Relocalisation, protectionnisme et solidarité internationale. Par Thierry Brugvin

Samedi 11 Juin 2016 - 22:18


 

Il existe différentes formes de souveraineté et de relocalisation en fonction des politiques sociales, libérales et d’extrêmes droites. Examinons les avantages et inconvénients de ces politiques au regard des critères de l’écologie, de l’emploi, du protectionnisme (solidaire ou égoïste), de l’autonomie économique et donc politique. Mais sans prendre en compte la vision libérale d’un éventuel avantage comparatif et des vertus éventuelles de la concurrence internationale à long terme. En effet, il y a déjà beaucoup de critères à prendre en compte en matière de relocalisation et de protectionnisme.

Les deux oppositions fondamentales en matière de relocalisation et de solidarité internationale sont

  • L’autonomie solidaire, c'est-à-dire :

    • L’autonomie (la liberté) politique et économique locale, régionale, nationale,

    • Et la solidarité avec l’extérieur avec les autres nations, régions, ou villes, (donc vers l’égalité économique)

  • L’autonomie non solidaire (« égoiste ») (droite souverainiste), c'est-à-dire :

    • l’autonomie (la liberté) politique et économique locale, régionale, nationale,

    • et l’absence de solidarité extérieure (donc l’inégalité économique) avec les autres nations, régions, ou villes.

 
 
 

LES DEUX GRANDES TENDANCES DE LA RELOCALISATION OU DU SOUVERAINISME

 

RELOCALISATION OU SOUVERAINISME

ECONOMIQUE et POLITIQUE

(autonomie = Liberté)

SOLIDARITE EXTERIEURE

(égalité économique)

Relocalisation solidaire (de gauche)

NON SOLIDARITE EXTERIEURE (inégalité (liberté) économique)

Relocalisation non solidaire (de droite)

 

Il y a plusieurs critères possibles qui peuvent être combiné concernant les modes de relocalisation ou de souverainisme:

  • Une relocalisation de la production :

    • Pour la consommer localement ou nationalement :

      • Pour l’écologie,

      • Pour l’emploi local,

        • Mais au risque de nuire à l’emploi des PED.

      • Pour une autonomie économique et donc politique,

        • Mais au risque de manquer de solidarité internationale.

    • Pour l’exporter dans un but concurrentiel ou solidaire vis-à-vis des PED.

    • Mais en important ce qui ne peut pas être produit localement, (tel le café),

      • A un prix équitable,

      • A un prix non équitable (exploitation néocolonialiste).

    • Sans protectionnisme au risque de subir la concurrence internationale,

    • Avec protectionnisme de type :

      • Clause sociale (avec risque de desservir les PED)

      • SPG (afin d’aider les PED).

 

Il existe 4 formes principales de relocalisation avec ou sans protectionnisme. C'est-à-dire 2 formes de relocalisation solidaire et 2 de relocalisation non solidaire. Sur la base de ces différents critères nous pouvons distinguer deux axes principaux : une production (nationale - internationale) avec un protectionnisme (fort ou faible). La relocalisation peut avoir pour but l’emploi local (ou national), la préservation de l’écologie (en diminuant notamment l’empreinte carbone), ou l’autonomie économique et politique. Ce qui aboutit à 4 principales orientations en matière de production :

  1. Une relocalisation protectionniste et non solidaire (de droite). C'est-à-dire la priorité sur la production nationale,
    • mais avec des barrières protectionnistes, en usant d’une clause sociale, au détriment de l’emploi dans le PED.
    • En continuant néanmoins une exportation vers les autres nations, telle que le pratique les Etats-Unis dans de nombreux secteurs
    • et poursuivant l’importation de produits indispensables de manière néocolonialiste (c'est-à-dire en exploitant les PED). Cette politique économique n’est donc ni solidaire, ni très écologique, elle relève d’une politique de relocalisation de droite forte.
  2. La relocalisation peu protectionniste non solidaire (de droite modérée) : c’est une relocalisation de la production nationale (par exemple pour des raisons écologiques ou d’emplois, ou même de rentabilité lié aux coûts de transport), mais sans barrière protectionniste et sans système de solidarité internationale, c'est-à-dire sans l’obligation de prix équitables, pour les rares produits importés ne pouvant être produits sur place. Il s’agit d’une relocalisation qui relèverait de la droite modérée, mais qu’on ne rencontre pas véritablement. C’est donc plus une hypothèse théorique qu’une réalité concrète.
  3. La relocalisation solidaire sans protectionnisme : afin d’éviter de nuire à l’emploi des PED (pays en développement), mais au risque de subir la concurrence internationale et donc de ne pas parvenir rester compétitif concernant la production nationale et donc ne pouvoir tenir cette relocalisation à long terme (politique sociale utopiste ?).
  4. La relocalisation solidaire avec un protectionnisme ciblé : c'est-à-dire fondé sur un SPG permettant aux PED les plus faibles de continuer à exporter en partie leur production, afin de ne pas nuire à leur emploi. Par contre les pays industrialisés sont contraints à relocaliser leur production (politique sociale pragmatique).

 

A l’inverse ces quatre types de politiques de relocalisation il y a deux grandes politiques économiques globalistes : l’internationaliste de gauche et le mondialisme de droite. Dans le cadre de cette dernière, la politique commerciale mondiale défendue par l’OMC prône une production internationale sans protectionnisme, dans le cadre de la politique néolibérale mondialisée, au détriment de l’écologie et des pays les plus fragiles économiquement, telle qu’elle est promu à l’OMC. Tandis que les politiques internationalistes sociales défendent des échanges économiques entre nations, mais au détriment de l’écologie et de l’autonomie économique et politique.

