Refus de Transferement de Simone Gbagbo à la CPI/ L'excuse est bien faible!

Samedi 21 Septembre 2013 - 04:30


Refus de Transferement de Simone Gbagbo à la CPI/ L'excuse est bien faible!

Le scoop de ce vendredi 20 septembre 2013 est que le gouvernement d’Alassane Dramane Ouattara a décidé, au sortir d’un conseil de ministres extraordinaire, de sursoir à la demande d’extradition par la Cour pénale internationale de Mme Ehivet Simone Gbagbo, Députée d’Abobo, 2e vice-président du Front Populaire Ivoirien (FPI), épouse du Président Laurent Gbagbo incarcéré à la Haye depuis le 29 novembre 2011 pour crimes allégués contre l’humanité. L’excuse qui veut justifier cette décision du gouvernement génocidaire d’Abidjan est que depuis la déportation du Président Gbagbo à la CPI, l’appareil judiciaire ivoirien, qui, du fait de la guerre postélectorale, se trouvait en désarroi, s’est reconstitué, et peut donc désormais juger Mme Gbagbo et les dizaines de milliers de prisonniers politiques qui croupissent dans les geôles de la dictature ouattariste : « A l’époque du transfèrement du président Gbagbo, nous avions dû prendre une décision dans l’urgence. Notre justice était pratiquement en déshérence. Les tribunaux étaient détruits, les juges en cavale ou introuvables. Il n’y avait pas de justice. Même la sécurité de M. Gbagbo n’était pas assurée … Mais aujourd’hui, la justice est en marche. Rien ne justifie le transfèrement à La Haye de Madame Gbagbo », tentait d’expliquer Koné Bruno.

La justice n’est pas moins en « déshérence » qu’en novembre 2011

L’excuse est bien faible et ne peut, à la rigueur, que convaincre la moutonnerie dévote qui s’est habituée à déceler dans tous les embrouillements des génocidaires les signes d’une virtuosité. La justice n’était pas moins en « déshérence » alors que des hommes politiques de renom, tels le Premier Ministre Aké Ngbo, le Président du FPI Affi Nguessan, le premier vice-président du FPI Abou Drahamane Sangaré, et la deuxième vice-présidente du FPI Simone Gbagbo, croupissaient dans les geôles de Ouattara dans l’attente de procès promis mais jamais exécutés. En outre, comment le gouvernement Ouattara peut-il continuer de parler d’une justice équitable en Côte d’Ivoire lorsque tous les observateurs sérieux, dont Amnesty International, Human Rights Watch, s’accordent à dénoncer une « justice des vainqueurs » appliquée à travers le prisme partisan, religieux et ethnique, qui encourage l’expropriation, les tortures et les tueries et récompense l’impunité et la sénescence morale ? A ce jour, aucun des acteurs directement responsables des mutilations, des viols, et du carnage de milliers d’Ivoiriens de Bouaké à Nahibly, en passant par Duékoué et Anokoua Kouté, n’a été inquiété par le régime en place ; au contraire, Ouattara a ouvertement récompensé ses lieutenants de basses besognes en les nommant à des postes de hautes responsabilités ou en instrumentalisant leur élection par des processus biaisés et antidémocratiques. Ainsi,  Soro Guillaume, le concepteur des tueries de 2002 est-il fait Président de l’Assemblée nationale ; Tuo Fozié, Ben Laden et Massemba, chefs de guerre impitoyables, sont-ils nommés préfets de régions, etc.

D’évidence, la justice ivoirienne n’est pas mieux lotie maintenant qu’elle ne l’était le 29 novembre 2011, et elle n’est pas plus adaptée aujourd’hui à juger les prisonniers politiques ivoiriens qu’elle ne l’était au moment où Ouattara faisait mains et pieds pour que le Président Gbagbo fût déporté à la Haye. Pourquoi donc cet empressement à déporter le Président Gbagbo et ce manque soudain d’alacrité et d’enthousiasme de la part des génocidaires à voir la vraie Première dame de Côte d’Ivoire en route pour la Haye, surtout à un moment où les Ivoiriens excédés semblent dire à Ouattara, « vas-y, déporte Mme Gbagbo et tous ceux qui sont sous mandat d’arrêt de la CPI ! » ?

