Réconciliation, gouvernance, sécurité…Les Ivoiriens disent leurs vérités au régime Ouattara

A la faveur d’un test auquel a voulu se soumettre le ministre de l’Intérieur sur les réseaux sociaux, Hamed Bakayoko s’est rendu compte que les Ivoiriens ne sont pas satisfaits de Ouattara et son gouvernement et ils jugent d’ailleurs sévèrement leur gouvernance.

Dimanche 6 Avril 2014 - 06:58


Hamed Bakayoko, Ministre de l'Intérieur
Hamed Bakayoko, Ministre de l'Intérieur
Le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité d’Alassane Ouattara est-il en manque d’inspiration dans la direction de son portefeuille ? En tout cas, il a soumis hier les internautes à un exer- cice des plus étonnants sur sa page facebook. «Bonjour à tous. Ce matin, je voudrais vous proposer un petit exercice. Que feriez-vous si vous étiez un des ministres du gouvernement de notre beau pays la Côte d'ivoire ?», interroge-t-il. Il fallait s’y attendre : beaucoup d’Ivoiriens ont commenté ce post du sécurocrate d’Alassane Ouattara à qui il tenait à exprimer les réalités quotidiennes du peuple ivoirien, nettement en déphasage ave le monde de rêve dans lequel s’est enfermé le gouvernement. Certains internautes ont montré des signes d’irritation. «Tu es ministre sans attributions ou quoi ?», s’indigne à son tour un internaute du nom d’Adama Segora. Mais ceux qui ont souhaité s'exprimer l’ont fait sans complaisance. Ils ont pointé du doigt l’inefficacité du système de santé, une école peu performante qui a besoin d’être réformée, l’insécurité fulgurante, le chômage qui va crescendo, la corruption… mais ont surtout invité le pouvoir à faire de la réconciliation nationale une priorité. Après avoir blâmé la gouvernance de l’ancien directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI), beaucoup de ces commentateurs ont réclamé la démission de plusieurs membres du gouvernement. Tour d’horizon de ces réactions.  

Réconciliation : la priorité

« Si j'étais le premier ministre, j'allais chercher à réconcilier les Ivoiriens. Si cela est fait, monsieur le ministre, la Côte d'Ivoire n'aura aucune difficulté pour assurer son développement et la paix [va] être durable. S’il vous plait, cherchez réellement à réconcilier les Ivoiriens, dans l'intérêt de tous», plaide l’internaute Béranger Adé Zehimand. « Ne faites pas fi des vrais problèmes des Ivoiriens. Réconciliez-nous. Réconciliez-nous ! Tel devrait être votre priorité en arrivant aux affaires. Donnez aussi du travail aux jeunes diplômés de ce pays tout en faisant fi de leurs ethnies. La Côte d'Ivoire en a besoin», insiste-t-il. Pour parvenir à la réconciliation tant souhaitée, certains proposent la libération des prisonniers politiques, le retour des exilés et la fin de la justice des vainqueurs.  «Je ne veux pas être ministre, je veux être un citoyen libre, être ensemble avec tout Ivoirien, du nord au sud et de l'est à l'ouest. Je vous conseille la libération des prisonniers politique, le retour des exilés et le transfèrement de tous les chefs de guerre à la Cpi», soutient Michel Adji Désiré.  

Cherté de la vie, insécurité, chômage : les Ivoiriens s’impatientent

Plusieurs commentateurs ont dénoncé la cherté de la vie contre laquelle aucune solution concrète n’est proposée, l’insécurité, le chômage… Le pou- voir est vivement attendu sur ces questions. L’internaute Sami Poda invite en effet le gouvernement à sortir de l’immobilisme : «En tant que ministre, votre mission c'est de baisser le coût de la vie, tout est hors de prix actuellement et ce sont les ménages qui en souffrent.  Car comme on le dit couramment, "un homme qui a faim n'est pas un homme libre".  Quant à la sécurité, faites en sorte qu’il n’y ait plus d'agression dans les taxis, car c'est un phénomène qui prend de l'ampleur». Il est rejoint par Faby Moreno Assalé. « J’allais plutôt chercher à faire diminuer le coût de la vie, des Ivoiriens souffrent terriblement en silence (…), aussi veiller à mettre fin à  l’insécurité galopante, à l’impunité sans parti pris, afin d’apaiser les cœurs. Avec un peu de sagesse et d’humilité, nous pouvons y arriver.» Une autre intervenant du nom de Marie Justine Kouassi invite Hamed Bakayoko à descendre de son piédestal et à se fondre dans la masse pour comprendre effectivement les difficultés et la misère du peuple ivoirien que le pouvoir est visiblement loin d’imaginer. Son plaidoyer : «Oui, notre pays est beau, comme vous l'avez si bien signifié et nous aimons la Côte d'Ivoire. Puissiez- vous faire en sorte que nous l'aimions davantage ! Certes l'inégalité des richesses a toujours existé. Le fossé entre le riche et le pauvre dans ce pays plein de ressources est tellement profond ! Déguisez, en simple citoyen, empruntez le bus ; faites un tour au marché ; déposer des demandes d'emplois ; entreprenez des démarches pour acquérir ou louer une maison… Rendez- vous à la banque pour une quelconque opération ; dans un hôpital public pour des soins ou pour visiter un malade ; entreprenez des démarches pour la mise en place d'un projet ; ou juste pour bénéficier de vos droits après un licenciement, etc. Vous comprendrez alors, monsieur le ministre, que le gouffre de la misère est immense ! Sans avoir alors à interroger les internautes, vous aurez une idée de nos diligences pour une Côte d'Ivoire plus belle.»

La démission de plusieurs membres du gouvernement exigée

En outre, sous un régime où les scandales de détournements sont légions comme on l’a constaté dans la réhabilitation des universités publiques, où la corruption régente la gestion des affaires publiques avec une explosion inégalée des marchés de gré à gré, des Ivoiriens plaident pour que cessent d’être dilapidés les deniers publics. C’est le cas de Nathalie Kouaty Malgoire : «Que votre conscience vous guide. Pour le bien-être des populations, l'argent de l'État, mettez-le au service des populations (…) Utilisez l'argent de la Côte d'Ivoire pour la Côte d'Ivoire !». Amadou Fofana, lui, s’insurge contre la publicité mensongère qui colle à la peau du régime. «Si j'étais ministre, je veillerais à l'application effective de toutes les décisions prises en conseil des ministres concernant mon département. Les lois qui régissent le fonctionnement de la société doivent être appliquées de façon permanente et sans complaisance». Tirant les conséquences de toutes les dérives dénoncées, les commentateurs ont exigé la démission de plusieurs membres du gouvernement. Notamment le ministre des Transports Gaoussou Touré ; la ministre de la Santé Raymonde Coffie-Goudou, surtout à cause la mort dans des conditions troublantes au CHU  de Cocody du mannequin Awa Fadiga. Figurent également sur cette liste les ministres de l’Environnement Remi Allah Kouadio, de la Communication Affoussiata Bamba-Lamine, Alain Lobognon (pour son immobilisme au niveau du porte- feuille de la jeunesse)… et même de Daniel Kablan Duncan. «Cette soi- disant croissance à deux chiffres tant chantée devrait normalement être perceptible par chaque Ivoirien. Il faut cesser de gonfler les résultats avec la construction des ponts et échangeurs pour dire que la croissance est à deux chiffres», peste Beranger Adé Zehimand.

Par Anderson Diédri


Source: Le Nouveau Courrier N° 998 Du vendredi 04 Avril 2014





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