Recensement général de la population: Le régime Ouattara tente un passage en force

Le parti créé par Laurent Gbagbo a dit ne pas être concerné par un recense- ment général de la population visant à satisfaire les intérêts du régime Ouattara.

Vendredi 14 Mars 2014 - 08:13


Albert Mabri Toikeusse, ministre du Plan et du Développent
Albert Mabri Toikeusse, ministre du Plan et du Développent
A en croire le ministre du Plan et du Développement, le quatrième recensement général de la population et de l’habitat (Rgph-2014) débutera le 17 mars prochain sur toute l’étendue du territoire national.  L’information a été relayée, hier, par la presse proche du pouvoir. Albert Mabri Toikeusse et ses collaborateurs sont en pleine campagne de communication pour faire admettre aux décideurs et aux populations la nécessité et l’urgence de l’opération dont ils estiment le coût à 12 milliards Fcfa et qui sera financée par l’Etat de Côte d’Ivoire (60%) et  les bailleurs de fonds (40%). Le recensement, selon ses initiateurs, «fournira des informations fiables sur la structure et la dynamique de la population ivoirienne ; il mettra à jour la base de données géo-référencée permettant de localiser avec précision les populations, les infrastructures dans les 108 départements et 509 sous-préfectures totalisant plus de 10.000 villages et 40.000 campements». Cependant, ce que le ministre du Plan et ses hommes ne disent pas, c’est que la principale caractéristique de ce 4ème recensement, annoncé dans un contexte de crise, est qu’il se fera sans l’onction et la participation de principaux acteurs sociopolitiques et d’une bonne partie de la population ivoirienne. Au premier plan de ces acteurs essentiels qui ont ouvertement déclaré leur opposition à l’opération figure le Fpi. Dans une déclaration rendue publique le 27 décembre dernier, le parti créé par Laurent Gbagbo a vertement dénoncé le recensement que projette le régime Ouattara. Les griefs de l’ex-parti au pouvoir portent aussi bien sur l’opportunité, le contexte et les contours financiers de l’opération. «Le Parti tient cependant à faire remarquer que ce projet est inopportun et illégitime, en raison notamment du contexte d’insécurité et de désordre que l’on constate sur l’ensemble du territoire national et qui ne permettent pas de conduire sérieusement une opération aussi délicate que stratégique», mentionne la déclaration. Le disant, le Fpi n’a rien in- venté. S’agissant du contexte, le monde entier sait que, de- puis l’attaque rebelle de sep- tembre 2002, la Côte d’Ivoire est plongée dans une grave crise armée dont le point d’orgue aura été la guerre postélectorale de 2011. Cette guerre née du refus du candidat Alassane Ouattara d’accepter la vic- toire de Laurent Gbagbo, proclamé vainqueur de l’élection présidentielle de 2010, s’est soldée officiellement par 3000 morts. La guerre a également fait plusieurs centaines de milliers d’exilés et de déplacés in- ternes parmi les partisans du président Laurent Gbagbo. Sans compter que des centaines d’Ivoiriens soupçon- nés d’être des partisans de l’ex-chef de l’Etat croupissent dans les geôles du régime Ouattara au nom de la justice des vainqueurs. Comment peut-on, dans ces conditions, faire un Rgph qui, de l’avis des experts, est «une photographie de la population, ayant pour objec- tifs la collecte systématique, l’analyse, la publication et la diffusion de données démo- graphiques, économiques, sociales et culturelles se rapportant aux habitants d’un pays à un moment donné». Dans une zone comme l’ouest du pays où les étrangers occupent les terres des autochtones contraints à l‘exil, quelles données fiables peut-on recueillir ? La posi- tion du Fpi est d’autant plus justifiée que les données du Rgph permettent de définir et de planifier les politiques de développement. L’insécurité entretenue par les milices du régime constitue un obstacle majeur sur le chemin de ce recensement unilatéral que projette le ré- gime. «L’insécurité généralisée, la crise de confiance et la traque orchestrée contre les pro-Gbagbo se poursuivent. Il n’est donc pas rare que cette catégorie de citoyens ostracisés fuit l’Administration, notamment l’Administration judiciaire et les services chargés de la Sécurité intérieure. Ceux qui ne les fuient pas observent à leur égard une attitude de méfiance. Ces populations traquées en permanence auront-elles une interprétation objective de l’opération de recensement ?», s’interroge le Fpi.  L’ex-parti au pouvoir perçoit dans ce recensement précipité une manœuvre pour détourner les deniers publics de l’Etat et un prolongement de la politique de rattrapage ethnique. «Le Fpi marque son opposition à ce projet dont les conditions de réussite sont loin d’être réunies. Le Fpi considère cette opération de dénombrement comme une occasion de gaspillage ou de détournement de deniers publics devant permettre au Rdr de rétribuer allègrement ses partisans pour autant que ces derniers seront les seuls à être recrutés, au nom précisément de la politique de rattrapage à l’œuvre dans le pays», souligne la déclaration. A la lumière de cette position du Fpi, principal parti d’opposition, les bailleurs de fonds sollicités par l’Etat pour la réalisation du Rgph peuvent être certains qu’une partie de la population ivoirienne ne se sentira pas concernée par l’opération.

Jean Khalil Sella

Source: Notre Voie  N°4665 du jeudi 13 mars 2014




Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !