Revoir en urgence l'encadrement technique des éléphants: L'expérience domine la science. Par Ben Zahoui-Dégbou

Lundi 9 Décembre 2013 - 15:00


Sabri Lamouchi, entraîneur de l'équipe nationale de Côte d'Ivoire
Sabri Lamouchi, entraîneur de l'équipe nationale de Côte d'Ivoire
L’équipe nationale de football est qualifiée pour la phase finale de la Coupe du Monde qui aura lieu au Brésil en Juin prochain. Les Éléphants de Côte d’Ivoire qui reste la meilleure équipe du Continent africain (17 ème mondial, classement du 28 Novembre 2013)  depuis maintenant quatre ans, ne pouvaient pas être absents à ce grand rendez-vous du football mondial au pays du Roi Pelé. Il faut tout de même signaler que ces derniers temps, le niveau de jeu des Éléphants a considérablement baissé au plan tactique et technique à cause de l’inexistence d’un système de jeu clair et cohérent.
Les Éléphants ne jouent pas bien, compte tenu des grandes individualités qui composent l’équipe nationale de Côte d’Ivoire. On me dira, mais ils gagnent. La preuve, ils sont qualifiés pour Brésil 2014. C’est justement l’arbre qui cache la forêt. Illustration de cette belle métaphore : Un jour, au petit matin, comme beaucoup de supporters des Éléphants en exil au Ghana, je regardais très tendu, le match amical Mexique-Côte d’Ivoire, avec des confrères Ghanéens, supporters fanatiques des Black Stars. La Côte d’Ivoire avait pris un sévère 4-1 cette nuit là et mon moral était brisé. A la fin du match, mes confères déclaraient  unanimement ceci : « Ben, your coach is absoluty worthless ». Ce qui veut dire littéralement, Ben, votre entraîneur ne vaut absolument rien.
J’avais honte, parce qu’ils avaient parfaitement raison. Le football est un jeu de  rapport de force. Mes amis et moi-même, n’avions pas compris pourquoi, pour un match de ce niveau, Sabri Lamouchi avait laissé sur le banc de touche, Didier Drogba, Salomon Kalou et Yao Kouassi Gervais dit Gervinho. Les Éléphants étaient malmenés avec trois buts à zéro avant la mi-temps. Ils étaient battus sur tous les plans. Ils n’arrivaient même pas à conserver la balle, ne serait-ce que trente secondes. C’était incroyable. Sabri Lamouchi était assis, rêveur sur sa chaise « d’entraîneur », sans effectuer les réglages nécessaires qu’il fallait pour que son équipe retrouve la sérénité. J’en ai terriblement souffert.
Guy Lacombe, Ex-entraîneur du Paris Saint-Germain, aujourd’hui membre de la DTN française, a raison de dire ceci : « Pendant les matches, les meilleurs entraîneurs sont ceux qui savent analyser une situation en instantané, ceux qui  sentent  les choses par intuition tactique, cette intuition nourrie par l’expérience et qui fait que parfois, même si le résultat nous a été défavorable, on sait qu’on a pris la bonne décision. C’est un métier riche : il faut être à la fois tacticien, technicien, psychologue ». Sans commentaire, me fondant sur cette vérité implacable, en tant qu’ancien footballeur et supporter des Éléphants, je me réserve le droit de jeter un regard rétrospectif sur leur dernier match au Maroc.   
Pendant ce match (Sénégal-Côte d’Ivoire) que j’ai regardé seul chez moi sans mes amis Ghanéens pour ne plus avoir honte, Sabri Lamouchi, comme à son habitude, est resté tactiquement et techniquement muet et impuissant devant la bourrasque sénégalaise. Les Éléphants ont terriblement soufferts. Il y avait une cassure notoire entre la défense et l’attaque. Un milieu de terrain complètement inexistant, avec un Gosso Gosso et un Yaya Touré transparents, repliés en défense qui a supporté seule toutes les 90 mns de jeu. Sabri Lamouchi n’a pu rien faire à la mi-temps. Il fallait avoir le cœur bien en place pour subir le calvaire des Éléphants. Pour rappel, Guy Lacombe nous enseigne que les meilleurs entraîneurs sont ceux qui sentent les choses par intuition tactique. Et comme il l’a justement dit, cette intuition est nourrie par l’expérience.
Malheureusement, pour les Éléphants, leur sélectionneur national n’a pas cette expérience qui fonde l’intuition tactique et technique d’un bon entraîneur de football. Sabri Lamouchi n’a pas de bagage technico-tactique pratique. Alors que c’est justement, cette connaissance pratique, accumulée au cours de plusieurs années qui donne à l’entraîneur son autorité, sa compétence et son crédit. A ce niveau, les sociologues parlent de « la domination par expertise ». Cette assertion est vraie pour tout manager, entraîneur et formateur. Sabri Lamouchi venait d’avoir fraîchement son diplôme d’entraîneur de troisième degré quand il a été embauché par la Fédération Ivoirienne de Football (FIF).
A ma connaissance, il n’a fait aucun stage pratique. Son Curriculum Vitae est désespérément vide. On peut dire, sans risque de se tromper, qu’il fait maintenant son stage pratique avec les Éléphants. C’est un passage obligé dans tout processus de formation. Alors, il conviendrait vivement de lui trouver en urgence, un Maître de stage pour l’accompagner au Brésil, tant est que le Président de la FIF tient à  lui
Jusqu’à présent, beaucoup d’Ivoiriens comme moi, amoureux du ballon rond, n’ont jamais compris ce choix qui relève du Didiga (le monde de l’irrationnel du Professeur Bernard Bottey Zady Zaourou). Il faut arrêter maintenant de nous torturer les méninges. Comme toutes les personnes de mon âge, j’ai pratiqué le football à un niveau appréciable dans ma jeunesse. J’ai donc gardé un lien affectif avec ce sport que je suis de très près au plan national et international. Tout le monde le sait, une équipe de football, c’est avant tout de bons joueurs et surtout un entraîneur expérimenté qui est capable de prendre des décisions en temps réel.
