Refus de dénoncer les exactions du régime Ouattara: Un chercheur d’Human Rights Watch accuse la France de Hollande

Matt Wells, chercheur à Human Rights Watch, dont la complaisance vis-à-vis du régime Ouattara s’est exprimée de manière choquante lors de nombre de ses sorties, a publié hier une tribune assez surprenante. Tout en continuant de peindre en noir «les années Gbagbo», il accuse l’actuel exécutif français d’être «remarquablement silencieux» sur les graves violations des droits de l’Homme enregistrées en Côte d’Ivoire. Il dénonce la torture, pratiquée par les FRCI à la solde du régime, mais omet tout de même de rappeler le massacre de Nahibly, qui s’est déroulé au sein d’un camp de déplacés de l’ONU, et sur lequel le pouvoir Ouattara refuse catégoriquement de faire la lumière. Dans sa tribune, Matt Wells feint de croire que les «oublis» de la communauté internationale sur les questions relatives aux droits de l’Homme ces dernières années visaient à préserver les minces chances de paix. Alors que la convergence de la justice des vain- queurs administrée par le régime Ouattara et par la Cour pénale internationale (CPI) suggère de manière assez claire qu’il n’a jamais été question, pour les pays occidentaux, que d’instrumentaliser les droits de l’Homme contre Gbagbo et au profit de Ouattara. Y compris à travers des comptes rendus fallacieux… comme ceux d’Human Rights Watch. Nous publions ici, afin que nos lecteurs en jugent, l’intégralité de la tribune de Matt Wells.

Vendredi 8 Février 2013 - 10:03


Refus de dénoncer les exactions du régime Ouattara: Un chercheur d’Human Rights Watch accuse la France de Hollande
"Les mêmes causes produisent les mêmes effets." Ces derniers mois, j'ai entendu des avocats ivoiriens, chauffeurs de taxi et représentants de la société civile employer cette expression pour décrire les perspectives incertaines de réconciliation en Côte d'Ivoire tant que le gouvernement Ouattara n'instaurera pas une justice impar - tiale et ne mettra pas fin aux abus des forces de sécurité. Mais cette phrase s'applique tout aussi bien à la France, partenaire clé de la Côte d'Ivoire, qui n'a pas publiquement fait de la question des droits humains une priorité dans sa rela - tion diplomatique avec Abidjan. À l'issue de la crise postélectorale de 2010-2011, l'économie ivoirienne a redémarré et les infrastructures ont été reconstruites. Alassane Ouattara, en éminent économiste, a privilégié la bonne gouvernance et l'attraction d'investissements, le regard bien sûr tourné vers la France. Mais cette stabilité en Côte d'Ivoire reste fragile, parce que le gouvernement ne s'est pas attaqué aux causes profondes des violences, notamment le conflit foncier, l'omniprésence d'armes légères et surtout la culture de l'impunité parmi les forces armées. Alors que la justice progresse contre le camp de l'ancien président Laurent Gbagbo, les autorités ivoiriennes n'ont tou - jours pas arrêté ni inculpé un seul membre des forces pro-Ouattara qui ont, elles aussi, commis des crimes graves.

La voix du gouvernement Hollande reste remarquablement silencieuse Après une inquiétante vague d'at - taques contre des installations militaires en août 2012, des soldats ont arbitrairement arrêté des centaines de jeunes hommes issus de groupes ethniques perçus comme pro-Gbagbo et soumis beaucoup d'entre eux à des traitements inhumains, voire à la torture. Un jeune homme que j'ai interrogé avait été arrêté, battu et obligé de payer une somme exorbitante pour sa libéra - tion, sans preuve. Il décrit le danger de ces abus: "Si quelqu'un me demande demain de prendre une arme et de combattre les FRCI [l'ar - mée], je ne sais pas ce que je dirai. Lorsque des personnes ont été dépouillées de tout, lorsqu'il ne leur reste que la haine... nous sommes bien loin de la réconciliation." Des diplomates et de hauts représentants des Nations Unies, ainsi que des organisations nationales et internationales de défense des droits humains, ont exprimé leurs préoccupations quant à cette situation. Mais une voix est restée remarquablement silencieuse : celle du gouvernement Hollande. Vu son investissement diplomatique et financier en Côte d'Ivoire, la France a une responsabilité unique dans la promotion des droits humains, d'autant que les orientations de l'UE pour lutter contre la torture donnent pour objectif à l'Union et à ses États membres "d'amener les pays tiers à prendre des mesures efficaces contre la torture et les mauvais traitements", notamment par des déclarations publiques.

