Quelle Europe pour sortir de la crise?

Jeudi 19 Juillet 2012 - 06:57


Quelle Europe pour sortir de la crise?
Fragilisée par la crise de la dette, l’Europe s’interroge sur son projet politique. Différents modèles se font concurrence. Faut-il un surcroît d’intégration ou un resserrement autour d’un noyau dur d’Etats membres?
Revenons au projet original: Le fédéralisme doit fixer le cap
 
Depuis qu’ils ont été happés par la crise financière de 2008, née aux Etats-Unis, les dirigeants européens marchent sur la tête. Leur comportement, individuel et collectif, se situe–tous partis politiques confondus– à l’exact opposé de ce que fut naguère la méthode fondatrice de notre Union européenne(UE). Il est grand temps de se remémorer cette méthode qui était, jusqu’à tout récemment, considérée comme l’un des plus remarquables succès politiques et économiques de l’après-guerre.
Cette Union européenne, jusqu’à hier, aura été célébrée sur le continent et partout ailleurs comme une sorte de modèle indépassable conduisant à la paix entre les nations, à la prospérité et tout autant à une certaine équité sociale gérée par des Etats providence .A la genèse de ce succès, pas encore gaspillé ou pas tout à fait, rappelons ce que fut le génie du père fondateur, Jean Monnet. Celui-ci, qui entre autres métiers, fut entrepreneur négociant en cognac, pétri d’histoire continentale, et familier des Etats-Unis d’Amérique, Savait que ni les diplomates ni les politiciens n’avaient jamais été capables de réconcilier entre eux les Européens meurtris par des siècles de guerres civiles: à ses yeux,les diplomates manquaient d’imagination et les politiciens étaient prisonniers du court terme. Pour en sortir,Monnet imagina de s’en remettre aux commerçants, aux entrepreneurs qui auraient, eux,un intérêt concret à l’unification européenne. Au lieu de créer l’Europe par le haut, Monnet l’inventa par le bas, en créant ce qu’il appelait des «solidarités concrètes». C’est donc le marché qui nous a faits européens: l’économie de marché bénéficiait au plus grand nombre, comme fondement à la fois de la paix et de la prospérité.
Les gouvernements s’y rallièrent d’autant plus aisément que les peuples mesuraient les bénéfices concrets de cette Europe. La création de l’euro avait obéi à la même logique, celle des bénéfices pour le plus grand nombre grâce à des baisses de taux d’intérêt, plutôt que de disputer à l’infini de grands principes.
Enfin,toutes ces grandes avancées européennes étaient planifiées et clairement annoncées:au moment de la signature du traité de Rome, en 1957, puis de sa ratification, en 1959, dix ans avant la suppression des droits de douane intérieurs, chacun savait que, chaque année, un dixième de ces taxes disparaîtrait, laissant à tous le temps de s’y adapter. Pareillement, dix ans avant l’euro, la date de sa mise en circulation avait été annoncée ainsi que les conditions budgétaires imposées aux Etats pour accéder à l’euro zone.
Cela étant rappelé, la gestion actuelle de la crise obéit,avec évidence,à des principes inverses. Les décisions financières – le sauvetage des banques–comme les choix économiques – l’augmentation d’impôts, la baisse des dépenses publiques – sont tous pris dans l’urgence, au jour le jour, sans principe directeur évident et à coup sûr sans aucun plan à long terme. Ces décisions, qui n’offrent aucune perspective de sortie de crise,nuisent au plus grand nombre des Européens: les institutions financières sont privilégiées, tandis que le contribuable est sacrifié.
Ce nouveau capitalisme européen est caractérisé par la privatisation de gains (actionnaires des banques et opérateurs financiers) et la socialisation des pertes, aux antipodes de l’économie de marché et de l’équité sociale. Adieu aux solidarités concrètes, si chères à Jean Monnet! Enfin, toute réflexion de long terme et explications compréhensibles par tous laissent place à des slogans nationalistes (sus à l’Allemagne!) Oui déologiques:«Oui à la croissance, non à l’austérité », comme si ce choix était réel.
La sortie de crise exigerait un retour à l’intelligence des origines. Il devrait revenir, par exemple, à un Comité des sages, pas du tout impossible à constituer au niveau européen, de dire les faits. Le fait premier est qu’il convient de distinguer la crise de l’euro, la crise de l’euro zone, la crise des Etats et la crise de l’Union européenne. L’euro, aussi longtemps qu’il restera géré par la Banque européenne de Francfort, remarquablement légitime et universellement respectée, fidèle à sa charte – le refus de l’inflation mortifère–n’est menacé ni dans son existence ni dans sa valeur.
Cet euro n’empêche nullement la croissance, comme le démontrent l’Allemagne ou…l’Estonie. On entend dire qu’un ministre des finances unique pour l’euro zone serait la solution indispensable, préalable À la sortie de crise:c’est inexact. Conformément à la méthode de Monnet, ce ministère commun apparaîtra, mais, à terme, comme une évidence nécessaire.
Plutôt qu’une création immédiate de ce ministère, il vaudrait mieux traiter la cause première de la crise, qui tient au dysfonctionnement des Etats dans leur relation au marché: par excès de générosité sociale, ou par corruption, ou par méconnaissance politique des mécanismes de l’économie, l’innovation, l’esprit d’entreprise, qui sont en ce moment étouffés par les règles et les prélèvements publics. Voici pourquoi la croissance est en panne, ce qui aggrave aussi les déficits et nous enfonce dans une spirale récessive. Chaque Etat ayant ses traditions, on ne préconisera pas je ne sais quelle révolution libérale, ni solution allemande: l’important pour l’entrepreneur est de pouvoir prévoir. C’est l’absence de perspective,aggravée par des politiques erratiques, qui est un obstacle à la croissance, plus que ne l’est en soi le niveau de la dépense publique.
Au total, les récessions en Europe n’ont rien de spécifiquement européen, mais obéissent à un principe universel à toute économie: quand l’arbitraire des politiques de court terme se substitue au caractère prévisible de la règle et de l’état de droit, la croissance s’arrête. L’Europe et l’euro suffoquent par courttermisme. Ils revivront si on nous dit, enfin, au niveau de chaque Etat et au niveau de l’Union tout entière, où exactement nous voulons parvenir dans cinq ans, dans dix ans. L’ambition initiale, celle des Etats-Unis d’Europe – une fédération des Etats,pas une fusion–, reste possible,à condition d’être annoncée et expliquée comme étant,à terme, la seule garantie de la paix, de la prospérité et de l’équité. Une fois cet objectif fixé et inscrit dans un calendrier, les choix politiques au jour le jour n’obéiraient plus à l’urgence, mais s’inscriraient dans cette vision cohérente et compréhensible par tous, c’est-à-dire démocratique. Tout encore peut être sauvé: il suffit d’une boussole.
 
