’inexistence de systèmes performants d’assainissement ; la mauvaise gestion des déchets biomédicaux et des produits pharmaceutiques périmés et ;  l’accumulation des résidus de pesticides dans l’environnement ». Il y ajoute « les problèmes de poli- tiques sanitaires mal adaptées aux réalités ;  le manque et l’insuffisance des infrastructures sanitaires ;  le manque et l’insuffisance du personnel de santé en quantité et en qualité ». Seule, une approche écosanté est susceptible de remédier à ces problèmes.  Enfin, Ambroise Urbain Foutou  préconise d’ailleurs, que les Etats africains intègrent l’écosanté dans la définition de toutes les politiques de développement.

Coulibaly Zié Oumar

Source: Notre Voie  N°4598 des samedi 21 & dimanche 22 décembre 2013



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