Rançonnage, trafics de tout genre… Doropo : comment Wattao et sa famille règnent en maitre

L’ex-chef de guerre Issiaka Ouattara dit Wattao et sa famille règnent en maitre et pillent en toute impunité Doropo (91 Km de Bouna) qu’ils contrôlent avec leurs hommes en armes et leurs réseaux. Enquête sur le «Wattaoland ».

Lundi 30 Décembre 2013 - 09:15


Dès que l’arrivée du président du FPI a été annoncée, les informations que nous avons recueillies faisaient état de ce que ce meeting ne se tiendra pas. L’information que nous avons reçue c’est que ce refus a été annoncé par le père de Wattao. Il dit que le meeting du FPI ne se tiendra pas parce qu’ils disent qu’ils ne veulent plus du FPI dans leur zone». C’est ce qu’a confié au Nouveau Courrier une source sur place. En empêchant le meeting du FPI le jeudi 19 décembre dernier à Doropo, l’actuel commandant adjoint de la garde républicaine et sa famille avaient bien de chose à dissimuler.

L’or illégalement exploité

 Selon nos investigations, la famille de Wattao contrôle toute l’économie de la région : des prélèvements de redevances sur l’anacarde à l’exploitation clandestine de l’or en passant par la filière bétail. Rien ne lui échappe. Leur hégémonie est totale.     «L’or est exploité illégalement et les bénéfices directes reviennent au père de Wattao», explique une source crédible sur place. L’ex-chef de guerre pro-Ouattara a délégué la gestion des activités pour le contrôle du département à son géniteur Ouattara Sorgo dit Issouf qui est sur place. C’est lui – aidés par ses hommes en armes – qui constitue l’écran de fumée. Son fils ayant choisi de ne pas être aux premières loges puisqu’il est basé dans la capitale économique. «Personne ne peut exploiter l’or sans l’autorisation du père de Wattao qui agit sur instruction de Wattao». A la mi-décembre 2013, il y a seulement quelques jours, expliquent les populations, dans le village de Danoua, un jeune exploitant a été dépossédé de la mine qu’il exploitait par les hommes de Morou Ouattara au profit de Ouattara Sorgo.         Les résultats de cette exploitation illicite de l’or sont perceptibles. A Kalamon (village situé à 20 Km de piste de Doropo) où des jeunes burkinabé ont également voulu empêcher le meeting du FPI ce 19 décembre, un luxe insolent accueille tout visiteur avec stupéfaction : villas basses et duplex avec climatisation, à l’instar de celles de Cocody. «C’est un com’zone qui veut prendre en otage une région. Wattao veut avoir son «Wattaoland» et il ferme la porte à la république», a dénoncé Affi N’Guessan après la fin de non recevoir de rentrer dans la ville le 19 décembre qui lui a été imposée par le petit frère du com- mandant adjoint du Centre de coordination des décisions opérationnelles (Ccdo) Ouattara Soualio et sa bande.   


Des redevances perçues sur l’anacarde, le parc à bétail sous leur coupole

      C’est le père de Wattao qui contrôlait jusqu’il y a peu le parc à bétail de Doropo. En effet, entre 2001 et 2002, les taxes étaient perçues par la mairie. Mais avec la rébellion du 19 septembre 2002, les taxes étaient prélevées au profit de Ouattara Sorgo. Et ce jusqu’à février 2012. Soit 10 ans de prélèvements illicites avant de rétrocéder finalement la gestion du parc à bétail à la mairie après une « bataille » menée par l’ex-préfet de concert avec la municipalité. Jusque-là, le père de Wattao n’a toujours pas digéré ce camou- flet. Doropo étant une forte zone de production d’anacarde, le clan Wattao étend ses activités de pillage systématique de l’économie à la commercialisation de cette culture de rente. «A ce niveau, il y a encore des redevances qui sont prélevées au pro- fit de la même famille. Donc Wattao règne sur cet empire et il veut que son règne aille le plus loin possible. C’est pourquoi chaque fois qu’il y a des élections, il choisit un candidat qu’il peut contrôler et les emmener à exécuter ses diktats», nous a- t-on fait remarquer.  

Intimidations et trafics d’influence

Les intimidations et menaces sont récur- rentes. Aux dernières élections législa- tives de 2011, se sentant en insécurité, le candidat indépendant Charles Kambiré a fait la demande et trois policiers lui ont été affectés. Mais Wattao a dépêché le commandant FRCI « de secteur » chez lui « pour désarmer les policiers ». Alors que ces policiers ont été affectés par le direc- teur des unités d’intervention de la police nationale le commissaire Kouyaté Youssouf. Aux municipales, l’ex-chef de guerre a, à travers ses hommes, menacé l’ex-maire FPI de Doropo en lui enjoignant de retirer sa candidature.  