 
Guy Sorman
 

A la France de donner l’impulsion politique

L’Europe, lentement, se meurt. Les heurts et malheurs de la zone euro, auxquels le monde assiste, stupéfait, ne sont qu’un des symptômesde son dépérissement. Engluée dans une croissance molle,une absence de vision politique, une démographie en recul, le risque est, en un mot, son évacuation de l’Histoire. Or, la responsabilité en incombe pour l’essentiel à la France,qui a renié le projet européen dont elle avait seule, pourtant, eu la géniale intuition.
Reniement politique d’abord,de l’élite politique française. Nous avons aujourd’hui un gouvernement dans lequel le principal opposant au traité constitutionnel se retrouve à la tête de notre diplomatie. Il y a encore et toujours de ces parlementaires européens français aux abonnés absents au Parlement européen. Puis il y a enfin un commissaire choisi parce que sans avenir national. N’en jetez plus, la coupe est pleine. Reniement économique ensuite, d’un pays qui feint de méconnaître que la survie de la zone euro exige un consensus minimal, et notamment avec l’Allemagne, sur la stratégie économique et monétaire à suivre. Il faut le dire et le redire: les 35heures, les emplois-jeunes, le redressement productif, sont profondément antieuropéens.
Alors que l’Allemagne, avec les réformes Hartz, n’a fait que prendre ses responsabilités dans un monde en changement, il est stupéfiant que la droite française, empêtrée dans ses réflexes colbertistes, n’ait su utiliser ce levier contre la gauche. Il est vrai que la droite ne croit pas plus à l’Europe qu’elle ne comprend l’économie.
Reniement des principes, enfin et surtout, quand la France se détourne de ce qui est le fondement de la construction européenne,cette idée, si chère à Jean Monnet, que seule la France pouvait concevoir: l’intérêt général européen. Et d’attaquer encore et toujours la Commission,le juge communautaire,la fonction publique communautaire, fers de lance de l’intérêt général européen.
Faut-il le rappeler, l’Europe n’est rien sans la France, sans sa capacité unique à tracer un chemin d’union politique, qui fait tellement défaut à l’Allemagne. De même, la France n’est rien sans l’Europe,seul levier pour moderniser son économie au cours des années récentes. Il est temps pour la France, sans sacrifier ni son indépendance militaire, ni sa diplomatie, ni sa langue, de reprendre sa place à la tête de l’Europe. Et d’abord de proposer une vision des institutions européennes. Un conseil des ministres, à l’instar du Sénat américain, clé de voûte d’une fédération d’Etats-nations puissants. Une Commission,une Banque centrale et un juge communautaire puissants, car les principaux Etats, France et Allemagne au premier chef, y auraient enfin la prééminence que leur poids économique, politique, historique, démographique exige. Une Europe, ensuite,des nations, nous n’avons pas peur de le dire, à l’image de celle de 1958, resserrée autour d’un noyau d’une dizaine d’Etats, qui ne craigne pas de reconnaître qu’en privilégiant l’élargissement à l’approfondissement, les élites européennes ont manqué leur rendez vous avec l’Histoire quand le mur de Berlin est tombé.
Enfin, et surtout, comprendre que la France, si elle veut sauver l’Europe, doit trouver les ressorts pour moderniser son Etat, son économie,son système de protection sociale, et enfin revenir au premier rang des grands pays. Le destin de la France et celui de l’Europe sont inextricablement liés. Arnaud Montebourg et Marine Le Pen sont le même revers de la fausseté, dont l’autre face sont les fédéralistes béats.
La querelle des anciens et des modernes qui s’annonce, et qui traversera la gauche et la droite, se nouera autour de la question européenne. Pour nous, patriotes Français et européens,la voie est claire:une France forte, capable de relancer la dynamique d’une Europe resserrée. Nous appelons le gouvernement et l’opposition à y participer dès à présent.
 
 
Les Arvernes
 
Les Arvernes sont un collectif qui regroupe des hauts fonctionnaires, des professeurs, des économistes, des entrepreneurs et des Essayistes