La fin du paternalisme français ? Pourtant, les responsables français ont rarement parlé de justice et des exactions récurrentes dans leurs déclarations, et lorsqu'ils l'ont fait, c'était timidement et quasiment sur un ton d'excuse. Si lors d'entretiens à huis clos, les diplomates français ont pu transmettre des messages plus forts, force est de constater que la diplomatie discrète est insuffisante pour inciter à l'action. Exemple d'une triste occasion manquée: au terme de la réunion du 4 décembre entre François Hollande et Alassane Ouattara, le communiqué n'a fait aucune mention des droits humains. Pourtant, la réunion a eu lieu trois jours après que le sous-secrétaire général de l'ONU pour les droits humains a dénoncé les arrestations arbitraires et la torture perpétrées par l'armée ivorienne, précisant qu'il avait personnellement interrogé des victimes de torture. Hollande a promis de mettre fin au paternalisme de la "Françafrique", mais l'Élysée a prétexté de cette initiative louable pour ne pas parler des questions de droits humains en Côte d'Ivoire. Assumer ses responsabilités conformément aux orientations de l'UE ou discuter ouverte - ment avec le gouvernement ivoirien des abus qui creusent des divisions dangereuses dans le pays n'a rien de paternaliste, en particulier lorsque la France fournit une aide considérable pour réformer les sec - teurs de la justice et de la sécurité.

Les dirigeants impliqués dans des crimes de guerre restent en fonction La réticence de François Hollande à aborder la question des droits humains avec le gouvernement ivoirien s'inscrit dans la continuité des années Chirac et Sarkozy, et non dans la rupture. Après le conflit de 2002-2003, les partenaires internationaux de la Côte d'Ivoire sont restés silencieux face à l'absence de justice, croyant à tort que cela favoriserait la paix. En 2004, une commission d'enquête internationale a produit un rapport accablant sur les atrocités perpétrées pendant le conflit, dont une annexe citant 95 personnes impliquées dans des crimes graves. Le Conseil de sécurité, France en tête, a enterré ce rapport qui n'a toujours pas été publié. Jusqu'aux élections de novembre 2010, aucune enquête crédible n'a été menée sur les crimes liés au conflit de 2002-2003. Les dirigeants militaires et politiques des deux camps impliqués dans des crimes de guerre ont conservé des fonctions de commandement et lorsque la crise postélectorale a éclaté, les atrocités ont été répétées à plus grande échelle. Le nouveau rapport de Human Rights Watch sur les récents abus implique, une fois encore, certains des mêmes commandants. Avec des tensions toujours vives et une impunité ancrée, les causes de la violence à grande échelle perdurent. Il incombe au gouvernement ivoirien de résoudre ces problèmes, mais la France peut soit utiliser son lien privilégié pour aider la Côte d'Ivoire à rompre avec le dangereux héritage des années Gbagbo, soit continuer à fournir au gouvernement une couverture alors qu'il se refuse à prendre des mesures contre ces commandants, quelle que soit la nature ou l'envergure des crimes dans lesquels ils sont impliqués. Les possibles conséquences du deuxième choix ont déjà été observées. En 2013, la France doit publiquement inciter le gouvernement ivoi - rien à faire des droits humains, et notamment la fin de l'impunité pour ses forces armées, une priorité.

Matt Wells, chercheur à Human Rights Watch

Source: Le Nouveau Courrier du N°720 du Jeudi 07 Février 2013




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