Réponse à François Hollande/ Colonialisme et néocolonialisme, deux faces d’une même médaille: l’impérialisme.

Vendredi 18 Mai 2012 - 07:26


Réponse à François Hollande/ Colonialisme et néocolonialisme, deux faces d’une même médaille: l’impérialisme.
Contexte et problématique

Le Président français, M. Francois Hollande, suite à son investiture du 15 mai 2012, à tenu à rendre homme à Jules Ferry. Dans son allocution d‘hommage il eut à faire cette déclaration:« Tout exemple connaît des limites; toute grandeur a ses faiblesses et tout homme est faillible. Et En saluant aujourd’hui la mémoire de Jules Ferry, qui fut un grand ministre de l’instruction publique, je n’ignore rien de ses égarements politiques. Sa défense de la colonisation fut une faute morale et politique. Elle doit à ce titre être condamnée. C’est le grand Clemenceau lui-même qui porta en son temps le réquisitoire le plus implacable du colonialisme au nom de la conscience universelle. C’est donc emprunt de cette lucidité indispensable que je suis venu saluer le législateur Ferry qui conçu l’école publique, el bâtisseur de cette maison commune qu’est l’école de la République.»Cette belle déclaration morale et politique n’a pas cependant manqué de susciter en nous quelques interrogations.Pour François Hollande la défense de la colonisation par Jules ferry «fut une faute morale et politique. Elle doit à ce titre être condamnée.» Mais cette condamnation est-elle sincère? Et si elle était superficielle? Peut-on condamner le colonialisme, sans faire autant pour le néo-colonialisme, qui procède, tout comme lui de l’impérialisme? Peut-on condamner le colonialisme et se taire sur le néo-colonialisme, pratiqué depuis les premières heures de l‘indépendance de la majorité des ex-colonies françaises, et qui n’est rien d’autre qu’une forme plus ou moins sublimée du colonialisme?
Pour que la condamnation de la colonisation nous satisfasse et nous paraisse sincère, elle doit s’accompagner de la condamnation et de la fin du néocolonialisme, qui reprend à son compte ses objectifs essentiels. Sans cette conséquence logique de la condamnation de la colonisation, la belle déclaration du Président normal de la France, ne sera pour nous qu’un discours politique, qui n’avait pour objectif que d’emberlificoter les esprits trop sensibles, qui auraient pu être choqué par son hommage à Jules Ferry, privé de la prononciation de cette condamnation.


De la parenté entre colonialisme et néo-colonialisme

Dans la réalité, colonialisme et néocolonialisme ne sont que deux faces d’une même médaille, à savoir l’impérialisme. Et pourtant la réalité des ex-colonies françaises montre bien que la France n’a pas cessé d’être un État impérialiste ayant substitué au colonialisme le néo-colonialisme.
Le colonialisme et néocolonialisme se définissent essentiellement et fondamentalement par l’exploitation et la domination d’autres peuples, au profit exclusif de l’État impérial.
La parenté entre colonialisme et néo-colonialisme, procédant tous deux de l’impérialisme, a été bien montrée par des combattants de la liberté comme Che Guevara et Kwame Nkrumah.
Citons Che Guevera pour le comprendre: «La lutte contre le colonialisme, en est à sa phase finale, mais, à notre époque, le statut colonial reste la simple conséquence de la domination impérialiste. Par définition, tant qu’existera l’impérialisme, sa domination s’exercera sur d’autres pays. De nos jours, cette domination s’appelle néocolonialisme.» (1) p20

Le panafricaniste Kwame Nkrumah, premier président du Ghana libre et indépendant ne dit pas autre chose quand il écrit: «Le néo-colonialisme aujourd’hui représente l’impérialisme à son stade final, peut-être le plus dangereux. (..) Au lieu du colonialisme comme principal instrument de l’impérialisme, nous trouvons à l’heure actuelle le néo-colonialisme.» (2)
Le préfixe «néo», n’indique que la nouvelle forme du colonialisme, avec ses nouveaux moyens, et non une nouvelle fin du colonialisme, qui serait plus humaniste, salutaire et respectueuse des droits des peuples. Le moyens du colonialisme primaire ont changé, sans toutefois que leur changement implique le changement des objectifs originels.


