Requiem pour un poète Immolé

Lundi 9 Juin 2014 - 01:31


Lazare Koffi Koffi
Lazare Koffi Koffi
Il aura tout fait pour brouiller les pistes, dissimuler ses pensées profondes sous de fausses apparences, utiliser un style imagé qui nous rapproche du conte ou de la fable pour masquer l’identité de sa cible.Le ministre Lazare Koffi Koffi, actuellement en exil, est resté vraiment muet et énigmatique dans son dernier poème intitulé “L’arbre et la fourmi”.

Les commentaires des internautes ayant lu et commenté ce poème satirique publié sur la page facebook de l’auteur ont montré des divergences de  vue criardes entre eux, chacun l’ayant interprété et décodé à sa manière.Pour certains, le ministre s’attaquerait ainsi à Alassane Dramane Ouattara.Dans ce cas de  figure, l’arbre désignerait le peuple et la fourmi le despote.Pour d’autres, Lazare Koffi Koffi, s’adresserait au contraire au président du FPI, Pascal Affi N’Guessan, pour le fustiger encore une fois avec hargne et mépris comme il en a pris l’habitude depuis qu’il est en exil.

A qui s’adresse donc réellement Lazare Koffi Koffi? Quelles  pourraient être ses motivations et ses intentions?Quelle signification donner à son poème? Pour tenter de répondre à ces questions, lisons d’abord ensemble ce brûlot pondu par le ministre:

L'arbre et la fourmi

Une frêle fourmi par une heureuse circonstance
Se vit aux cimes d’un arbre géant et vigoureux.
De là-haut voyant tout rabougri et miséreux
Elle se vit la plus forte des bestioles en errance.

Scrutant l’univers étincelant d’infinies beautés
Elle fut saisie d’une subite folie de grandeur.
Elle se crut puissante et habile sans pudeur
Et se mit à dédaigner les siens avec dureté.

Ses discours devinrent hargneux soudainement
N’écoutant que l’écho de sa voix prétentieuse
Elle rêva à trôner sur sa race hébétée mais pieuse
Décidée à tourner la page des anciennes froidement.

Mais la communauté des sages fourmis l’interpella
De ses avatars, elle lui fit comprendre ses illusions
Mais notre frêle fourmi étourdie par ses ambitions
N’eût point d’oreille pour entendre son désarroi.

On l’abandonna alors à ses caprices rongeurs
Pour laisser agir le temps et les intempéries
Car, quand vient l’orage au pays des fourmis,
Rien ne résiste à la violence des vents ravageurs.

Un soir, alors que notre frêle fourmi collée à l’arbre
Continuait de rêvasser sur ses projets de règne
Un grand vent vint la distraire de sa besogne
L’emporta et la laissa choir dans les décombres.

Là, ne voyant pas plus loin que le bout de son nez
Elle ne comprit que sur le tard qu’elle n’était rien
Seule sans l’arbre, elle n’est moins qu’un vaurien
Dans la vie, il ne faut pas confondre support et réalité.

Avant de reprendre ses esprits, elle manqua de chance.
Un lézard de passage au hasard dans les décombres
Fut bien à son aise de l’avaler d’un coup vif et sombre
La fourmi a connu ainsi la fin cruelle de l’imprudence.

C’est là le destin qui poursuit tout homme trop pressé
Qui n’attend pas l’heure, celle du peuple et de Dieu
L’arbre qui le porte ne doit pas être négligé, pardieu !
Car sans lui, n’importe quel vent peut le compresser.

Lazare KOFFI KOFFI
Exilé politique

A la lecture de ce poème et comme nous l’avons souligné, deux hypothèses plausibles se dégagent:

PREMIÈRE HYPOTHÈSE:LE POÈME CRITIQUE L’ACTION D’ALASSANE OUATTARA À LA TÊTE DE L’ÉTAT

Dans son poème, le ministre Lazare Koffi Koffi serait donc en phase avec le FPI et la majorité des Ivoiriens.Alassane Dramane Ouattara est en effet aujourd’hui un véritable cancer qu’il s’avère très important et urgent d’extirper de la Côte D’Ivoire pour guérir notre pays d’un fléau implanté par la mafia internationale des impérialistes et des libéraux.Dramane ne se prend pas pour un simple chef d’état, il se considère comme un roi, un empereur et même comme un dieu.


