Résolution de la crise en République centrafricaine: L’Union africaine s’oppose à la France

La diplomatie du pays de François Hollande protège les rebelles brutaux de la Séléka, ce qui a le don d’agacer les représentants de l’Union afri- caine à la Maison de Verre à New York. Jusqu’à quand l’ONU considèrera-t-elle normale le fait qu’une ancienne puissance coloniale continue de rédiger les résolutions sur ses ex-possessions ? Le débat sur la future force onusienne au Mali remet cette question au goût du jour.

Vendredi 29 Mars 2013 - 08:29


Résolution de la crise en République centrafricaine: L’Union africaine s’oppose à la France
Qui a dit que la France officielle n’était pas la marraine officieuse des rebelles de la Séléka ? En tout cas, les débats à la Maison de Verre de l’ONU à New York sont des grands moments de vérité. Selon le site d’investigation Inner City Press, toujours très bien renseigné, la France, «qui tient le stylo» pour rédiger les résolutions du Conseil de sécurité sur son ancienne (?) colonie, a refusé d’avaliser le communiqué de l’Union africaine comportant une liste de sept leaders de la Séléka, y compris le porte-parole du mouvement basé en France. L’Union africaine veut en effet que les per - sonnes figurant sur cette liste soient frappés par une interdiction de voyager et un gel de leurs avoirs. Il est piquant, soit dit en passant, de remar - quer que Paris, si prompte à militer pour ce type de sanctions vis-à-vis du président Gbagbo et de ses proches, se «braque» dès qu’il est question de les infliger à des chefs de guerre qui se signalent par des pillages insensés, des violences et destruc - tions dirigées contre les organes de presse (selon le Comité de protection des journalistes) et l’utili- sation notoire d’enfants-soldats. Le refus de la France d’exercer ce que le Rwandais Olivier Nduhungirehe appelle une «forte pression» sur la Séléka a conduit à un désaccord manifesté par l’absence de déclaration télévisée à la suite de la réunion du Conseil de sécurité lundi. La France, qui rédige toujours les communiqués et résolu - tions sur les pays de son pré carré, a refusé d’aller «aussi loin» que le voulait l’Union africaine et le Rwanda en ce qui concerne les sanctions contre la Séléka. En clair : Paris veut se contenter d’une condamnation de façade contre des entrepreneurs politiques qui, comme le montrent certaines pho - tos diffusées sur les réseaux sociaux, sont très proches de ses militaires sur le terrain. Au final, le communiqué qui devait être envoyé aux journa - listes plus tard par courrier électronique ne l’a pas été…  et le porte-parole de la délégation française, qui devait le diffuser, a «disparu» comme le raconte le site Inner City Press.
«Vestiges du colonialisme» et «conflits d’intérêt» Sur le Mali également, la France est critiquée dans les couloirs de la Maison de Verre. Et pour cause : alors qu’une résolution est en cours de rédaction pour encadrer la création d’une Mission des Nations unies au Mali, Paris veut à tout prix impo - ser le schéma expérimenté en Côte d’Ivoire, où une force française sous commandement français est déployée «parallèlement» à des Casques bleus «classiques». Rappelant que Hervé Ladsous, l’ac - tuel responsable des opérations de maintien de la paix de l’ONU est le quatrième d’une série de Français dirigeant ce département stratégique les uns à la suite des autres, Inner City Press estime que l’ONU est devenue le lieu où s’expriment «vestiges du colonialisme » et «conflits d’intérêts». Hier, au cours d’une conférence de presse au siège de l’ONU, le représentant de la France, Gérard Araud, a en tout cas réfuté la comparaison entre les schémas ivoirien et malien… et a tout de même concédé que la question «qui va payer pour le déploiement au Mali» est une bonne question. A priori, la résolution sur la force onusienne au Mali – qui devient centrale pour un François Hollande qui veut éviter le spectre de l’enlisement sur lequel Nicolas Sarkozy joue déjà – doit être votée au cours du mois d’avril. D’ici là, les marchandages diplomatiques iront bon train. Et la situation désastreuse des droits de l’Homme et du secteur de la sécurité dans une Côte d’Ivoire pourtant prise en main par Paris, participera à donner des arguments à ceux qui veulent que l’on cesse de croire que Paris sait forcément ce qui est bon pour ses anciennes ( ?) possessions africaines.

Par Théophile Kouamouo

Source: Le Nouveau Courrier N° 762 Du Jeudi 28 mars 2013




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