RDHP: Un dignitaire du régime cité dans un scandale sexuel

Vendredi 25 Mai 2012 - 06:13


RDHP: Un dignitaire du régime cité dans un scandale sexuel
Allomo Kouassi au coeur d’une affaire DSK à l’ivoirienne !
 
L’affaire de moeurs qui a coûté à Dominique Strauss-Kahn sa carrière professionnelle et politique n’a visiblement pas inquiété un grand nombre de puissants sous nos tropiques où malheureusement de nombreuses femmes victimes de viol sont écrasées par une indifférence inouïe. C’est le cas de Mlle Justine N.Y, qui affirme avoir subi des assauts sexuels du député PDCI Allomo Kouassi Paulin le mardi 8 mai dernier à sa résidence à Cocody-Riviera 2. Enquête !
 
 
Apeurée, sous le choc, Justine N.Y a fait le tour d’organisations et d’institutions de défense des droits de l’homme, notamment la Commission nationale des droits de l’homme en Côte d’Ivoire (Cndh-CI), la Ligue ivoirienne des droits de l’homme (Lidho)…, espérant bénéficier d’une assistance psychologique et juridique. En vain ! Ses interlocuteurs ont tout au plus feint d’accorder une oreille attentive à ses cris de détresse mais sont restés indifférents une fois qu’elle leur a tourné le dos.
A la brigade de gendarmerie de Cocody et au commissariat de police du 30ème arrondissement où elle a voulu déposer une plainte en bonne et due forme, on a tenté de la dissuader parce que «son bourreau est une puissante personnalité politique de ce pays à qui personne ne voudrait avoir affaire». Son «bourreau» supposé ? Il s’agit du député Allomo Kouassi Paulin, militant très actif du Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la
Paix (RHDP), dont est issu Alassane Ouattara. Sous l’ère du président Laurent Gbagbo et même après la chute de son régime, l’ex-député de Bouaflé n’a pas hésité à ruer des les brancards contre les anciens hommes forts d’Abidjan face à qui il s’est posé en «donneur de leçons». Allomo Kouassi Paulin avait-il conscience qu’il allait être rattrapé par un vice qui lui est imputé, celui d’abuser des filles de ménage?
Les circonstances du viol de Mlle Justine N.Y A la recherche d’une fille de ménage le mardi 8 mai, le député Allomo Kouassi arrive dans une agence informelle de placement de fille de ménage à Cocody Anono (carrefour gorille). Il prend attache avec le responsable des lieux, Rodrigue à qui il demande de lui trouver deux servantes. Mais, une seule est disponible ce jour. Il s’agit de Mlle Justine N.Y âgée de 27 ans et résidant à Yopougon. Elle n’est pas à sa première expérience chez des particuliers.
Justine N.Y, Rodrigue et Allomo Kouassi se rendent chez l’ex-député de Bouaflé pour faire tous connaissance des lieux et juger des conditions d’embauche. Une fois le marché conclu (moyennant une rémunération mensuelle), les droits d’agence payés, Rodrigue quitte les lieux pour rejoindre son agence. Il laisse sur place son client Allomo Kouassi, son fils, la compagne de celui-ci et un frère au maître des lieux. Qui s’en iront à leur tour quelques heures plus tard. «Il me demande, après le départ des visiteurs, d’aller lui faire à manger après avoir visité préalablement les lieux. Après que j’aie fini de faire la cuisine, M. Allomo me dit d’aller le servir dans sa chambre, sur la table. Ce que je fais. Une seconde fois, vers 15h, il me demande de ranger sa chambre.
Pendant que je fais le lit, lui étant assis dans son fauteuil (qui se trouve dans la chambre), il se lève brusquement et m’attrape les deux mains qu’il tire en arrière, me tapant ensuite sur mes fesses», révèle Justine N.Y d’un air déboussolé, le regard perdu dans le vide. «Ayant constaté que M.
Allomo venait de poser un geste déplacé à mon égard, je lui ai tout de suite signifié que je ne voulais plus travailler pour lui. J’ai ensuite appelé le responsable de l’agence pour l’en informer. Mais sans avoir eu l’occasion de lui donner les raisons parce que mon crédit de communication venait de finir net», poursuit la fille de ménage, rappelant au passage que la résidence de Allomo Kouassi est une grande demeure maintenue toujours
fermée surtout à cause de l’insécurité dans le district d’Abidjan. C’est pour cette raison qu’elle n’a pas pu mettre sa décision de partir des lieux à exécution, explique l’infortunée. Surtout que son patron a pris soin de boucler toutes les voies d’accès à l’extérieur de la maison.

La plus longue nuit de Justine N.Y…


«De 15h à 2h du matin, nous sommes restés, selon sa volonté, dans sa chambre. A 20h, il est venu vers moi pour m’obliger à coucher avec lui sur son lit. Mais je lui ai rétorqué que je n’ai pas l’habitude de coucher avec mes patrons. Face à mon refus, Allomo Kouassi rentre dans sa douche pour en ressortir avec une arme. Il menace de me conduire dans le sous-sol de sa résidence pour m’abattre si je refuse de céder, me précisant que la maison est telle que mes cris ne parviendront à aucune tierce personne à l’extérieur. Ayant constaté que je suis envahie de peur et sans défense, M.
Allomo m’empoigne violemment et me jette sur son lit. Il me rejoint, me retire tous mes vêtements et se met à me violer, sans même prendre soin de se préserver. Et ce, à deux reprises, de 20 h à 21 h», se rappelle Justine NY, la gorge nouée. La victime de l’ex-député de Bouaflé n’a eu son salut que lorsque «son patron» s’est rendu, d’après l’information qu’elle a reçue de lui, dans un commissariat de police (au 30ème) aux environs de 2 heures du matin pour répondre à une convocation. «Après son départ, j’ai pu forcer les portes de la chambre pour me retrouver dans le grand salon, puis vers 5h30 j’ai pu ouvrir la grande porte principale pour me retrouver dehors. C’est en ce moment que je vois Allomo Kouassi Paulin rentrant à la maison à bord d’un taxi compteur. Une fois à ma hauteur, il s’écrie en ces termes : «Qui t’a dit d’ouvrir les portes ? Retourne à la maison». «Ce à quoi je me suis opposée. Je me suis mise à courir et à marcher jusqu’à l’agence qui m’avait trouvé du travail chez M. Allomo», relate Justine.
La grande peur de la gendarmerie et la police, paniquées à l’idée d’affronter Allomo ! Justine N.Y, qui veut porter cette affaire devant les autorités compétentes du pays, se rend à la brigade de gendarmerie de Cocody pour y saisir les gardiens de la loi. Son témoignage émeut d’abord les gendarmes trouvés sur place avant que ceux-ci ne changent d’opinion après le passage de Allomo Kouassi en ces lieux. Les gendarmes iront jusqu’à demander les preuves du viol. Justine N.Y ne se dérobe pas. Elle se rend au Centre hospitalier et universitaire (Chu) de Cocody pour des examens médicaux. Du certificat médical délivré par le Dr K.B Martin, le 9 mai, il ressort ce qui suit : «L’examen clinique : une patiente en état de choc .
L’examen gynécologique note – seins : normaux avec douleurs à la poitrine et à la palpitation des seins. Douleurs abdomino pelviennes sans lésion à la face interne des cuisses/ Vulve : pas de lésion au niveau de la fourchette vulvaire/Spéculum : col et paroi vaginale sains avec sang endo-utérin minime / TV, col postérieur, long, ferme, fermé, utérus de taille normale, douloureux à la mobilisation ; traces de sang et de sperme au doigtier.» «En conséquence, j’estime que les signes suscités traduisent une violence sexuelle sans signes de défloraison récente», conclut le médecin traitant. D’autres examens, à savoir les cas de VIH (sérodiagnostic de dépistage), Hépatite B (sérodiagnostic : Ag HBs), BW (VDRL-TPHA) syphilis ont été effectués et les résultats seront connus dans les prochains jours. Son certificat médical en main, Justine N.Y se rend au 30ème arrondissement.
Mais elle sera éconduite poliment de ces lieux par les gradés qui ne veulent pas avoir de clash avec M. Allomo Kouassi Paulin avec qui ils ont maille à partir sur certaines affaires le concernant. La brigade de gendarmerie de Cocody, le 30ème arrondissement de police, la Commission nationale des droits de l’homme en Côte d’Ivoire (Cndh-CI), la Ligue ivoirienne des droits de l’homme (Lidho)… personne ne veut toucher à cette patate chaude. Personne ne veut mettre en péril sa carrière pour le viol d’une «bonne à rien de Justine N.Y, une grande fille, même pas vierge, qui a intérêt à la boucler.» Mais heureusement pour cette infortunée, le combat continue jusqu’à ce qu’aucune fille, fut-elle d’une classe sociale défavorisée, ne voie ses droits bafoués par des «hommes politiques puissants».
 
Allomo Kouassi : ‘‘Je suis une victime…’’
 
Que faut-il vraiment retenir de l’entretien que l’équipe du Nouveau Courrier a eu avec M. Allomo Kouassi à sa résidence où s’est déroulé le scandale ? Le baron du RHDP a été évasif, dénonçant des agences de placement de servantes dans le district d’Abidjan qui auraient constitué un réseau d’escrocs dont la cible serait les personnalités politiques et les hommes riches. «Je crois que moi aussi je suis victime.» Mais qu’est-ce qui a donc poussé le député Allomo Kouassi à nous joindre et à envoyer vers nous, jusqu’à ce que nous mettions sous presse, des personnes chargées d’intervenir auprès de nous pour surseoir à ce dossier, le temps que Le Nouveau Courrier et lui discutent ? De quoi voulait-il discuter encore alors qu’il a déjà reçu une équipe du journal à sa résidence avec laquelle il a échangé ? Alors que nous étions chez lui, Allomo Kouassi a davantage mis l’accent sur ses relations, ces relations qui pourraient être bénéfiques au Nouveau Courrier. Voilà ainsi résumée la substance de la réaction de M. Allomo Kouassi que Le Nouveau Courrier a pu interroger dans le cadre de ce scandale sexuel dans lequel il est cité et au sujet duquel la victime présumée détient des preuves et des témoins prêts à se présenter devant un tribunal. A ce sujet, une plainte, selon des sources proches du parquet d’Abidjan Plateau, a été déjà déposée et enregistrée sous le n°2803/D/PR-AP/TPI.
Bon à savoir : Allomo Kouassi nous a contacté parce qu’il s’est étrangement senti concerné par l’annonce de la publication de cette enquête. Une annonce qui ne le citait pourtant pas nommément.

Par Saint-Claver Oula
Source le Nouveau Courrier du mercredi 23 mai 2012
 
 




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