Dramane Ouattara a le mérite d’avoir commencé le démantèlement de la CPI

Alassane Dramane Ouattara a le don de la destruction ; l’affirmer est une évidence logique. A la minute où le Président Houphouët offrit à Ouattara un passeport diplomatique ivoirien pour le soustraire du courroux de son président, Thomas Sankara, de qui il avait refusé un poste de ministre de l’économie et des finances, préférant son poste plus juteux et plus sécurisé de représentant de la Haute Volta à la BCEAO, Ouattara s’était résolument attelé à la destruction, non seulement de la vie privée de son bienfaiteur, mais aussi du pays de celui-ci. Aujourd’hui violée,  décousue, endeuillée, exilée, colonisée, la Côte d’Ivoire a bien fait les frais des desseins séditieux de Dramane Ouattara. La Côte d’Ivoire, dont le miracle économique avait alimenté les colonnes de bulletins internationaux, et qui, en compagnie du Japon, s’était lancée à la conquête du monde—nous nous souvenons encore de notre sujet de géographie au baccalauréat, qui était de comparer le miracle ivoirien au miracle japonais—se retrouve aujourd’hui à la traine des pays africains (46e sur 52 pays) du fait des violentes secousses guerrières que ne cesse de lui infliger Ouattara depuis 1999. S’il y a, cependant, une chose dont Dramane Ouattara peut vraiment être fier dans son élan nuisible et dévastateur, c’est le démantèlement entamé de la Cour pénale internationale, cet épouvantail que brandissent les Occidentaux pour faire chanter les Africains inflexibles.

Croyant avoir trouvé le moyen rêvé de se débarrasser du Président Gbagbo afin d’asseoir paisiblement son règne illégitime, Dramane Ouattara s’est empressé de faire déporter le Président Gbagbo à la Haye, puis de verser au dossier de ses patrons de la CPI contenant les charges contre le Président Gbagbo des témoignages farfelus, des déclarations biscornues et des preuves fantaisistes concoctés par les alchimistes du RHDP, qui s’en étaient allés même jusqu’au Kenya récolter des vidéos d’horreur à attribuer au Président Gbagbo. Et lorsque les séances de confirmation/infirmation des charges de février 2013 furent enfin entamées, et que la poudre-aux-yeux de Dramane se fut enfin tassée, de « preuves irréfutables », l’on ne retint rien d’autre que la gêne, les démangeaisons, les bougeottes, et les subites quintes de toux de l’accusation tentant de faire diversion et d’étouffer le réquisitoire de la défense qui pourfendait les « preuves » mensongères de Dramane Ouattara et de ses maîtres.

Obama, Sarkozy, Ban-Ki Moon et Ocampo avait tout mis en œuvre pour que Dramane Ouattara raffermisse son règne illégitime. Trouver des preuves un tant soit peu crédibles était tout ce qu’il lui était demandé. Au lieu de cela, Ouattara avait fini par détruire totalement aux yeux du monde la crédibilité déjà vacillante de la CPI et avait commencé le processus de démantèlement de ce tribunal de plantation avec le retrait contagieux du Kenya. Dans ces circonstances, avec la honte à peine digérée du premier faux procès, celui du Président Gbagbo, il n’était plus question que la CPI et les maîtres de Dramane s’affublent d’une autre mascarade, d’un deuxième déshonneur, d’un autre faux procès, qui viendrait ternir outre mesure leur cape de justicier déjà bien souillée. Aussi, Dramane Ouattara, l’enfant choisi d’antan, le messie d’hier, l’ami de tous les saints et de tous les grands de l’extérieur devint-il soudain infréquentable et innommable, sinon que pour se faire sommer de libérer les milliers de prisonniers politiques dont grouillent ses cachots. Affi Nguessan, qui avec d’autres leaders du RDR, recouvrait la liberté après deux ans d’incarcération dans les goulags du Nord, savait de quoi il parlait lorsqu’il affirmait que sa libération ne lui venait pas du régime mais d’une autre instance, des efforts des Ivoiriens de Côte d’Ivoire et de la Diaspora dénonçant le travestissement des maîtres de Dramane. Et ce n’est pas une coïncidence si l’annonce du « refus » du pouvoir de ne pas transférer la Première Dame ivoirienne à la CPI s’accompagne de l’annonce de la libération de 3000 prisonniers. Ah, que les prisons de Dramane fourmillent de monde ! En deux ans, Dramane le vassal de la « Communauté internationale » a réussi la difficile prouesse de détruire la Côte d’Ivoire, la « réputation » de la CPI et la confiance que les souverains occidentaux placent en leurs concierges noirs.

