Réaménagement du gouvernement / Ouattara navigue à vue, 3 ans après…

Derrière ce qui apparaît comme un réaménagement technique du gouvernement, là où les Ivoiriens s’attendaient à un vaste mouvement de chaises dont les bruits se faisaient sourds, se cachent des intrigues de cour du camp Ouattara au sein duquel des clans se livrent bataille pour le contrôle des caisses de l’Etat. Révélations.

Jeudi 21 Novembre 2013 - 13:53


Le chef de l’Etat, Alassane Ouattara a procédé, ce mardi 19 novembre 2013, à un réaménagement du gou - vernement en place depuis novembre 2012. Le bruit de remaniement ministériel qui courait ces derniers jours traduit ainsi un acte qui met à nu les contradictions déjà trop visibles de Ouattara en matière de gestion des affaires de l’Etat. Et qui renforce dans l’esprit des Ivoiriens l’idée que le bénéficiaire du 11 avril navigue à vue, - avec lui son premier ministre Daniel Kablan Duncan, - depuis qu’il est aux commandes de l’Etat. Le décret lu par le ministre d’Etat, Secrétaire général de la présidence, Amadou Gon Coulibaly, et dont Le Nouveau Courrier a obtenu copie, fait état d’une scission du ministère de l’Economie et des Finances en deux entités autonomes chapeautées par le premier ministre Daniel Kablan Duncan. Si Mme Kaba Nialé conserve le poste de ministre en charge de l’Economie et des Finances qu’elle occupe depuis un an, celui qui était jusque-là son directeur de cabinet, Abdourahmane Cissé, la rejoint dans l’équipe gouvernementale en qualité de ministre auprès du Premier ministre, chargé du Budget. Suite à ce morcellement du département ministériel, Daniel Kablan Duncan qui  ne lâche pas prise devient ainsi Premier ministre, ministre de l’Economie, des Finances et du Budget. Avec un tel titre ronflant, des observateurs se demandent d’ailleurs pourquoi il ne conserve pas la totalité du portefeuille plutôt que d’avoir à le partager désormais avec deux membres du gouvernement.  
Des pratiques mafieuses à l’origine Avec cette scission du ministère qu’elle dirigeait en tant que ministre opérationnel, selon l’expression de Kablan Duncan lui-même, on peut dire que Kaba Nialé qui a souvent été félicitée publiquement par le chef du gouvernement pour la qualité du travail abattu qui est ainsi mal récompensée. Entre autres actions évoquées par le premier ministre à plusieurs rencontres officielles, notamment en présence de Michel Lazare, sous-directeur du département Afrique du Fmi, qui conduit régulièrement des missions en Côte d’Ivoire, on peut citer l’audit de la dette intérieure diligenté par les soins du ministère en charge de l’Economie et des Finances. Une opération qui a permis de déterminer les montants à payer aux fournisseurs nettement en dessous des chiffres colossaux qui étaient avancés jusque-là. Son rôle dans la réalisation du taux de croissance de 9,8% en 2013 a souvent été souligné également, sans compter les actions menées en vue de réduire considérablement l’enveloppe des missions à l’extérieur qui a été réduit de plus de 10 à  6 milliards de Fcfa environ. Quoiqu’il puisse trouver comme raison pour justifier sa décision, des économistes qui se confiés à nous estiment qu’il est ainsi maladroit de sectionner un ministère qui souffre déjà de la trop grande présence d’un premier ministre qui n’hésite pas à mettre en avant sa casquette de ministre de l’Economie et des Finances pour faire ombrage à sa collaboratrice. Cela fait donc désordre et on se demande pourquoi Ouattara a pu cautionner une telle action. La vérité, insistent nos sources, c’est que Kaba Nialé s’est attiré des inimitiés au sein de l’appareil d’Etat, notamment des cercles RDR conduits par le secrétaire général de la présidence, Amadou Gon, pour avoir pris des mesures vigoureuses en vue d’empêcher les dépenses «inutiles».  «Elle a décidé de verrouiller beaucoup de circuits. Par exemple, concernant les voyages à l’étranger, très souvent elle ramenait les missions à 20 millions de Fcfa des missions qui auraient coûté plus de 40 millions de Fcfa si elle n’exerçait pas ce droit de regard. Les listes de 40 personnes et plus retenues pour des missions étaient ramenées à 25 ou 30 personnes tout au plus», confie une source.
L’influence d’Amadou Gon Coulibaly Alors qu’il a toujours prôné la transparence dans la gestion des affaires de l’Etat, des sources au cœur de l’appareil d’Etat soutiennent que Ouattara s’est laissé manipuler par Amadou Gon Coulibaly, qui lui a toujours préféré «son protégé» Abdourhamane Cissé qui travaillait dans les milieux de la finance aux Etats Unis et qui serait rentré il y a un an pour remplacer Charles Diby Koffi à l’immeuble SCIAM. L’échéance ayant été retardée, il a dû se contenter du poste de directeur de cabinet, après le dégommage de Ahoutou Emmanuel qui a vite été recasé par le premier ministre dont il est aujourd’hui le directeur de cabinet adjoint. Tout doucement donc, Abdourhamane Cissé fait son chemin, avec une escale certainement au dépar - tement du Budget. Avec cette nomination, c’est l’enveloppe destinée au fonctionnement de l’Etat qui s’accroit considérablement. Au lieu de réduire le train de vie de l’Etat en cette période où les Ivoiriens crient famine, c’est le contraire qui leur est ainsi donné de voir. Comprenne qui pourra la logique de Ouattara. Toujours est-il qu’une telle mesure s’apparente à de la mauvaise gouvernance et prouve que Ouattara, qui agit sous influence des cercles restreints qui pullulent autour de lui, ne maîtrise pas grand- chose.

Par Edouard Amichia

Source: Le Nouveau Courrier N° 930 Du Mercredi 20 Novembre 2013




Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !