Réconciliation, sa carrière musical, son exil: Aïcha Koné sans détours

De passage à Paris, où elle sera en concert ce samedi 25 janvier 2014, la Diva Aïcha Koné a accepté de se confier au Nouveau Courrier, loin de sa terre natale. En exil à Conakry comme la célèbre Miriam Makeba à qui Aïcha Koné s’identifiait par moment, elle a mal à la Côte d’Ivoire qui peine à se ressouder, à se réconcilier. Aujourd’hui, celle qui totalise 35 ans de carrière musicale, pense que le temps de la réconciliation sincère est arrivé. Une réconciliation qui «passe par la libération de tous les prisonniers, en premier, Laurent Gbagbo». Entre émotions et lueur d’espoir, la Diva se prononce, s’explique et propose…

Dimanche 26 Janvier 2014 - 13:37



Bonjour la Diva. Trois ans que vous êtes en exil. Quand vous repensez à ces trois années loin de la Côte d’Ivoire, votre terre natale, comment vous vivez cela ?

Je peux dire, avec beaucoup de regret, que ça devrait arriver ce que nous avons vécu comme situation de crise. C’était notre destin de traverser ces moments difficiles. Je parle bien sûr de la Côte d’Ivoire. J’espère que Dieu aura de la compassion et les fils du pays se retrouveront un jour comme par le passé.

Aïcha Koné envisage-t-elle un retour immédiat dans son pays ?

 Pas immédiatement, parce qu’il m’arrive parfois d’être habitée par ces tristes souvenirs que j’ai vécus. Mais, un jour ou l’autre je vais retourner au pays. Pour le moment, je préférerais faire des navettes entre Conakry et Abidjan.

Miriam Makeba et Aïcha Koné ont toutes deux connu l’exil en Guinée… similitude de destins ?

C’est quelque part le destin qui nous a réservé ces trajectoires presque similaires Miriam Makeba et moi. Mais au- delà de ça, c’était écrit dans notre destin qu’on devrait passer par cette épreuve, aussi bien nous personnellement que le pays. Cette crise, ces incompréhensions, la guerre…, tout ça faisait partie du destin de la Côte d’Ivoire et c’était écrit qu’on devrait traverser ces moments. Il faut l’assumer et espérer maintenant des lendemains meilleurs.

Aïcha Koné a-t-elle été approchée par Abidjan pour son retour définitif en Côte d’Ivoire ?

On en a murmuré, c’est tout. Mais je vous le dis, même si des démarches officielles avaient été menées pour mon retour, je ne serai pas prête à rentrer. Vu ce que j’ai vu et vécu. C’était trop triste. Je  ne suis pas prête. Je ne sais pas comment vous le dire, mais je ne suis pas prête (répète-t-elle, la voix larmoyante et la tête baissée).

Pourtant, on vous annonce à Abidjan pour le mois de mars.

Oui c’est possible que je vienne. Je suis invitée…

Alors, c’est le retour définitif ?

 Non, non. Je ne suis pas prête.

Quelles propositions de sortie définitive de crise, en tant qu’artiste éveilleur de conscience, Aïcha peut-elle donner aux Ivoiriens ?

 Il nous faut prendre l’exemple de l’Afrique du Sud avec Nelson Mandela. Il faut pardonner, nous pardonner les uns les uns pour avoir une véritable paix. Parce que tant que nous ne serons pas sincères avec nous-mêmes, on ne pourra pas l’être avec notre prochain. Et on tournera en rond sans avancer. Le plus important, c’est de faire cette réconciliation dans la sincérité.

Qu’entendez-vous par réconciliation dans la sincérité ?

 Il faut poser des actes concrets. Libérer les prisonniers politiques. Mais je crois que le problème fondamental, c’est la libération de Gbagbo (la gorge quasiment nouée). Parce que c’est lui l’élément clé à la réconciliation en Côte d’Ivoire. Quand les Ivoiriens le verront en dehors de la prison, quelque part il y aura un soulagement et les choses se décanteront d’elles-mêmes. Il ne faut pas qu’on se voile la face sur ce sujet (d’un ton ferme).
 
Pour vous donc, la libération de Gbagbo est un élément clé du processus de réconciliation…

Sa libération va décanter beaucoup de choses. Les vrais protagonistes mêmes le savent. Si on doit s’asseoir à une table pour parler, il faut que les vrais interlocuteurs soient là. Et Laurent Gbagbo en l’occurrence ! Parce que nous autres, nous ne sommes que le corps du serpent. Un serpent, une fois que tu lui enlèves la tête, le reste de son corps ne devient qu’une simple corde. Donc, il faut qu’on ramène notre tête qui est Laurent Gbagbo. Vous savez, il suffit que Laurent Gbagbo sorte de prison et qu’il dise «ça, c’était notre destin. Tournons la page». Ça ne sera pas facile, mais on aura fait des pas de géants vers l’avant.

Envisagez-vous un nouvel album ?

Oh, depuis mon retrait de la Côte d’Ivoire j’en ai fait. Mais, c’est parce que du point de vue promotion, on ne s’est pas intéressé à la Côte d’Ivoire. Vous le savez, mes clips étaient censurés à la RTI (la télévision nationale). Et donc, je me disais que même si je faisais des œuvres j’étais censurée par les médias publics de mon pays. La promotion de cette œuvre pour la destination Côte d’Ivoire ne faisait plus partie de mon programme. Mais maintenant, je crois que les choses commencent à revenir à la normale. On m’appelle souvent pour me dire que mes clips commencent à passer sur les chaînes publiques. J’ose espérer que ça va se décanter douce- ment.

Des dates de tournées en vue ?

 Oui. Après la France, je serai en Guinée- Bissau, puis au Sénégal. En mars, je serai en Côte d’Ivoire, et en avril je repars pour le Togo et le Bénin.


Par Réalisée par Frank Toti

Source: Le Nouveau Courrier N° 983 Du Samedi 25 au Dimanche 26 Janvier 2014




Tags : Aïcha Koné

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