République des comploteurs

Vendredi 15 Juin 2012 - 07:39


République des comploteurs
On aura tout vu et tout entendu dans cette Côte d’Ivoire meurtrie par 10 années de guerre, une guerre inutile provoquée par les nouveaux donneurs de leçons. On croirait rêver ! Un sécurocrate tout feu tout flamme. Franchement ce fut une belle opération de communication. Pour l’occasion, la grande artillerie fut sortie. Le DG de la RTI, confirmé à son poste plus pour son militantisme que pour ses compétences, le PCA soumis à un yoyo de nomination guidé par son appartenance au PDCI et son sacrifice au Golf Hôtel, des Ministres, tous invités pour assister au grand déballage. Le décor ainsi planté, le puissant Ministre Ahmed Bakayoko pouvait commencer sa plaidoirie. Objectif principal : présenter le FPI et tous les partisans du Président Laurent Gbagbo comme les ennemis de la paix. Voici donc la nouvelle histoire que le pouvoir veut écrire et enseigner au monde. Dans cet exercice périlleux, aucun détail n’est omis. Le pouvoir, pétrit d’intelligence, a subodoré la libération imminente du Président Gbagbo. Il savait que la CPI accorderait une suite favorable à la demande de report de l’audience de confirmation des charges initialement prévue pour le 18 Juin. Il a donc choisi cette date du 12, (le putsch date de 3 mois) pour faire son show et étouffer les déboires du mercenaire Ocampo et tout son clan avec en tête, le pouvoir de Ouattara. Ahmed Bakayoko, sur ce point, parvint à réussir son coup. Pouvait-il en être autrement quant on sait le culte que ce pouvoir voue aux complots? Toute l’actualité du pouvoir tourne désormais autour des prétendus coups d’Etat du FPI. Mais allons bien au-delà pour comprendre que ce pouvoir est aux abois. Il décline son objectif principal en trois points majeurs qu’il convient de voir de près.
 



1. Laurent Gbagbo, le va-t-en guerre à condamner.
 

En présentant au monde des pro-Gbagbo comme des supers déstabilisateurs, il a tenté d’aider la CPI à donner du crédit aux fariboles du sieur Ocampo contenus dans ce qu’il a appelé « Acte d’accusation ». Cela rentre dans le concept inventé par Ocampo et son clan : la politique. Selon eux elle renferme la ferme volonté de Gbagbo de conserver à tout les prix le pouvoir d’où l’utilisation du terme « on gagne ou on gagne ». Le pouvoir lui ayant échappé et se trouvant à la Haye, il faut que ses partisans se réorganise pour remettre au goût du jour « la politique ». Il faut donc tuer, tuer et toujours tuer. Tel est, selon le pouvoir, le legs du Président Gbagbo. C’est ce qui explique que dans l’élément vidéo montrant des militaires annonçant la prise du pouvoir, le nom de Gbagbo et son transfèrement à la Haye sont évoqués. Les juges pourront ainsi voir la nocivité de Gbagbo Laurent et le garder définitivement à la Haye. Cela cadre bien avec le cahier de charge du procureur dont l’élément essentiel est la protection de la société contre les grands bandits. Laurent Gbagbo étant selon eux, grand bandit, il urge de lui assener les derniers coups. C’est donc un acte salutaire que de le voir condamné. Les noms de ses proches et surtout celui de son porte parole, sont arborés à satiété par le Ministre, par ailleurs, communicateur. Il savait très bien ce qu’il faisait. Dire que Koné Katinan est l’un des cerveaux de la déstabilisation de la Côte d’Ivoire, donc un putschiste invétéré, c’est en filigrane dire qu’il reçoit ses ordres de Laurent Gbagbo. En un mot, le Président Laurent Gbagbo mérite tout sauf la liberté, même provisoire, car il est un homme dangereux. Ne soyons donc pas surpris que la BBC, TV5 à travers son émission Afrique presse ou France 24, jouent le rôle d’amplificateur. Heureusement que cette stratégie ne peut prospérer en cela qu’elle est assise sur une erreur d’appréciation. Le seul fait d’avoir reporté l’audience de confirmation est déjà l’amorce de la victoire du Président Gbagbo. Et aucune autre charge, fusse-t-elle plus cossue ne peut faire vaciller la défense qui à une expertise bien assise pour œuvrer à la libération du Président Gbagbo. Ahmed Bakayoko et son think tank doivent être certains qu’ils ont manqué la première cible. Elle doit en chercher une autre, c’est la loi de la République des comploteurs, changer de fusil d’épaule lorsque le premier coup échoue.
 

