Rencontre avec l’opposition ivoirienne: Les secrets du huis-clos, Hollande-FPI

Samedi 19 Juillet 2014 - 08:52


François Hollane à Abidjan
François Hollane à Abidjan
À défaut de réussir à rassembler les Français, François Hollande essaye avec les Ivoiriens. Trois ans après la crise électorale majeure qui a divisé le pays et causé plusieurs milliers de morts, le locataire de l’Elysée a appelé hier, à Abidjan, le Front populaire ivoirien (FPI) à participer à la prochaine élection présidentielle, programmée pour octobre 2015. «Il faut faire en sorte que la prochaine élection puisse être organisée de manière ouverte, transparente, mais aussi pluraliste. C'est très important », a assuré François Hollande. Car, pour l'heure, le parti du président Laurent Gbagbo refuse de participer et boycotte systématiquement les scrutins depuis le 11 avril 2011. Une formation politique qui, ces dernières semaines, est traversé par deux courants. Le premier appelle à ne pas participer aux élections tant que Laurent Gbagbo n'a pas été libéré. Détenu depuis la crise ivoirienne, l'ancien président attend d'être jugé à La Haye. Quant au second courant, il plaide lui à l'inverse pour un retour dans le jeu démocratique dès l'élection présidentielle, dans la mesure où le retour de Laurent Gbagbo, accusé de crime contre l'humanité, demeure pour l'heure, improbable. Pour François Hollande, la participation du FPI au scrutin est l'une des clés de la réconciliation du pays. Il a d'ailleurs rencontré à cet effet, une délégation du parti jeudi en fin d'après-midi à Abidjan, pour les appeler à revenir dans le jeu démocratique. «Il faut saisir cette opportunité, ne serait-ce que pour organiser la dispute. La démocratie, c'est la dispute organisée. Sans la démocratie, c'est la crise. Ce parti, s'il veut exister demain, doit être présent aux élections», a plaidé François Hollande face à Affi et les siens. Une rencontre en deux phases avec, dans un premier temps, toute l’opposition représentée par Gervais Coulibaly, Mamadou Koulibaly, Laurent Dona Fologo, Kabran Appiah, Mel Théodore, Bamba Moriféré, Affi N’guessan, Dano Djédjé et Agnès Monnet. Les échanges ont duré un près de trois quarts d’heure et ont fait place à un huis clos avec la seule délégation du FPI. Selon des indiscrétions, ce fut l’occasion pour le président Affi N’guessan, de poser la question de la détention arbitraire du président Laurent Gbagbo et du ministre Charles Blé Goudé, retenus à la Haye en indiquant que la réconciliation dans le pays connaitrait un véritable coup d’accélérateur si ces deux personnalités étaient élargies en même temps que les nombreux prisonniers politiques qui croupissent dans les pénitenciers ivoiriens. Une préoccupation bien notée dit-on, par l’illustre visiteur qui assure notre source, a promis s’engager pour accélérer les procédures dans les tribunaux nationaux, mais s’agissant de la CPI, l’homme aurait dit s’en tenir aux décisions de la justice internationale qui pourra abandonner les charges si Gbagbo et Blé Goudé  ne sont pas coupables de ce dont ils sont accusés. A sa sortie d’audience, le président du FPI confiera à la presse que les élections de 2015 constituent un enjeu important pour un parti comme le FPI qui, comme le n°1 français le soulignait un peu plus tôt, à sa conférence de presse, court le risque de disparaitre s’il continue de rester en marge du débat démocratique, de la participation aux élections. «Même Alassane Ouattara souhaite que le FPI se présente », expliquait hier à Abidjan, un diplomate. Cela permettrait, selon lui, au chef de l’Etat d'afficher la réussite de la réconciliation. Le président ivoirien l'a d'ailleurs expliqué lui-même lors de la conférence de presse commune avec François Hollande au  palais présidentiel d'Abidjan. «La crise postélectorale est définitivement derrière nous. Nous sommes dans un environnement de paix, de civilité, de sérénité. Nous sommes dans un processus inclusif pour que tous les Ivoiriens participent au développement économique du pays. Je tiens beaucoup à la réconciliation», a expliqué Alassane Ouattara. Mais dans la réalité, la crise n’est pas encore tout à fait soldée. De nombreux partisans de Laurent Gbagbo arrêtés pendant les événements attendent toujours en prison d'être jugés. Et le pouvoir actuel est accusé par l'opposition de faire traîner en longueur, alors que les partisans d'Alassane Ouattara arrêtés ont été non seulement moins nombreux, mais aussi jugés plus rapidement. «La justice sera la même pour tous, a assuré le président ivoirien. Mais elle sera appliquée selon le rythme des juges qui ne sont malheureusement pas assez nombreux.» Voilà l'autre clé de la réconciliation ivoirienne. Et c'est d'ailleurs pourquoi la France a signé avec la Côte d'Ivoire un accord de coopération judiciaire, notamment pour former des juges et construire des tribunaux. «Il n'y a pas d'intérêt économique dans cet accord puisqu'on n'exporte pas des juges, mais il y a un choix politique d'aider la Côte d'Ivoire à tourner la page», explique un conseiller diplomatique.■

Géraldine Diomandé


Source: Aujourd’hui / N°688 du Vendredi 18 au Samedi 19 Juillet 2014




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