Samedi dernier à La Haye: Ce que Gbagbo a dit à ses visiteurs abidjanais

Selon des témoins, le président Laurent Gbagbo est assez sollicité à La Haye où il reçoit énormément de visiteurs. Ces derniers viennent de partout, y compris d’Abidjan.

Samedi 28 Septembre 2013 - 00:05


Samedi dernier à La Haye: Ce que Gbagbo a dit à ses visiteurs abidjanais
Les derniers visiteurs abidjanais qui ont vu Laurent Gbagbo sont formels : il a gardé sa gouaille habituelle et sa bonne humeur. Il va bien et garde le moral. Il sait aussi tout ce qui se passe en Côte d’Ivoire et connait parfois des détails qui échappent à certains visiteurs. Après tout, Gbagbo a été chef d’Etat et le renseignement fait partie de la panoplie des devoirs d’un président de la République. Selon leurs témoignages, l’ex- président ivoirien a même demandé que sa maison de Mama soit animée, y compris son village lui-même. Signe qu’il va bientôt sortir ? « Personne ne lui a posé la question en ces termes », répondent-ils. Donc, impossible d’ap - préhender ce que Gbagbo voulait dire exactement. A l’inverse, le président se préoccupe de l’état de son village et de celui de sa maison. Il souhaite donc que les gens puissent se rendre chez lui, même en son absence, pour y être reçus. Il y a quelques semaines, une délégation de la jeunesse du front populaire ivoirien s’était rendue à Mama pour désherber la résidence de l’ex-président laissée quelque peu à l’abandon. Mais les villageois ne par - tagent pas ce point de vue et affirment que celui-ci fait l’objet d’un programme de nettoyage adopté de manière consensuelle par les villages du département. Or visiblement Laurent Gbagbo veut plus. En particulier que la vie revienne dans son foyer, sous son appâtam où il aime tant recevoir et dans ce village qui grouillait de visi - teurs avant que les bombes françaises ne l’exposent à l’arrestation des FRCI. Autre signe du retour du couple Gbagbo à la maison, il ya quelques jours, le domicile bassamois de son épouse, Simone Gbagbo, pillé aux premières heures de la crise postélectorale a aussi été l’objet d’attention. La jeunesse pour la justice et l’égalité des peuples de Charles Blé Goudé a essayé de nettoyer ses gravats, symbole des pillages dont la résidence fut l’objet.
De toute façon, les pillages de domiciles est une question nationale. A elle seule, elle campe de manière sibylline les occupations des domiciles en Côte d’Ivoire. Celui du président du FPI Pascal Affi N’guessan a d’abord été pillé avant d’être occupé par des FRCI dont la plupart ne savaient pas où loger. Ce qui met directement en cause Alassane Ouattara qui n’arrive pas à caser ses propres soldats. Certes Affi a pris possession de ce qu’il reste de son domicile mais pas la plupart des cadres du parti. A titre d’exemple, la résidence de Marcel Gossio, ancien directeur général du port autonome d’Abidjan est encore entre les mains de la haute hiérarchie des FRCI qui en ont fait leur quartier général. Au vu et au su de tout le monde, et en particulier les organisations des droits de l’homme. Tel n’est heureusement pas le cas de la maison de Gbagbo à Mama qui fut tout de même pillée et saccagée de part en part. Symbole de la dignité bété blessée, son toilettage promis par l’Etat à travers Mamadou Koulibali qui s’est rendu à Mama, a été refusé par les populations qui ont prié Ouattara de réhabiliter plutôt la résidence présidentielle de Cocody, cible des bombardements français. Le retour de Gbagbo à Abidjan fait l’objet d’une cristallisation nationale depuis que la CPI a avoué qu’elle n’avait pas de preuves substantielles permettant de relier les atrocités de la crise postélectorale à l’ex-président ivoirien. Mais, surtout, depuis que la direction du FPI est sortie de prison. Remise en scelle par l’incurie de Ouattara d’une part et la nécessité d’aller à la réconciliation nationale pour essayer toutes les velléités revanchardes d’autre part, l’équation Gbagbo n’a jamais autant été évoquée. D’ailleurs pour Pascal Affi N’guessan, la libération de tous les prisonniers politiques, y compris Gbagbo, et le retour de tous les exilés politiques est la condition du débat   en Côte d’Ivoire. Tirant d’ailleurs les conséquences de cette impasse, la communauté internationale et singulièrement la France presse le gouvernement à aller à des négociations avec le FPI pour préparer les élections présidentielles de 2015. Mais le régime ne se montre pas parti - culièrement disponible parce qu’elle n’est toujours pas moralement préparé à accepter la libération de l’ancien président que tout rapproche pourtant du pays. Et singulièrement de son village que Gbagbo veut déjà voir animer à juste titre sans doute. ▄

Sévérine Blé

Source: Aujourd’hui / N°467 du Vendredi 27 Septembre 2013




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