 

Le système de préférence généralisée (SPG) contre les clauses sociales et environnementales. La relocalisation et le souverainisme économique suppose pour certains disposent d’un contrôle des importations aux frontières, à travers des systèmes protectionnismes, basés sur différents systèmes de taxes par exemple. Mais nous verrons que ce n’est pas forcément nécessaire pour d’autres. Une clause sociale et environnementale consiste à taxer les marchandises importées dont la production ne respecte pas les normes environnementales ou sociales (telle l’interdiction du travail des enfants, ou le salaire minimum).

Dans le cadre des négociations commerciales à l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), les systèmes de sanctions sont généralement peu appréciés des pouvoirs publics importateurs et encore moins des importateurs, qui redoutent de limiter leurs échanges commerciaux. Cependant, si nous examinons plus en détail les motivations des différents acteurs, nous pouvons observer des positions inverses. Certains préférant la sanction, afin d’obtenir un instrument efficace pour améliorer les conditions de travail, tandis que d’autres y voient surtout une opportunité de se protéger de la concurrence des pays à bas salaires. Pour ces derniers, un système de clause sociale s’avère en fait une mesure de protectionnisme déguisé. Les gouvernements des pays à bas salaires (l’Inde, la Chine, le Brésil en tête) sont donc suspicieux vis-à-vis de la volonté réelle des pays plus industrialisés d’améliorer les conditions de travail par le biais des clauses sociales. Ainsi, ces dernières pourraient être un moyen de diminuer l’avantage économique comparatif, c'est-à-dire le « dumping social » conféré par des ouvriers des PED payés avec de très bas salaires. Selon les gouvernements des pays à bas salaires, un signe de la bonne volonté réelle des gouvernements des pays plus industrialisés consisterait par exemple, à créer des règles plus équitables à l’OMC, à annuler la dette que ces pays ont déjà remboursée parfois plusieurs fois du fait des intérêts, qui accroissent sans arrêt le montant de la dette initiale. Or, actuellement, rien de significatif ne se dessine dans cette direction à l’OMC.

Compte tenu du niveau de mise en œuvre des sept normes fondamentales du travail (tel le droit syndical), on peut considérer que de nombreuses entreprises des pays les plus industrialisés risqueraient-elles aussi de subir des sanctions commerciales, dans le cadre de clauses sociales. La clause sociale est donc liée à des stratégies parfois contradictoires. Jusqu’à présent les pouvoirs publics nationaux et les organisations internationales publiques, telle l’Union Européenne ont donc préféré des mesures incitatives notamment des SPG (système de préférence généralisé). Ils consistent à abaisser les droits de douane pour les pays qui respectent les normes fondamentales du travail.

Pendant plusieurs années, l’Union Européenne a mis en oeuvre un SPG dans le cadre des accords de Lomé. Ces derniers avaient été conclus pour la première fois en 1975 avec les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) ainsi que quelques autres pays de l’Est notamment. Si les résultats se sont avérés peu probants à l’UE, ils paraissaient plus prometteurs aux Etats-unis. A partir de 1985, les USA ont développé deux programmes commerciaux qui attribuaient un système de facilité tarifaire aux pays partenaires. « De 1985 à 1995 sur 101 demandes d’enquête, 12 se sont conclues par la suspension des préférences ». Ainsi de nombreuses améliorations des conditions de travail ont pu être observées notamment au Salvador, en Indonésie selon Harvey1 Directeur de I’International Labor Rights Fund aux Etats Unis. Un SPG à été ensuite instauré entre les Etats-Unis et le Vietnam notamment, jusqu’en 2005. Mais face à la concurrence internationale en faveur du néolibéralisme il n’a pas perduré.

Si des résultats plus importants ont été obtenus dans le SPG états-unien par rapport au SPG européen, c’est surtout que l’incitation économique était plus forte. Plus l’incitation s’avère forte, plus elle peut compenser les pertes éventuelles liées à l’application des normes sociales. A la différence d’un système de clauses sociales sanctionnant les infractions et risquant de développer un protectionnisme déguisé, le SPG des Etats-unis évitait donc cette dernière dérive. En cas de non-respect des normes sociales, les pays à bas salaire perdaient seulement leurs avantages (exonération des droits de douane) et ne subsistait alors que des taxes à l’importation équivalentes aux pays les plus industrialisés (PPI). Ces derniers se trouvant donc handicapés comparativement aux PED, afin de restaurer une certaine équité économique entre eux.

Tandis que dans un système de clause sociale et environnementale fondé sur la sanction (une taxe pour non respect des normes), les pays à bas salaires auraient subi une situation concurrentielle défavorable par rapport aux pays les plus industrialisés. Par conséquent, même si c’est loin d’être suffisant, la mise en oeuvre d’un SPG fortement incitatif au plan international, paraît être le dispositif le plus efficace parmi les propositions émises pour mettre en oeuvre les normes sociales et environnementales dans le cadre d’une relocalisation solidaire.

 

1 HARVEY P.J. Directeur de l’ILRERF (International Labor Rights Fund), “Le système de préférence généralisé des Etats Unis”, in Sud Nord, Nouvelles alliance pour la dignité du travail, Cetim, Centro Nuovo Modello Di Sviluppo, Genève, 1996, p. 78.


RELOCALISATION, PROTECTIONNISME ET SOLIDARITE INTERNATIONALE

Relocalisation, protectionnisme et solidarité internationale. Par Thierry Brugvin




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