Il règne sans partage sur tout et sur tous.Son arrogance et sa suffisance ont dépassé toutes les limites.Aveuglé par le pouvoir et les ors de la république, il ne se rend pas compte qu’il court à sa perte, car le peuple dont il a abusé est prêt à le vomir en 2015 avant que très probablement la CPI ou un sort funeste ne lui donne l’estocade.Et Lazare Koffi Koffi de conclure:

“C’est là le destin qui poursuit tout homme trop pressé
Qui n’attend pas l’heure, celle du peuple et de Dieu
L’arbre qui le porte ne doit pas être négligé, pardieu !
Car sans lui, n’importe quel vent peut le compresser”

Dramane Ouattara pourrait ainsi payer très cher pour son empressement à arriver au pouvoir par tous les moyens, pour avoir méprisé le pouvoir souverain du peuple, pour avoir négligé l’importance de l’onction populaire.

DEUXIÈME HYPOTHÈSE: LE POÈME CRITIQUE L’ACTION D’AFFI N’GUESSAN À LA TÊTE DU FPI

Connaissant la mauvaise foi et l’aigreur de ce poète instable et improvisé, personne ne serait véritablement surpris de voir Lazare Koffi Koffi prendre pour cible Pascal Affi N’Guessan, l’accuser de tous les maux, le comparer à une fourmi insignifiante, malmenée, désemparée et broyée par le destin.Au moment où d’illustres personnalités du monde entier comme l’ex-premier ministre togolais Joseph Kokou koffigoh dédient d’émouvants poèmes au président Laurent Gbagbo pour le soutenir et où de nouvelles  associations civiles comme “Les Amis de Laurent Gbagbo” naissent avec pour objectif de le réhabiliter, en quoi un tel poème haineux ferait-il avancer le combat pour la libération de notre président et de notre pays?

S’il s’adressait au président Affi, ce poème pondu par Lazare Koffi Koffi en dirait donc long sur l’hérésie et les sombres desseins qui animent ce triste individu.Comparer le FPI à un arbre et Affi à une fourmi reste une métaphore qui en soi ne pose aucun  problème  réel, les masses populaires qui composent les partis socialistes pourraient être comparées aux fourmis laborieuses, solidaires dans le travail et dans le partage. Prophétiser cependant une rupture brutale entre le FPI et son leader, une éventuelle éviction de celui-ci de la tête du parti et même son assassinat par le régime sanguinaire d’Abidjan ne serait rien d’autre que de la sorcellerie politique.

Lazare Koffi Koffi est en réalité de ces arrogants anciens nouveaux riches qui, par leurs comportements et leurs actes,  avaient gravement terni l’image de la refondation du temps où le FPI était encore au pouvoir.Ce ministre est aussi de ceux qui avaient progressivement poussé Laurent Gbagbo à délaisser le FPI et ses militants pour aider financièrement les Stéphane Kipré, Fologo, Gervais Coulibaly et autres à lancer leurs propres formations politiques dans l’arène et surtout contre le FPI dirigé par Affi N'Guessan.La création de LMP c’est encore sur leurs conseils et insistance tout comme la nomination inattendue d’Issa Coulibaly au poste de directeur de campagne pour l’élection présidentielle 2010 et la création récente d’un courant dit humaniste au FPI, un courant qui peine cependant à se trouver aujourd’hui un réel espace idéologique d’expression dans un parti socialiste et profondément humaniste comme le FPI.

Si le FPI n’a pas disparu au profit de LMP, du CNRD ou même de la Galaxie patriotique, c’est bien grâce à Affi qui a toujours permis au parti de résister à toutes les adversités et les rivalités internes qui se tissaient et s’entremêlaient autour de Laurent Gbagbo.En réalité Lazare Koffi Koffi et ses complices n’ont pas renoncé à leur sombre projet de faire partir le président du FPI.Pour l'instant ils se battent becs et ongles en exil dans le secret espoir d’opérer bientôt un retour triomphal sur les bords de la lagune ébrié, croyant que la terre les attend pour tourner.

La poésie satirique apparaît toujours comme un blâme.L’écriture satirique vise à critiquer de manière très virulente et à se moquer d’une personne, d’une société ou d’une idée pour provoquer une réaction de rejet chez le lecteur.C’est une mise à mort sociale et comme le dit Victor Hugo, «une parole qui tue».Pour faire  une bonne satire il faut cependant avoir du courage et des arguments, choses qui semblent manquer à notre poète franc tireur qui se cache pour lancer ses flèches empoisonnées et s’immole finalement en voulant apparaître comme le plus gbagboistes des pro-Gbagbo.Ils sont aujourd'hui nombreux dans son cas ceux qui ont soif de publicité dans ce drame que vivent Laurent Gbagbo et le FPI.

Il est temps pour les poètes comploteurs d’intégrer véritablement le cadre des échanges et des débats démocratiques du parti en exil ou de rentrer purement et simplement au pays au lieu de s’immoler en se répandant constamment dans la presse et sur les réseaux sociaux pour montrer leur laideur intellectuelle et politique.

Océane Yacé, Politologue, Monaco.
oyace84@gmail.com       
 




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