Requiem pour un idéal assassiné. Par Marcel Amondji

A l’occasion du simulacre de congrès qui vient de reconduire à la direction nationale du Pdci-Rda d’Henri Konan Bédié, l’un des hommes peut-être les moins dignes de l’être depuis qu’il s’est spécialisé dans le rôle de faire-valoir de Ouattara, nous offrons à nos amis lecteurs et sympathisants ce billet de notre collaborateur Marcel Amondji.
Article prémonitoire mais, paraît-il, fort mal compris lors de sa première parution dans Téré, l’éphémére organe du Parti ivoirien des travailleurs (Pit), sous son titre original : « Gardons nos rêves… ».

Mardi 8 Octobre 2013 - 08:27


Requiem pour un idéal assassiné. Par Marcel Amondji
« Gardons nos rêves… »

Houphouët aura joué bien des mauvais tours à ceux qui, les premiers, l’aidèrent à se hisser sur les sommets où il se tient, mais le plus mauvais de tous ses tours fut, sans aucun doute, celui qui eut pour conséquence cette désaffection des Ivoiriens – des plus jeunes surtout – vis-à-vis de tout ce qui touche à ces temps cruels et héroïques où la Côte d’Ivoire naquit à l’histoire comme nation, c’est-à-dire : comme « volonté consciente d’elle-même » et tendue vers cet idéal : recouvrer la dignité des femmes et des hommes qui la composent.
Parlez, à des jeunes Ivoiriens, des années 1944, 1946, 1949 ou 1950, ils vous riront au nez : « Et en quoi cela nous concerne-t-il ? Nous n’étions pas nés. » Ou « Nous étions trop petits. Ce qui nous intéresse, c’est aujourd’hui ; c’est demain. C’est notre avenir… »
Et comment ne pas en convenir avec eux ! C’est, en effet, cela, leur avenir, qui est véritablement important !
Mais aussi, comment ne pas être inquiet ? Quel avenir pourront-ils construire, ces jeunes, s’ils ignorent ce que firent (ou furent) leurs pères et leurs grands-pères ; s’ils ignorent pourquoi ils le firent, et, aussi, pourquoi ils échouèrent. Et s’ils ignorent comment il s’est fait qu’eux, les enfants et petits-enfants de ces hommes, ils méprisent si ouvertement le rêve qu’ils firent il y a 45 ou 50 ans ; le rêve auquel ils sacrifièrent le meilleur d’eux-mêmes, mais qu’ils ne purent réaliser ?
La désaffection de la jeunesse vis-à-vis de tout ce qui touche au Pdci dans son acception actuelle est normale, hélas ! Et il serait absurde de la lui reprocher. Le seul coupable, c’est Houphouët. C’est lui qui a fait un repoussoir de ce nom qui fut si glorieux en 1949 et en 1950. Aujourd’hui, la jeunesse rejette le Pdci parce qu’elle rejette Houphouët avec ceux qui permirent son ascension et ceux qui favorisèrent son maintien. Cela est normal. Cela est sain, même. C’est la preuve que la jeunesse ivoirienne a faim d’autre chose que de faux-semblants et de mensonges.
Et il est tellement vrai que, depuis 1951, ce qu’on appelle le Pdci n’est qu’un faux-semblant et qu’un mensonge !
Mais, faut-il, avec l’eau de son bain, jeter aussi l’enfant ?
Au-delà d’un sigle devenu méprisable comme ceux qui s’en couvrent pour mieux tromper le peuple, il y a tout l’héritage des martyrs de notre mouvement anticolonialiste. La véritable tradition historique du Pdci-Rda est le patrimoine de tous les Ivoiriens, quel que soit leur âge. « Le Pdci, a dit un jour Philippe Yacé dans un étrange éclair de lucidité, le Pdci a été une patrie ! »(*) Notez bien l’emploi de ce passé révolu : « Le Pdci a été… ». Il ne l’était donc plus en 1970 !
Oui ! Le Pdci a été une patrie… Jusqu’en 1950. Et c’est cela, le Pdci en tant que patrie, que, depuis 1951, Houphouët s’est acharné à nous faire oublier, avec la complicité passive ou active de Philippe Yacé et de quelques autres.
Faut-il que nous leur donnions ce bonheur, de les laisser tous mourir avec le sentiment d’avoir réussi leur coup ? Or c’est le risque que l’on prend lorsque, pour désigner le ramassis d’arrivistes et de carriéristes qui grouillent aux pieds d’Houphouët, et dont les médiocres ambitions et l’appétit d’argent et de titres ont fait de notre patrie cette ruine, on traîne, à leur exemple, le nom de Pdci dans la boue.
Gardons-nous de rejeter les idéals de nos pères et de nos grands-pères avec ceux qui ont manqué à leurs devoirs envers eux. Laissons-leur le sigle, cette coquille aujourd’hui vide, puisqu’ils y tiennent tant – ainsi le vice rend hommage à la vertu –, mais gardons ce qu’il a représenté pour des millions de simples gens de ce pays.
Gardons notre rêve séculaire d’une patrie à reconquérir et à faire prospérer.

Marcel Amondji
(Téré n° 20 du 19 au 25 avril 1991)




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