 
2. Les titulaires de postes juteux, financiers du coup d’Etat.
 
 
Dans sa démonstration tirée par les cheveux, Ahmed Bakayoko avait à montrer que des pro-Gbagbo avaient fuit avec des sacs de milliards que Ouattara peine à remplacer. On notera par ailleurs que certains sont accusés d’avoir commis des « crimes économiques ». Il y avait donc lieu, à l’occasion, de donner du relief à cette accusation et attiser le zèle du procureur de la République. Les noms ont été bien choisis : Koné Katinan, Ministre du Budget. Komoé Augustin, Ministre des Mines. Djédjé Mama, DG du Trésor public. Kassoum Fadika, DG de Pétroci. Ottro Zirignon, PCA de la SIR. Voici donc des personnes qui ont occupé, sous Gbagbo, d’importantes fonctions. Visiblement, elles avaient les caisses de l’Etat dans leurs chambres et elles y puisaient des milliards au gré de leurs menus besoins. On se souvient que le même Bakayoko avait affirmé que Koné Katinan avait braqué la Bceao et y avait fait sortir des caisses de milliards. C’est la raison essentielle qui a poussé ce sécurocrate à interdire le territoire ivoirien à Katinan. Et si on y ajoute les milliards décaissés par Komoé Augustin, Ottro Zirignon, Kassoum, Djédjé Mama, on ne parlerait pas de recherche de fonds pour renverser Ouattara d’autant que ces fonds sont déjà disponibles. Ils sont certainement sur des comptes fictifs puisqu’ils ne sont pas gelés ! Question de bon sens. L’évocation de ces noms est la preuve que le pouvoir a mal à sa gouvernance. En effet, Ouattara n’arrive pas à honorer ses promesses pharaoniques, il faut chercher un bouc émissaire pour faire croire que le pays est à genoux parce que des pro-Gbagbo ont dévalisé l’Etat. C’est une justification de l’incompétence du pourvoir. Mais mieux, elle donne l’impression que ce pouvoir ne sait pas comment s’effectuent les mouvements sur les comptes de l’Etat. Devrions-nous croire que la gestion du Budget du ministère de l’intérieur ou du ministère des NTIC (sous Gbagbo), est une affaire strictement personnelle du sieur Bakayoko ? La tentation d’y croire est forte tant la volonté de nuire du pouvoir actuel dépasse l’entendement humain. A la vérité les fameux « voleurs » de Bakayoko se trouvent ailleurs. Ceux que Bakayoko veut présenter comme des indélicats sont ailleurs, certainement dans son entourage. Il gagnerait donc à faire profil bas. Cette deuxième cible n’ayant pas été atteinte, la République des comploteurs peut mettre le cap sur une troisième.
 
 
3. Ces nordistes qui osent s’attaquer à la cause du grand nord.
 
 
Le « one man show » du sécurocrate a dégagé de façon globale deux groupes ethniques, d’une part les Bété (groupe ethnique du Président Gbagbo) et les nordistes (Groupe ethnique de Ouattara). Si dans l’entendement du pouvoir, il est compréhensible que des Bété se positionnent derrière leur « frère », il est tout à fait inacceptable que des nordistes se désolidarisent de Ouattara au profit d’un Gbagbo, un Boussoumani (mécréant). Il faut donc que ces nordistes soient exposés sur la place publique afin que le grand nord les hue copieusement. Koné Katinan, Nady Bamba, Sy Savané, Ben Soumahoro, Touré Amara, Kassoum Fadika, Yacou, Voici quelques noms que le sieur Bakayoko a cité, tous là pour renverser Ouattara et mettre fin à la politique de rattrapage ethnique. Du coup, ces personnes et leurs familles se verront traînées aux gémonies et Dieu seul sait combien sont ces petits zélés, rassasiés d’inculture et d’intolérance, qui se rueront sur ces personnes que le pouvoir leur offre en cadeau. Les partisans du pouvoir, après avoir formaté leur humanité, n’attendent que ces belles occasions pour actualiser leur soif de violence. Car au fond, ce sont leurs intérêts que ces « enfants égarés » tentent de compromettre. Ici encore, le pouvoir fait fausse route parce que tous les nordistes ne sont pas obligés d’être des courtisans de Ouattara où des agents commerciaux du rattrapage ethnique. Il y encore de nombreux nordistes patriotes qui savent que Ouattara n’aime pas les nordistes, il ne fait que les utiliser comme une échelle en vue d’assouvir ses besoins. Au demeurant, les noms continuellement cités n’établissent pas la matérialité des faits au contraire elle met en avant le désir de vengeance du pouvoir qui a du mal à accepter que des personnes de leur « ghetto ethnique » manquent à l’appel du tribalisme et de la politique ségrégationniste de Ouattara.
Au final, Hamed Bakayoko nous a présenté le véritable visage de ce pouvoir, il s’agit d’une République de comploteurs. Des comploteurs qui ont du mal à changer tant leur rôle leur sied. Les éléments ci-devant évoqués n’en constituent qu’un aspect. Et ici, il a réussi à livrer des citoyens à la « sauvagerie » des partisans de leur pouvoir. L’ayant fait, il n’a fait que conforter l’idée selon laquelle le prince doit préférer être craint que d’être aimé.
Nous y reviendrons.
Alain Bouikalo
 
 
 
bouikhalaud10@gmail.com




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