Rapports N° 2-2016 du FPI: Détenus Politiques en Côte d'Ivoire. 30 mars 2016. Combien sont-ils ?

Mercredi 6 Avril 2016 - 09:28


INTRODUCTION
 

Le présent Rapport sur la situation des prisonniers politiques en Côte d’Ivoire est le second produit par le Secrétariat National chargé de l’Administration Pénitentiaire et des Prisonniers Politiques du Front Populaire Ivoirien pour l’année 2016.

Ce Rapport aborde le problème central du nombre et de la répartition de ces détenus sur l’ensemble du territoire puis établit une comparaison de ce nombre avec celui des années précédentes (2014 et 2015).

La question récurrente en matière de prisonniers politique reste en effet celle de leur dénombrement sur toute l’étendue du territoire national.


 

I – METHODOLOGIE

 

L’on a procédé à un recensement exhaustif des détenus politiques en mobilisant avec discrétion durant trois mois d’importantes ressources humaines très bien implantées dans le système administratif ivoirien et en faisant le décompte systématique des cas de transfèrement et de libération.

Conformément à une tradition maintenant établie, nous ne publions pas dans cette version ouverte du document les identités des personnes incarcérées pour motifs politiques. Nous avons fait toutefois des exceptions à cette règle lorsqu’il s’est agit de personnalités connues.

Les chiffres fournis par les différentes Associations et organisations politiques ne correspondaient pas aux nôtres.

Certaines Organisations internationales bien implantées en Côte d’Ivoire comme l’ONUCI (Organisation des Nations Unies en Côte d’Ivoire) ont simplement refusé de collaborer avec la société civile pour effectuer ce dénombrement arguant du fait qu’elles ne reconnaissent pas le concept de « prisonnier politique ».

Les prisonniers politiques sont pourtant tous les prisonniers qui sont considérés comme tels par l’Administration ivoirienne elle-même du fait de leurs opinions politiques supposées et dont l’incarcération est liée à des activités politiques avérées ou présumées. Le nom courant qui leur est attribué est celui de « pro-Gbagbo ».

Ces Organisations fournissent pourtant régulièrement des chiffres – souvent bien en deçà de la vérité – suivis de commentaires aux autorités ivoiriennes ainsi qu’à leurs mandants, et entretiennent à grands frais des fonctionnaires internationaux en charge des questions humanitaires et des droits de l’homme.

Il s’agit selon nous d’arguties juridiques. Parce que lorsqu’il est question de porter assistance à des personnes humaines, le Droit Humanitaire International (DHI) impose la partialité.

Leur parti pris politique dans cette affaire est à regretter. Cela ne nous à cependant pas empêcher de mener à bien notre mission.
 

II - DETENUS AU 30 MARS 2016
 

Tableau n°1 : Nombre et répartition des détenus civils et militaires en Côte d'Ivoire au 30 mars 2016

Source : Données d’enquête


 

LIEU DE DETENTION

NOMBRE DE DETENUS MILITAIRES

NOMBRE DE DETENUS CIVILS

TOTAL

1

MACA

31

159

190

2

MAMA

6

1

7

3

KATIOLA

0

7

7

4

DIMBOKRO

1

5

6

5

CAMP PENAL DE BOUAKE

2

4

6

6

BOUNA

0

5

5

7

TOUMODI

3

2

5

8

SEGUELA

2

2

4

9

MAN

2

1

3

10

ECOLE DE GENDARMERIE

2

1

3

11

BOUNDIALI

0

3

3

12

DABOU

0

2

2

 

TOTAL GENERAL

49

192

241


 

  1. COMMENTAIRES
     

On note que la MACA accueille toujours le plus gros contingent de détenus avec 65,97 % de l’ensemble des sujets (soit les deux-tiers).

12,86% de l’ensemble des détenus (241 personnes) sont des détenus militaires de la MACA et 65,97% de l’ensemble des détenus (241 personnes) se présentent comme des détenus civils de la MACA.

Au total, la MACA accueille 63,26 % de l’ensemble des détenus militaires (49 personnes) et 82,81 % de l’ensemble des détenus civils (192 personnes). Cette structure pénitentiaire (Maison d’arrêt et de Correction d’Abidjan) constitue également la plus grande prison du pays.

Héritière de l’époque coloniale, la tendance au transfèrement des résistants à la soumission dans des camps fortifiés ou dans des zones situées loin de leurs familles et leur étant supposés hostiles se vérifie ici.

Ainsi, en raison de sa renommée nationale et internationale, Simone Gbagbo – l’ex-première Dame – est incarcérée à l’Ecole de Gendarmerie d’Abidjan.

Quant à l’ex-conseiller du président Laurent Gbagbo, Lida Kouassi Moïse, ancien Ministre de la Défense en 2002, au moment où débutait l’attaque partie du Burkina-Faso et conduite par des autorités aujourd’hui installées par la force en Côte d’Ivoire, il se retrouve à la MAMA (Maison d’Arrêt Militaire d’Abidjan).

Il s’agit pourtant dans les deux cas de personnalités civiles.

En outre, et en violation de la tradition juridictionnelle de détention au lieu du jugement, d’importantes personnalités politiques ivoiriennes de l’ancien régime se retrouvent embastillées hors d’Abidjan (à l’instar du Ministre Oulaï Hubert enfermé à Dabou).

D’autres prisonniers (au nombre de 46) ainsi que des personnalités se retrouvent dans des zones du Nord de la Côte d’Ivoire autrefois contrôlées par la rébellion armée aujourd’hui au pouvoir.



 

  1. LIEUX DE DETENTION DES PERSONNALITES POLITIQUES DE L’OPPOSITION


 

Tableau n°2 : Lieux de détention des personnalités de l’opposition

Source : Données d’enquête


 
 
 

Identité

Mandat de Dépôt

Prison

Titre

DAHI Nestor

10.07.2015

Dimbokro

2ième Président de la Jeunesse du FPI

OULAYE Hubert

05.05.2015

Dabou

Président du Comité de Contrôle du FPI

ASSOUA Adou

09.01.2015

Camp Pénal de Bouaké

Directeur de campagne du Président Laurent GBAGBO pour le titre de Président du FPI

BAÏ Patrice

09.12.2011

Camp Pénal de Bouaké

Garde du Corps du Président Laurent GBAGBO

KOUA Justin

05.05.2015

Camp Pénal de Bouaké

1ier Président de la Jeunesse du FPI


 

V – COMMENTAIRES SUR CES LIEUX DE DETENTION

 

Ces zones criminogènes sont dangereuses pour les détenus politiques comme nous allons le montrer.

Elles se caractérisent tout d’abord par l’existence en leur sein de conflits intercommunautaires violents et parfois extrêmement meurtriers.

On peut craindre que ces conflits y mettent un jour à mal la présence et le fonctionnement de l’administration étatique. On s’interroge alors sur le sort qui sera réservé aux prisonniers politiques.

Le dernier conflit en date, à Bouna, dans la dernière semaine du mois de mars 2016, a fait plus de 1000 victimes et a contraint près de 3000 Ivoiriens à prendre le chemin de l’exil au Burkina-Faso voisin.

Les casques bleus ont dû prendre le contrôle de la ville. Dans cette localité séjournent encore cinq prisonniers politiques extradés du Libéria.

On relève également que dans ces zones du Nord circulent des hommes armés qui se trouvent à la base d’une grande insécurité routière.

Ces hommes dont beaucoup sont d’anciens jeunes soldats des FRCI non désarmés manifestent ouvertement une grande hostilité à l’égard des « pro-Gbagbo ».

Ils sont attirés dans ces zones par les mines d’or clandestines de Bouna, Tengréla (dans la sous-préfecture de Papara) et notamment de Kouto (dans la région de Boundiali) où se trouvent encore 3 prisonniers.

On y dénote aussi une inquiétante porosité des frontières ainsi qu’une présence supposée de djihadistes.

Ainsi, après l’attaque de Misséni (située au Mali dans le Cercle de Sikasso à 20 km de la frontière ivoirienne) et de Fakola (aussi située à 20 Km de la frontière ivoirienne), il a été découvert dans toute la zone ivoirienne frontalière au Mali un nombre impressionnant de puits dont on a pu s’interroger sur l’usage.

Que serait-il arrivé aux prisonniers politiques (majoritairement chrétiens) si les Djihadistes avaient pu s’installer en Côte d’Ivoire ?

Concernant enfin le choix de la ville de Bouaké par les nouvelles autorités ivoiriennes pour enfermer les responsables de l’opposition, il ne s’est pas opéré de manière fortuite

Il s’agit en effet de l’ancienne ‘’capitale’’ de la rébellion ayant permis l’ascension au pouvoir de l’actuel Chef de l’Etat, Monsieur Alassane D. Ouattara.

C’est dans cette ville qu’ont été froidement assassinés en 2002 par les membres des FAFN (branche armée de la rébellion) rebaptisés FRCI par le Chef de l’Etat Alassane Ouattara en 2010, une centaine de gendarmes ivoiriens désarmés et leurs familles.

Le ‘’Com’Zone’’ Sherif Ousmane et ses hommes y règnent toujours en maîtres absolus.

Par ailleurs, le camp Pénal de Bouaké est réputé être la pire des maisons correctionnelles ivoiriennes depuis l’ère du Président Houphouët Boigny.
 

VI – LES COM’ZONES

 

De manière générale, dans ces zones CNO (Centre-Nord-Ouest), les populations ont été habituées pendant dix années consécutives à la circulation d’armes. L’on y a entretenue une vive animosité envers le pouvoir central et les « pro-Gbagbo ».

Aussi, le Front Populaire Ivoirien considère-t-il qu’y enfermer des prisonniers politiques de l’opposition est leur faire courir un risque supplémentaire sur leur vie.

Les anciens Chefs de guerre (les Com’Zones) qui y règnent ont plusieurs fois été cités par des témoins crédibles comme étant les responsables directs de graves violations des droits des prisonniers politiques.

A Bouna par exemple se trouve le Com’Zone Tuo Fozié, promu Préfet, et à Korhogo le célèbre ‘’Commandant’’ Kouakou Martin Fofié.

Il n’y a heureusement plus aujourd‘hui de prisonniers politiques à Korhogo. Il est cependant utile d’éclairer l’opinion sur qui est le ‘’Commandant’’ Kouakou Martin Fofié – aujourd’hui commandant du 4ème bataillon d’infanterie – et qui longtemps eut droit de vie et de mort sur une centaine de ‘’pro-Gbagbo’’.

Ancien Caporal, il est décrit par l'ex-juge Ramaël comme étant « le plus grand tueur en série » de sa carrière. Cité à l’ordre du crime international, c’est lui qui assurait l’enfermement du Président Laurent Gbagbo avant son transfèrement à la CPI.

Cela s’est exécuté dans des conditions si exécrables qu’il en est résulté des séquelles pour le plus célèbre prisonnier africain de la Haye.

L’ONU reproche entres autres à l’ancien Caporal les faits :

- de recrutement d’enfants soldats,

- d’enlèvements,

- d’imposition du travail forcé,

- de sévices sexuels sur les femmes,

- d’arrestations arbitraires,

- et d’exécutions extrajudiciaires, en violation des conventions relatives aux droits de l’homme et du droit international humanitaire.

VII - EVOLUTION DU NOMBRE DE DETENUS

 

NOMBRE DE DETENUS MILITAIRES

NOMBRE DE DETENUS CIVILS

TOTAL

Juin 2014

129

428

557

Novembre 2015

113

300

413

EVOLUTION PAR RAPPORT à 2014

- 16

- 128

- 144

MARS 2016

49

192

241

EVOLUTION PAR RAPPORT à 2014

- 80

- 229

- 316

EVOLUTION PAR RAPPORT à 2015

- 64

- 101

- 172

 


 

VIII – REMARQUES AU SUJET DE L’EVOLUTION DU NOMBRE DE DETENUS

 

Sous le poids de pressions politiques essentiellement internes mais également externes, le régime d’Abidjan s’est vu contraint de procéder à des libérations – le plus souvent ‘’provisoires’’ – de nombreux détenus politiques.

On note qu’entre 2014 et 2015, il y a eu une baisse de 25,85 % du nombre de détenus (soit 144 personnes).

Cette baisse se situe à 39,95 % (soit 165 personnes) entre 2015 et 2016. Ce qui nous fournit une baisse de 309 du nombre de prisonniers officiels (soit 55,47 %) entre 2014 et 2016.

Même si ces libérations sont positives pour les familles, elles demeurent largement insuffisantes pour le Front Populaire Ivoirien (FPI) qui exige la libération de tous les prisonniers politiques et le retour sécurisé des exilés.

Et elles sont loin de pouvoir satisfaire à l’émergence d’un environnement politique propice au début d’un processus de réconciliation nationale.

Elles restent enfin largement marquées d’arbitraire et témoignent encore et toujours de l’instrumentalisation de l’autorité judiciaire par le pouvoir exécutif.

En même temps qu’il multiplie les procédures judiciaires à l’encontre de personnalités politiques de l’opposition (la première Dame Simone Gbagbo, le ministre Lida Kouassi Moïse, le Premier ministre Aké N’Gbo, les ministres Dallo Désiré et Koné Katinan, et même le Président Laurent Gbagbo pourtant jugé en ce moment à la Haye), le pouvoir d’Abidjan entend par ces libérations ‘’provisoires’’ maintenir le peuple ivoirien dans la peur.

Plus particulièrement, il entend que les détenus d’opinion libérés demeurent sous le couperet d’une justice toujours aux aguets et prête à sanctionner. Il veut éteindre la liberté d’expression et de réunion.


 


 


 


 

CONCLUSION

Le Front Populaire Ivoirien (FPI) prend acte de la trop grande partialité de certaines Organisations Internationales comme l’ONUCI quant à la question des Ivoiriens torturés et enfermés dans des geôles officielles du fait de leurs opinions politiques avérées ou supposées. Il tient à rappeler que l’opinion est libre et sacrée et ne saurait être négociable.

Le fait que seuls des « pro-Gbagbo » soient en majorité l’objet de procédures judiciaires enlève tout crédit à de telles procédures qui demeurent en outre improductives du point de vue de la manifestation de la vérité comme du processus de réconciliation.

Le Front Populaire Ivoirien considère que la Côte d’Ivoire reste un pays en crise depuis la déportation du Président Laurent Gbagbo et que le maintien en prison de personnes en fonction de leurs opinions est un crime d’autodestruction de la part du régime.

Plus que jamais, notre Pays a besoin de dialogue afin de trouver une solution pacifique de sortie de crise. Surtout, il a soif du retour du Président Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire et de la libération de tous les prisonniers politiques afin de retrouver sa cohésion, son honneur et sa stabilité.

 

 

 

 

 

 

Pour le Front Populaire Ivoirien,

Michel K. GBAGBO

Secrétaire National chargé de l’Administration Pénitentiaire et des Prisonniers Politiques





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