Santé d’Alassane Ouattara: La présidence joue encore à cache-cache avec les Ivoiriens

Alassane Ouattara est à nouveau à Paris en visite privée, a annoncé, vendredi, son service de presse à Abidjan. Le communiqué ne précise cependant pas la date du retour du chef de l’Etat au pays. Autre sur- prise, Ouattara, 72 ans, opéré récemment d’une sciatique à l’hôpital américain de Neuilly ne serait pas visible à Paris. Mais plutôt à Toulon à l’hôpital militaire de la ville où, en août 2011, il avait déjà subi des examens médicaux.

Mercredi 23 Avril 2014 - 07:04


C’est le voyage le plus protégé qui soit. Vendredi dernier, Alassane Ouattara s’est envolé pour la France où il doit effectuer un séjour privé. Connaissant ses habitudes, cela n’a rien d’exceptionnel de le voir retourner à Paris après un séjour médical qui a déclenché une polémique médiatique, il y a quelques mois. Seulement voilà, le service de communication de la présidence ivoirienne a fait le service minimum sur le sujet en réalisant un communiqué des plus laconiques. En fait, dès qu’il s’agit de la santé de Ouattara, ses collaborateurs utilisent la langue de bois de rigueur. Exit donc le contenu de l’agenda présidentiel et, mieux encore, la date de son retour à Abidjan… Finalement, jamais un voyage présidentiel n’aura été ainsi protégé de l’indiscrétion. Même les organes de presse gouvernementaux n’ont pu avoir la moindre image du chef de l’Etat, lors de ce départ dans l’hexagone. Ce qui est plutôt contraire à la règle. Le premier directeur général de la RTI Pascal Brou Aka s’est en effet fait renvoyer de son poste pour n’avoir pas été prompt à accueillir Ouattara de retour de Paris. La même rigueur s’appliquait en effet aussi bien à l’aller qu’au retour. Du moins, jusqu’à ce vendredi. Pourquoi une telle omerta ? « Parce que c’est une visite privée », nous a répondu un employé de la présidence, visiblement agacé par notre intérêt pour ce voyage. Sauf que les visites privées de Ouattara font d’ordinaire parler d’elles. Par exemple, sous Nicolas Sarkozy, Ouattara avait été reçu à déjeuner chez le chef de l’Etat français après un bref passage à l’hôpital militaire de Toulon. Même sous Hollande, les visites privées des Ouattara ont été également l’occasion de rencontres avec des personnalités françaises. Bref, jamais une telle omerta n’a été aussi bien respectée. On peut sans doute le comprendre. Depuis son retour au pays, Alassane Ouattara n’a eu de cesse de montrer qu’il avait été entière- ment guéri et qu’il reprenait son travail à la tête du pays. Ainsi, la convalescence ratée n’avait pas eu d’impact sur la guérison totale de la sciatique du président. Du moins, au regard des affirmations du chef de l’Etat lui-même. D’ailleurs, il avait, quelques semaines plus tard, abandonné la canne qu’il portait à son retour de Paris. Ouattara avait également présidé trois conseils de ministres mais dont la brièveté n’avait pas balayé tous les doutes… Dans ces condi- tions et, face à une communication axée essentiellement sur sa guérison, comment annoncer qu’il effectue un nouveau voyage médical ? On peut donc comprendre l’intérêt du silence absolu. Sauf qu’il alimente à nouveau la rumeur. En tout cas selon toute vraisemblance, le chef de l’Etat ne serait pas en vue dans ses appartements parisiens de Neuilly mais plutôt à l’hôpital militaire de Toulon. La confirmation d’une telle information ne serait pas à proprement parler une surprise puisque Ouat- tara y a déjà fait l’objet de soins en août 2011, lors d’une autre visite privée à Paris. La santé d’Alassane Ouattara alimente certes toutes sortes de polémiques, médiatiques en particulier, mais aussi des fantasmes les plus fous au plan politique. On pourrait compter au nombre de ceux-ci les pressions du parti démocratique de Côte d’Ivoire pour obtenir une modification de la constitution qui lui ouvrirait ainsi le chemin d’une vice-présidence. Mais il y a aussi le grand enjeu de la succession à l’intérieur du régime, lequel ra- vive déjà les rivalités chez les pro-chef de l’Etat eux-mêmes. Le président de l’Assemblée nationale n’entend pas, à cet égard avoir la portion congrue. Au contraire, Guillaume Soro s’est ménagé depuis longtemps le soutien du secrétaire général du RDR qui l’a choisi contre son rival de tous les jours Hamed Bakayoko.
Les premières semaines de Ouattara à l’hôpital américain de Paris avait cependant montré l’avance de celui-ci sur l’ancien secrétaire général du MPCI, puis des forces nouvelles. Les prochains jours nous situeront donc sur les différents positionnements dans la ouattarandie. En attendant, le gouvernement va devoir changer sa communication du tout omerta. Ce ne serait pas peine perdue, d’autant plus que le tabou sur la santé du chef de l’Etat a été levé par le gouvernement lui-même. A quoi servirait maintenant de lui fabriquer une immortalité incompréhensible, surtout que Ouattara n’a plus, de- puis son retour de Paris, accueilli ses visiteurs à l’aéroport et qu’il semble, visiblement, avoir choisi de ne travailler qu’à la maison. ▄

Sévérine Blé

Source: Aujourd’hui / N°624 du Mardi 22 Avril 2014




Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !