Sa majesté en sait long sur le futur de l’opposition

Jeudi 5 Novembre 2015 - 23:46


Depuis son score digne de l’époque du parti unique, ce score à la soviétique de 83,66%, l’empereur Ouattara II gratifié d’un second mandat par les fans de son travail, navigue sur haute fréquence. Ce score, contrairement à l’indignation de ses détracteurs et des jaloux de son écrasante victoire qui attendaient qu’il éprouve une gêne quelconque d’avoir eu un résultat aussi élevé, le remplit de fierté. A telle enseigne que suite à une analyse émergente, le «deux fois Président» a conclu - on ne sait trop comment que la coalition RHDP «représente 85% de la population ivoirienne». C’est vrai que 83,66% de 52% d’électeurs font 85% de la population ivoirienne! Transcendé et quelque peu grisé par la victoire, il a récemment révélé via ses quelques interviews accordées par-ci et par-là aux médias nationaux et internationaux, un nouveau don qui n’est pas de trop pour un souverain de sa trempe... Celui de devin!  Eh oui! L’empereur Ouattara II sait beaucoup de choses; principalement sur le sort que réserve l’avenir au parti de l’intrépide Gbagbo…

Le FPI bientôt vidé de sa substance

«La réconciliation politique se règlera toute seule car notre coalition représente plus de 85% des Ivoiriens et le FPI sera bientôt vidé de sa substance», déclarait-il face aux Ivoiriens lors de sa récente interview post-élection. Si l’on ne connaissait pas le grand cœur de l’empereur et l’esprit de démocratie qui l’habite depuis sa naissance, l’on croirait qu’il se réjouit presque de l’état dans lequel se trouve le parti de son rival historique. De plus, les paroles prophétiques proclamées sur la déchéance future du Front Populaire Ivoirien, laissent quelque peu perplexe et suscitent plus d’une interrogation. En effet, dans un Etat démocratique, est-ce au Président fraîchement réinstallé sur son trône présidentiel de se prononcer sur la vie ou la mort de l’opposition? Question transmise à l’empereur Ouattara II ! A moins bien entendu que ce dernier – qui pour prouver qu’il n’a cure des adversaires d’en face, et qui disait ignorer que Hubert Oulaye et ses compagnons « gbagboïstes » se trouvaient dans certaines des geôles de villes de l’intérieur du pays –  ne sache des choses que le commun des mortels ignorerait… L’infernal quadrupède n’en serait point surpris. Certes, le camp présidentiel n’a jamais boudé son plaisir de voir tous les partis d’opposition empêtrés jusqu’au coup dans des luttes intestines qui ont fini par avoir raison de leurs leaders et en susciter de nouveaux plus soumis et plus enclins à applaudir la politique bonne ou mauvaise du Président. Quant à Affi N’Guessan pour qui la Justice s’est pliée en quatre en vue d’assurer le maintien entre ses doigts de la machine FPI, sa maigre moisson de 9,29% du suffrage exprimé vient sans doute relancer le débat sur sa légitimité à la tête du parti auquel il s’accroche désespérément! Il est indéniable que les débats futurs seront houleux au sein du parti de l’intrépide Gbagbo. Est-ce la raison pour laquelle l’empereur chante déjà un éloge funèbre en son honneur? L’opposition ivoirienne, visiblement, ne pèse qu’un poids plume qui porte indéniablement préjudice à la démocratie en terre d’Eburnie… Un règne sans opposition? L’infernal quadrupède n’ose même pas y penser!

Un règne sans opposition

 La coalition RHDP l’a suffisamment répété ; elle marche fidèlement sur les traces du monument Félix Houphouët-Boigny, qui a d’ailleurs inspiré son appellation. Or nul n’ignore que le bien-aimé « Père de la nation» - c’est ainsi que s’appelaient lui et ses homologues africains de sa génération - était un amoureux du parti unique qu’il a été contraint d’abandonner face à la pression de plus en plus grandissante et intenable du Multipartisme mené par l’intrépide Gbagbo et ses camarades d’antan, et qui frappait à grands coups aux portes de la République ivoirienne des années 90. Vraisemblablement, pour le RHDP qui s’inscrit dans la même dynamique, l’absence d’opposition est synonyme de paix ; en témoigne «l’appel de Daoukro» et l’accueil à bras ouverts des dissidents qui, pour des intérêts politiques, ont préféré, comme Fologo, sécher leur linge là où brillait le soleil. Mais il ne compte pas s’arrêter là! Décidé à faire perdurer cette ambiance particulière dite de « démocratie » pour le bien de tous, le RHDP envisage écrire une belle romance se déclinant en une gestion tournante du navire ivoire. Diriger au 21ème siècle une nation sans opposition  en face qui, comme un miroir, révèle les imperfections de la classe dirigeante,  met à nu les dérives et pratiques anti-démocratiques, veille et permet de se regarder tels qu’ils sont, est-il inopportun? Car, une telle absence laisse les coudées franches aux champions pour sévir plus que jamais à la tête des ministères où ils sont confortablement installés. Mais elle est surtout préjudiciable au peuple que l’on veut gouverner. Ces élections ont levé le voile sur le genre d’opposants que la classe politique était capable d’offrir aux Ivoiriens. Ceux qui voyaient en la CNC (Coalition nationale pour le changement) - au risque de nous répéter - la coalition qui mettrait à terre le règne de l’empereur ont été contraints de dire adieu à leur rêve de changement face à une opposition à la stratégie ambiguë.

Le temps réconciliera Les ivoiriens

S’il en a presque fini avec l’opposition, une question reste pourtant bien présente; celle de la réconciliation nationale. Il n’est pas difficile, en entendant le Président s’exprimer sur la question, de se rendre compte que la question agace de plus en plus, et qu’il souhaiterait passer à autre chose. Dans l’interview accordée à la grande RTI1, il soutient que la réconciliation dépend de trois facteurs donnés dans l’ordre : la prospérité, le pardon et la Justice. Des facteurs sur lesquels l’empereur et son armée de notables sont toujours attendus. Malheureusement, la réconciliation ne se décrète pas, et il l’a lui-même si bien dit, elle se fait d’abord dans le cœur. Et pour que le cœur panse ses blessures et parvienne à la guérison, il faille de vraies actions permettant cette guérison. La prospérité est certes importante, que la politique sociale du gouvernement ivoirien n’a pas permis aux Ivoiriens de sentir le souffle de l’émergence financière dans leurs poches. Cette question mérite que le Président s’y emploie largement, car l’ignorer ou la survoler ne permettra pas aux Ivoiriens de dépasser les rancœurs que cette crise politique a laissées dans les cœurs et ce, même avec le temps. Même si c’est l’autre nom de Dieu et que de toute évidence, le Président parie sur lui.

 BABETH BERIYTH

Source: L’eléphant déchaîné N°395 du mardi 3 au jeudi 5 novembre 2015




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