L’ancien Président du Sporting Club de Gagnoa dans les années 70-80, M. Anthony, par ailleurs professeur de mathématique au C.E.G de la capitale du Fromager, disait que le football est comme un jeu d’échec où il faut prendre des décisions instantanées. Il a raison, car l’entraîneur doit prendre des décisions en temps réel une fois que le match a commencé. Il doit avoir une lecture précise du jeu. Il doit aussi maîtriser plusieurs domaines d’action, les fondamentaux individuels, les fondamentaux collectifs, le mental, et le physique. Ce sont des principes de base du football que nôtre Sabri Lamouchi national, devenu arrogant et suffisant, a certainement apprises et théorisées, je pense,  au cours de sa carrière de footballeur professionnel peu glorieuse (12 sélections en équipe de France), et sa formation d’entraineur.
Entre la théorie et la pratique il y a toujours un fossé qui continue d’alimenter des débats scientifiques et philosophiques. D'après Albert Einstein, Physicien allemand : « La théorie, c’est quand on sait tout et que rien ne fonctionne. La pratique, c’est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi. Ici, nous avons réuni théorie et pratique : Rien ne fonctionne et personne ne sait pourquoi ! ». Dans cette citation historique, le père de la théorie de la Relativité et de la Bombe Atomique, nous ramène à la question incontournable de la différence entre la théorie et la pratique, la pensée et la réalité, la connaissance théorique et l’expérimentation.
Tenez, quand on quitte l’école pour le monde réel ou la vie active, on s’aperçoit qu’on n’a ingurgité des idées vides, des théories philosophiques et des formules mathématiques pour rien. En un mot, ce qui peut être bon dans la théorie n’a aucune valeur dans la pratique. Il y a toujours eu un grand fossé entre la théorie et la pratique. Sans entrer dans des détails et considérations philosophiques, il faut dire que chez Planton, la théorie est la connaissance contemplative et abstraite qui tire les conséquences à partir des principes par un raisonnement virtuel. Sabri Lamouchi est resté dans le système virtuel de jeu, n’oublions pas qu’il était consultant sur une Chaîne de Télévision. Il théorisait sur le football. Il faisait des analyses théoriques sur des systèmes de jeux après les matches. « L’art est difficile, mais la critique est aisée » Cette belle locution proverbiale  imaginée  par Philippe Néricault, auteur et comédien français, nous situe sur la valeur intrinsèque de Lamouchi qui est aujourd’hui aux pieds du mûr avec les Éléphants.
C'est-à-dire qu’il a fini avec la théorie qui est tout simplement un ensemble de connaissances, sur un sujet donné. Ce qui n’a rien avoir avec la pratique. Elle concerne l’action, les Grecques parlent de praxis. Ce qui veut dire que la pratique, c’est l’exercice d’une activité appliquée à la réalité. Si on prend le cas de nôtre sélectionneur national, il a été choisi par la FIF, neuf jours seulement après l’acquisition de son diplôme d’entraîneur. Conséquences, les Éléphants ont seulement un sélectionneur national, mais pas un entraîneur. Aujourd’hui, ils jouent sur leurs propres valeurs, gagnent mais, n’ont aucun système, aucun fond de jeu selon des spécialistes. Loin des sentiments et des deals mercantiles, dans la sérénité et l’humilité, sans trop de discours et sans politiser cette affaire d’encadrement technique des Pachydermes, il faut se rendre à l’évidence et prendre une décision idoine pour le bonheur des Ivoiriens. Ils ont quand même besoin de se faire un petit moral pendant le prochain Mondial.
Dans ce sens, deux cas de figures s’offrent à la FIF : remplacer carrément  Sabri Lamouchi par un entraîneur expérimenté ou le garder et renforcer l’encadrement technique en lui trouvant  un maître de stage, pour conduire les Éléphants au Brésil.  Il  faut arrêter dès maintenant le folklore habituel qui consiste à se fabriquer des groupes de soutiens à travers les Présidents des Clubs et les supporters de l’équipe national qui, du reste, n’avaient jamais été consultés avant la signature du contrat d’embauche de Lamouchi.
Il est important de penser dès maintenant à l’intérêt supérieur des Ivoiriens, et  des nombreux supporters des Éléphants à travers le monde. Certains les voient déjà en 1/4 de finale. Ils aiment leur équipe de football qui dispose de cadres de très haut niveau. Les Éléphants ne sont pas une simple équipe de football. Ils restent un trait d’union irremplaçable, au plan social, entre toutes les composantes de la nation, c’est un paramètre dont il faut tenir compte. De nombreux experts dans le domaine du football en Italie, en France, ici au Ghana et dans mon pays d’origine, considèrent que Sabri Lamouchi ne mérite pas d’être à la tête des Éléphants. Il est donc impérieux de prendre rapidement une décision. La Coupe du Monde, c’est dans six mois, la Côte d’Ivoire dispose de ressources humaines viables et les moyens financiers pour franchir au moins le premier tour de ce grand rendez-vous du ballon rond, au pays du Roi Pelé.

Ben ZAHOUI-DEGBOU, Journaliste,

Supporter des Éléphants de C.I à Accra




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