Doropo, zone de nondroit

Doropo est actuellement une zone hors du contrôle de l’autorité de l’Etat. Les autori- tés administratives et les forces de l’ordre (gendarmes, policiers et militaires) n’ont aucune autorité face à ses hommes et à la horde de jeunes et ex-combattants à la solde de Wattao. Il y a peine un mois, le député RDR de Doropo, copté par Wattao, a violemment administré une gifle au commandant de brigade, l’adjudant Kouakou. Même le 19 décembre dernier, alors que les jeunes surexcités voulaient rééditer l’exploit de Doropo à Kalamon, l’un des meneurs a renversé un jeune garçon avec sa moto. Les gendarmes sans armes venus de Bouna et qui suivaient le président du FPI qui voulaient s’approcher ont été clairement mis en garde. «Si tu touches à ma moto tu vas voir», avait-il menacé. L’ex com’zone et les siens qui craignent avec la normalisation de perdre le contrôle des pans entiers de l’économie qu’ils régentent depuis la rébellion de 2002 au détriment de la majorité de la population qui vit dans la pauvreté, étouffent toute voie dissidente de s’exprimer notamment le FPI.
Réagissant aux accusations portées contre son mentor, le chargé de communication de Wattao, le nommé Arios, que nous avons joint dans la soirée du vendredi 27 décembre dans le cadre de cette enquête a comme il fallait s’y attendre tenté de blanchir l’actuel commandant adjoint du CCDO. Expliquant que Doropo étant depuis la crise posté- lectorale une zone sous contrôle du commandant Morou Ouattara – actuellement pilier de la sécurité de Guillaume Soro – comment Wattao pourrait y avoir pignon sur rue. «Ce qui serait mieux, si vous êtes partis là-bas vraiment, vous devez quand même chercher à voir le préfet de la région. Maintenant, concernant ce que le préfet de la région va vous dire, vous pouvez quand même vous appuyer sur ça. A Doropo, il y a un préfet, il y a un maire. Ils sont censés savoir tout ce qui se passe là-bas. Donc je pense que ce serait mieux de chercher à approcher le préfet ou le maire de Doropo. On ne peut pas l’incriminer (Wattao, ndlr). Il ne s’est jamais mêlé des affaires de l’or, il ne s’est jamais mêlé dans les affaires de taxes. Par rapport à quoi ? Il est dans la république et on connait l’état de droit aussi dans ce pays. Nul n’est au dessus de la loi. Pourquoi le commandant va se mêler d’une affaire d’or ou de taxes ? Je suis désolé. Raison pour laquelle je vous demande de vous référer au préfet ou au maire de Doropo (…) Ces accusations ne datent pas d’aujourd’hui. Ça fait long- temps. Avant de le voir, je suis son chargé de communication. Moi je mets au défi quiconque qui va dire que le commandant à prélevé des taxes ou bien est impliqué dans une affaire de l’or. Je pense que ceux qui portent les accusa- tions, je pense qu’on ne peut pas accuser sans avoir de preuves. Aujourd’hui, ce n’est plus une affaire de rébellion ou quoi. Si vous voulez vraiment mener vos investigations, vous pouvez vous référer au préfet et puis le maire de Doropo. Sans compter qu’il y a une brigade de gendarmerie qui existe, la police qui existe. S’ils vous confirment que réellement c’est comme ça que ça se passe, on peut dire que c’est une réalité. Vraiment je suis désolé. Il n’a jamais effectué un voyage à l’intérieur du pays sans que je ne sois avec lui. A Doropo, on n’est jamais allé où on extrait de l’or. Il ne connait même pas où on extrait de l’or», a-t-il déclaré.

Tentatives d’intimidations

Avant de nous rappeler les instants qui ont suivi après avoir reçu les instructions de Wattao himself. «Je viens d’avoir le commandant tout de suite. Il dit si vous publiez, en fait ce n’est pas une menace, si vous publiez ça sans avoir de preuves, lui il va porter plainte», a-t-il insidieuse- ment menacé. Il ajoute que Wattao est toujours resté silencieux sur ces accusations d’exploitations d’or et diamant depuis qu’il était comme zone à Séguéla. «Ce sont des accusations farfelues», clame-t-il. Il indique que son chef n’a jamais été intéressé par tout ce qui concerne l’exploitation d’or, du diamant et du bois car «tôt ou tard ça finit mal». Selon lui, la terre appartenant aux Koulango, si le père de Wattao donne sa parcelle à des individus pour des planta- tions ou pour l’exploitation de l’or, on ne peut pas lui reprocher des percevoir des taxes illégales, estimant qu’il y a un préfet et un maire qui réglementent tout dans la ville.

Le député Sansan Kambiré se défend et s’enfonce


 Le député RDR de Doropo Sansan Kambiré avec qui nous avons échangé après l’homme de main de Wattao a également assuré n’avoir pas giflé le com- mandant de brigade (CB). Il explique qu’il a plutôt convoqué ce dernier parce qu’il aurait déclaré des propos désobligeants contre le régime dans un maquis en présence des FRCI. C’est lors d’une demande d’explication chez lui que le CB aurait tenu des propos injurieux à son endroit. C’est à l’issue de cela qu’il a été pris à partie et malmené par les populations. Sinon, en tant que député de la nation il ne saurait agir ainsi. « Je n’ai jamais porté main à un gendarme encore moins à un commandant de brigade. Quand il est venu vers moi, les populations l’ont repoussé », s’est-il défendu. Faux, rétorquent des proches de l’adjudant Kouakou que nous avons encore joints hier.  Sansan Kambiré confirme tout de même l’exploitation artisanale de l’or dans la région. S’agissant de ce qu’il fait pour endiguer l’orpaillage clandestin, il estime qu’il y a des lois. Parlant de Kalamon, le village du général à la retraite Gaousou Ouattara, il fait remarquer que la plupart des orpailleurs sont des Burkinabé qui se sont immensément enrichis à travers ce trafic. Il estime entre 10 et 15 personnes, ces jeunes devenus immensément riches grâce à cette activité illicite.
BS

Par Benjamin Silué

Source: Le Nouveau Courrier N° 961 Du Samedi 28 au Dimanche 29 Décembre 2013




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