Refus des états généraux par le chef de l’Etat: Pourtant, la parole est mieux que le fusil

Dimanche 1 Décembre 2013 - 21:51


 A Bouaké où il animait un meeting, Alassane Dramane Ouattara a rejeté les états généraux de la République que propose le Front populaire ivoirien (Fpi) pour sortir définitivement de la grave crise que la Côte d’Ivoire a connue ces 10 dernières années. Habitué à ne prospérer qu’en eau trouble, Ouattara ne peut donc accepter ce qui s’inscrit dans la normalité. Il a rejeté, hier, à Bouaké, du revers de la main, les états généraux de la République que propose le Fpi pour met - tre définitivement fin à la longue crise que traverse la Côte d’Ivoire : «Je ne sais pas à quoi ça servirait. Car passer le temps à bavarder n’est pas mon style. Je préfère le travail», a dit le nouvel homme fort du pays à propos juste - ment de ces états généraux de la République. Si telle est la logique de M. Ouattara, pourquoi a-t-il alors mis en place la Commission Dialogue Vérité et Réconciliation (CDVR) qui est un lieu où, au moyen de la parole, on recherche les solu - tions à la crise ? Les propos du chef de l’Etat confirment à l’évidence les réflexions de ceux qui ont toujours soutenu que la création de la CDVR n’est pas l’émanation de la volonté de ramener la paix dans ce pays, mais de contenter Charles Konan Banny pour le soutien que celui-ci a apporté à la rébellion. On comprend dès lors pourquoi Ouattara n’a jamais donné les moyens à M. Banny pour accomplir de façon efficiente la mission de réconciliation qui lui a été officiellement confiée. Cela dit, il y a un adage qui dit que dans la vie des hommes, le plus important n’est pas de ne pas tomber. Mais c’est comment on fait pour se relever quand on tombe. C’est une lapalissade que de dire que la guerre de 9 ans qui a été imposée à la Côte d’Ivoire depuis 2002, a cassé les ressorts de la République. C'est-à-dire les fondamentaux sur lesquels repose l’unité nationale. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire est divisée en deux blocs qui se regardent en chiens de faïence. Le pays a reculé de plus de 50 ans en arrière en termes de développement. L’économie s’est totalement effondrée. Elle s’est tellement désagrégée que la Côte d’Ivoire d’Houphouët-Boigny et de Laurent Gbagbo tend aujourd’hui honteusement la main à des pays comme le Congo. En un mot comme en mille, la grande Côte d’Ivoire, la locomotive de la sous- région dans un passé encore très récent, est tombée. Elle est tombée très bas. Elle est même dans l’abîme. Et comme dit plus haut, Banny et sa CDVR sont au point mort. Comment faire donc pour sortir le pays du trou où la guerre de 9 ans l’a engouf - fré ? Telle doit être la préoccupation de tout homme d’Etat soucieux du devenir de son pays. Et telle est la préoccupation du président du Fpi, Pascal Affi Nguessan. C’est cela qui justifie les états généraux de la République qu’il propose et dont il a suffisamment développé les grands thèmes qui vont être débattus par toutes les couches sociales du pays. Il vaut mieux bavarder et sortir un consensus fondateur en lieu et place des armes. Et en la matière, le président du Fpi n’innove pas. L’histoire des crises dans le monde montre que lorsqu’un pays sort d’une crise grave, de surcroît une guerre comme c’est le cas en Côte d’Ivoire, tous les fils de ce pays se retrouvent autour d’une table pour exorciser le mal et établir un nouveau contrat social. Les exemples sont légion. En Allemagne, le mur de Berlin n’est pas tombé par magie. C’est le fruit de la concertation entre les deux ex- Allemagnes. Ici même, en Afrique, l’Afrique du Sud a vaincu l’apartheid à la suite d’une concertation nationale à travers la commission de réconciliation dirigée par Monseigneur Desmond Tutu. Ces forums-là permettent aux citoyens de se libérer en parlant de ce qu’ils ont vécu, et en définitive de pardonner (les victimes), et de demander pardon (les bourreaux). Ici même en Côte d’Ivoire, le forum pour la réconciliation nationale organisé en 2001 par le président Gbagbo avait permis à Ouattara et à Bédié de mettre fin à leur exil et de dire leur part de vérité. Il avait permis au général Robert Guéi qui s’était réfugié chez lui, à Kabakouma avec plus de 500 soldats en armes, de rentrer dans la République. Le grand résultat de ce forum avait été la mise en place, le 5 août 2002, d’un gouvernement d’union nationale dans lequel tous les partis politiques significatifs étaient représentés y compris le RDR de M. Ouattara. C'est-à-dire juste un mois avant la rébellion. Quand un homme politique veut le bonheur de son peuple, il ne peut que préférer la négociation comme moyen de règlement des conflits politiques par rapport aux armes. C’est cette voie que le Fpi a choisie. La magie de la parole comme moyen de con - quête du pouvoir d’Etat. C’est pourquoi, bien que victime de la guerre de 9 ans qui a été faite à la Côte d’Ivoire, le parti du président Laurent Gbagbo propose les états généraux de la République pour mettre en place un nou - veau contrat social entre tous les fils du pays. Mais doit-on s’étonner de la réaction de M. Ouattara ? Bien sûr que non pour ceux qui connaissent l’homme. Il ne prospère qu’en eau trouble. Alassane Ouattara ne peut pas émerger dans un pays où règnent l’ordre et la paix. Il crée son chemin au moyen de la force brutale.

Boga Sivori      
                                                                                                                           
 Source: Notre Voie N°4580 des samedi 30 novembre & dimanche 1 er décembre 2013




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