Quelques signes du néocolonialisme


Reprenons ici quelque peu le diagnostic du néo-colonialisme (Car le néo-colonialisme fait partie de ses maladies chroniques dont souffre le continent africain et qui empêchent son développement), encore d’actualité, fait par Kwame Nkrumah. Il donne une définition essentielle du néo-colonialisme: «L’essence du néo-colonialisme, c’est que l’État qui y est assujetti est théoriquement indépendant, possède tous les insignes de la souveraineté sur le plan international. Mais en réalité, son économie, et par conséquent sa politique, son manipulées de l’extérieur.» (3)En clair l’État néo-colonial, est un État qui n’est pas maître de sa politique et de son économie. C’est un État qui n’est pas maître de son destin. Celui-ci est «manipulé»,influencé et guidé, sinon téléguidé de l’extérieur: «Un État dans les griffes du néo-colonialisme n’est pas maître de son propre destin» (4), écrit le philosophe Kwame Nkrumah. C’est pourquoi il poursuit en ces termes: «Le néo-colonialisme est aussi la pire forme de l’impérialisme. Pour ceux qui le pratiquent, il signifie le pouvoir sans la responsabilité et, pour ceux qui le subissent, l’exploitation sans contrepartie.»  (5)
Pour en venir à quelques signes du néo-colonialisme, notons ceci:

1er signe: Stationnement des troupes de la puissance impériale sur le territoire de l’État néo-colonial, qui peuvent en contrôler le gouvernement par des menace discrètes et la planification des coups d‘État. C’est le cas des bases militaires françaises en Afrique depuis des décennies. Avec cette présence, l’État néo-colonial compte sur la puissance impériale pour assurer sa défense et même sa sécurité intérieure. Il cesse ainsi d’être maître de sa souveraineté, parce qu‘incapable de la défendre lui-même en cas d‘agression.

2ème signe: A défaut ou en plus du contrôle du gouvernement de l’État impérial par l’armée de la puissance impériale, le contrôle peut être exercé par des moyens économiques ou monétaires. Par les moyens économiques «L’État néo-colonial peut être obligé d’acheter les produits manifacturés de la puissance impérialiste à l’exclusion des produits concurrents venus d’ailleurs.» Cela a pour conséquence une augmentation du coup de la vie, entraînée par la posture monopolistique des entreprises de l‘État impérial installées dans l‘État néo-colonial ou y exportant leurs produits manufacturés. En sus, les systèmes économique et financier de l’État néo-colonial sont liés à ceux de l’État impérial. Dans cette situation, les petites nations sont «contraintes de vendre leurs matières premières à des prix dictés par les pays développés et d‘acheter les produits manufacturés à des prix fixés également par eux.» (6)

3ème signe: Les aides financières assurant les frais de fonctionnement de l’État ou l’introduction de fonctionnaires à des postes où ils peuvent dicter une politique, constituent des moyens de contrôler la politique de l’État néo-colonial.

4ème signe: Le contrôle de la politique d’un État néo-colonial par «le contrôle monétaire exercé sur les changes grâce à un système bancaire contrôlé par la puissance impériale. » (7) C’est le cas du Franc-CFA, monnaie sous tutelle du Trésor français.

5ème signe: «Le résultat du néo-colonialisme est que le capital étranger est utilisé à l’exploitation, plutôt qu’au développement, des parties du globe les moins évoluées. Les investissements augmentent alors l’écart entre les pays riches et les pays pauvres au lieu de le combler.»

6ème signe: «(…) les dirigeants des États néo-coloniaux tirent leur autorité non de la volonté des peuples mais du soutien qu’ils obtiennent de leurs maîtres.»
 
Conclusion

Tout humaniste et défenseur de la liberté et du développement des peuples d’Afrique doit rester lucide, pour ne pas se laisser emberlificoter par la condamnation du colonialisme par François Hollande, tant qu’elle n’est pas suivie de celle du néo-colonialisme qui continue d’avoir cours sur le continent africain. Pas seulement des mots, qui laissent perdurer les maux. Plus que des mots, il faut des actes qui y mettent fin.!


Christophe Nèguê.

(1)-Che Guevara, Justice globale, , éditions Flammarion, p 20
(2)-Kwame Nkrumah, Le Néo-colonialisme, éditions Présence africaine, p9

(3)-Kwame Nkrumah, idem, p 9.

(4)-Kwame Nkrumah, idem, p 10
(5) Kwame Nkrumah, idem, p 11
(6) Kwume Nkrumah, idem, p13
(7) Kwume Nkrumah, idem, p10
 




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