Rattrapage ethnique: 991 nouveaux Eaux et Forêts Dont plus de 96% originaires du nord

Mercredi 5 Août 2015 - 12:58


Eaux et Forêts : Le décret qui légalise le rattrapage ethnique

«Les neuf cent quatre vingt-onze personnes dont les noms figurent en annexe du présent décret sont nommées à titre exceptionnel dans l’emploi de préposé des Eaux et Forêts ». Le décret N° 2014-893, ainsi stipulé est signé de Monsieur Alassane Ouattara Chef de l’Etat ivoirien. Mais les noms sont ceux de ses partisans, essentiellement du nord et surtout parrainés par des anciens comzones. Les noms de ces chefs de guerre apparaissent clairement sur la liste des nommés agents des Eaux et Forêts par décret. En plus donc d’être un cadeau de noël offert à des supporters, cette intégration à la Fonction Publique est l’affirmation de la politique de rattrapage qui connait un épanouissement impressionnant sous le régime Ouattara depuis son installation en Avril 2011. Pour mériter de figurer sur cette liste, ce qui semble par ailleurs être un gage de succès de l’opération, les heureux élus ont ainsi eu besoin de répondre d’une « filiation » avec un comzone. Le cadeau de fin d’année 2014 offert par Alassane Ouattara à ses partisans est en flagrante opposition avec le statut de la Fonction Publique. Ce décret fait l’impasse sur le caractère national de la Fonction Publique qui stipule, en son article 3, que pour prétendre à la qualité de fonctionnaire il faut « avoir la nationalité ivoirienne » et non être exclusivement du nord de la Côte d’ivoire ni spécifiquement d’une autre région. De plus les prétendants doivent « Remplir les conditions d’âge pour l’accès à la Fonction publique ; Jouir de leurs droits civiques et d’une bonne moralité ; Etre en position régulière au regard des lois sur le recrutement de l’Armée ». Mais qui sont ces 991 nouveaux fonctionnaires des Eaux et Forêts ? La guerre qui a précédé l’arrivée d’Alassane Ouattara à la tête de la Côte d’Ivoire est majoritairement celle des déscolarisés. Nombreux sont ceux qui ont été recrutés pour activités de guerre sans justifier au préalable de formation scolaire. Et avant ce décret, le scandale de l’admission des agents sans formation préalable avait déjà fait grand bruit au ministère en mai 2014. Un groupe de jeunes ivoiriens formés pour exercer leurs emplois au sein du ministère des Eaux et Forêts s’étaient sentis obligés de crier leur douleur sur la place publique après avoir été remplacés par des personnes sans formation. Ces infortunés expliquaient alors : « il est bien de savoir qu’il n’existe pas en Côte d’Ivoire de concours direct d’entrée aux Eaux et Forêts. Un établissement public national du nom de INFPA (Institut National de la Formation Professionnelle Agricole) sous tutelle du ministère de l’Agriculture, organise en collaboration avec le ministère de la Production Animale et des ressources Halieutiques et le ministère des Eaux et Forêts, un concours d’entrée dans ses écoles de formation aux métiers d’Agriculture, de pêche, d’élévage et des eaux et forêts ». Et ce n’est pas une simple formalité en croire ces jeunes délestés de leurs emplois de fonctionnaire : « Tous les admis à ce concours sont pendant une année académique, soumis à une étude générale qui se solde par un examen final où une sélection rigoureuse est faite pour spécialiser les admis en fonction de leur capacité intellectuelle, de leur moyenne et de leur choix ». Il faut donc remplir certaines conditions pour prétendre à une spécialisation telles que les Eaux et Forêts. Mieux « après les Ecoles de formation, les diplômés Eaux et Forêts subissent à l’instar des diplômés infirmiers, un concours d’intégration à la Fonction Publique », Ce qui n’est pas le cas pour ces 991 bien-nés. Eux, ont été généreusement admis dans la fonction publique sans qu’il y ait la preuve de leur capacité à réellement accomplir les tâches pour lesquelles ils sont ainsi appelés. Pendant ce temps, comme le soulignait le groupe de jeunes qui criaient leur déception en 2014 sur la place publique « depuis 2010, l’effectif des diplômés Eaux et Forêts s’est accru pour atteindre, faute de concours d’intégration, le chiffre 987. En effet, pendant que le concours d’intégration pour les Eaux et Forêts était suspendu, l’Etat continuait toujours de former des jeunes ivoiriens. A ceux-là, s’ajoutent les candidats malheureux des concours d’intégration des années antérieures. Soit au total dix (10) promotions allant de 2004 à 2013. » . Alassane Ouattara n’en avait-il pas connaissance ? Le nombre de personnes intégrées par son décret du 29 décembre ne relève pas du hasard. Tout le monde sait comment l’Etat qu’il dirige claironne à toute occasion la bonne santé économique de la Côte d’Ivoire. Il faut donc en en apporter la prouve par l’emploi. Mais le régime triche avec les engagements de cet état pour faire plaisir à ses courtisans. Parce qu’en réalité, en soumettant des candidats à un test d’entrée à la Fonction Publique l’Etat de Côte d’Ivoire qui assume son caractère national s’oblige, dès que se présentent des possibilités, à les employer. Le pouvoir actuel est prisonnier de ses promesses auxquelles il a données le nom de rattrapage et en fait malheureusement payer le prix à la performance de l’administration.
 
Déékos Badaud
Source: Aujourd’hui / N°943

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