Mme Gbagbo n’ira pas à la CPI. Qu’en est-il de Soro et des chefs de guerre ?

Au sein de la moutonnerie partisane, d’aucuns se délectent déjà de ce que l’injonction faite à Ouattara par ses maîtres de libérer les prisons ivoiriennes et de surseoir à la requête de transférer la Première Dame de Côte d’Ivoire à la CPI impliquerait que, par ricochet, les chefs de guerre visés par des chefs d’accusation du Tribunal international seraient automatiquement épargnés de toute poursuite internationale. Peut-être ont-ils raison de jubiler ; car si la CPI consent que la Côte d’Ivoire est apte à juger Mme Gbagbo, pourquoi ne consentirait-elle pas, pour rester dans sa logique, que la Côte d’Ivoire détient aussi les instruments judiciaires adéquats pour juger les chefs de guerre à Abidjan. Ce raisonnement aurait tenu si les crimes contre l’humanité allégués à Soro et à sa clique bénéficiaient de la même contingence que les allégations contre la Première Dame. Seulement voilà : le document contenant les charges contre le Président Gbagbo est vide. Les séances de confirmation des charges n’ont causé qu’embarras et gênes à la CPI. D’évidence, les charges contre Mme Gbagbo, que même les alchimistes du RDR reconnaissent moins marquées que celles brandies contre le Président Gbagbo, ne résisteraient pas au test de la réfutation. Le Président Gbagbo a embarrassé la CPI ; Mme Gbagbo signerait la fin de ce truc burlesque qu’est la CPI si un procès contre elle s’y tenait. C’est pourquoi Madame Gbagbo n’ira pas à la CPI. Il n’est pas question de ridiculiser outre mesure les souverains de Dramane Ouattara.

 Par contre, pour ce qui est de Soro et de ses chefs de guerre, le doute sur la véracité de l’évidence ne leur serait pas aussi favorable qu’il le fut au Président Gbagbo et l’aurait été à la Première Dame, fût-elle jugée sur les planches de ce théâtre de l’absurde. Les preuves de la sauvagerie assassine de la bande à Soro pullulent comme les grains de sable sur la plage. Les témoignages des victimes sont pléthoriques ; les attestations filmées et audio sont surabondantes ; et les aveux filmés des chefs de guerre, qui dans leur euphorie n’ont jamais pensé que les choses reviendraient à la normale, sont nombreux. En dépit de tout cela, le gouvernement des génocidaires n’a jamais éprouvé le besoin d’interpeller ses tueurs. Au contraire, Dramane Ouattara les a tout simplement récompensés par des promotions insolemment irrationnelles ; prouvant par-là même, que contrairement aux contorsions du régime génocidaire, qu’il n’y a pas de justice en Côte d’Ivoire aujourd’hui, et donc pas de mécanisme crédible qui jugerait ceux qui ont commis l’un des plus gros carnages dans l’histoire de l’Afrique. La CPI, cet épouvantail auquel plus personne ne croit, ce croquemitaine contre lequel se mobilisent déjà une trentaine de pays africains, a besoin de se rendre pertinent, de redorer son blason terni, de dire qu’il compte encore dans l’imaginaire mondial. Pour ce faire, la CPI a besoin d’un procès qu’elle peut remporter, un procès dont les preuves contre les accusés sont inébranlables. Pour montrer qu’elle est pertinente, quelles preuves plus irréfutables la CPI peut-elle encore présenter à ses détracteurs que celles d’un Soro, d’un Wattao, d’un Fofié Kouakou ou d’un Koné Zakaria ordonnant aux dozos de violer, voler et tuer au nom d’Alassane Ouattara ? Mme Gbagbo n’ira pas à la CPI ; l’on ne peut pas en dire autant de la bande à Soro. C’est leur CPI, qu’ils la rendent crédible, au prix de s’y rendre en sifflotant.
 

Martial Frindéthié


Source: http://frindethie.wordpress.com/2013/09/21/lexcuse-est-bien-faible-martial-frindethie/


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