La mentale fiction, l’austérité continue de sévir et de servir les banques


 
Le résultat de sélections grecques du 17 juin dernier – une courte victoire des conservateurs de Nouvelle Démocratie sur le mouvement de gauche Syriza, et la rapide formation d’un gouvernement de coalition«pro-européen»–A déclenché un gigantesque soupir de soulagement à travers toute l’Europe: la catastrophe était tout juste évitée, l’euro et l’unité européenne avaient prévalu…
Mais en réalité, une occasion unique a été manquée. L’Europe pouvait enfin faire le choix de se confronter à la profondeur de son impasse économique et politique. Un journaliste de CNN a récemment proposé une métaphore pertinente pour décrire la situation. Il a comparé les décideurs Européens à des «jongleurs d’assiettes chinoises, ces artistes qui font tourner des assiettes sur des bâtons». D’après lui, «la difficulté est bien sûr de continuer de préserver le mouvement, sans quoi les Assiettes tombent et se cassent. C’est le spectacle auquel nous assistons aujourd’hui en Europe. Seulement, les artistes s’appellent Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Juncker,président de l’Eurogroupe, José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, et les assiettes sont la Grèce, les banques espagnoles, les déficits italiens, les euro obligations, et la chancelière allemande, Angela Merkel. Chaque jour,on installe toujours plus d’assiettes, et chacun proclame la fin prochaine du spectacle. Hélas, le suspens se poursuit»
.
Ce qui se déroule à Bruxelles s’apparente effectivement à ce type de numéro: les eurocrates se contentent de repousser l’échéance en ajoutant de nouvelles assiettes. L’équilibre créé est de plus en plus fragile, sans que soit remise en cause la fiction financière sur laquelle il s’appuie. Pendant la campagne, on n’a pas manqué de reprocher à Syriza de promouvoir des fables gauchistes. Cependant, c’est bien le plan d’austérité imposé par Bruxelles qui est de l’ordre de la fiction,et aujourd’hui, chacun est prisonnier d’une étrange illusion collective et sait que ces plans sont fictifs; chacun sait que l’Etat grec ne pourra jamais rembourser la dette; chacun choisit d’ignorer l’absurdité évidente des projections financières sur lesquelles les plans sont fondés.
Et, comme nous le savons également tous, l’objectif véritable de ces mesures de sauvetage n’est pas de sauver la Grèce, mais de sauver les banques européennes. Le film Ninotchka,d’ErnstL ubitsch,sorti en 1939, donne à voir une scène d’une Amusante dialectique.Le personnage principal entre dans une cafétéria,commande Un café sans crème, et se voit répondre par le serveur: «Désolé, mais nous n’avons plus de crème, nous n’avons que du lait. Puis-je vous apporter un café sans lait?» Dans les deux cas, le client se voit servir le même café simple, mais il s’accompagne d’une négation différente,d’abord un café avec- une-absence-de-crème, ensuite un café-avec-une-absence-de-lait. La Grèce connaît la même pénible situation: les Grecs se verront servir un certain type d’austérité – mais se verront-ils servir le Café de l’austérité avec une absence de crème, ou avec une absence de lait? C’est ici que l’establishment européen triche. Il se comporte comme s’il servait aux Grecs le café de l’austérité sans crème (le fait que les épreuves que vous traversez donneront des fruits qui ne profiteront pas seulement aux banques européennes), alors qu’il sert en réalité aux Grecs un café sans lait (ce ne sont pas les Grecs qui bénéficieront des épreuves qu’ils traversent). Syriza n’est pas un groupe de dangereux «extrémistes» : ce mouvement se montre pragmatique et cherche une solution aux Problèmes créés par d’autres. Les rêveurs dangereux sont ceux qui imposent les mesures d’austérité et qui pensent que les choses peuvent se perpétuer indéfiniment telles qu’elles sont, pourvu que des changements superficiels soient apportés.
Les partisans de Syriza ne sont pas des rêveurs, ils incarnent le réveil d’un rêve qui est en train de se transformer en un cauchemar. Ils ne détruisent rien, ils réagissent à l’autodestruction du système. Syriza est un mouvement de gauche radicale qui s’est extirpé de sa position confortable de résistant, et qui a affiché avec courage sa détermination à prendre le pouvoir. Raison pour laquelle les Grecs devraient être sanctionnés, comme l’a récemment écrit Bill Frezza dans Forbes Magazine. «Ce dont le monde a besoin, c’est un exemple contemporain de communisme. Quelle meilleure candidate que la Grèce ? (…) Ejectons-la simplement de l’Union européenne, fermons le robinet à euros, qui coule à flots. Puis attendons une Génération avant de faire le bilan.»On souhaite répéter le scénario joué en Haïti après sa révolution en 1804: la Grèce devrait être châtiée de manière exemplaire afin d’en finir avec toute tentation d’employer des solutions à la crise émanant de la gauche radicale.
On a dit de Syriza qu’elle n’a pas l’expérience nécessaire pour gouverner. C’est vrai. Elle n’a pas plongé un pays dans la banqueroute,à force de tricher et de voler. Et voilà qui nous amène à l’absurdité de la politique de l’establishment européen, qui prêche l’habituelle doxa: payer les impôts, lutter contre le clientélisme grec…, et qui place tous ses espoirs dans la Coalition des deux partis qui ont apporté à la Grèce ce clientélisme.
La victoire de Nouvelle Démocratie fut le résultat d’une campagne brutale, saturée de mensonges et de déclarations catastrophistes. En cas de victoire de Syriza, la Grèce devait sombrer dans la faim, le chaos et la terreur d’Etat policier. Au cours de la campagne, certains journaux, proches de Nouvelle Démocratie, se sont livrés à des attaques incessantes contre l’Allemagne, Comparant les pressions exercées par Bruxelles à une nouvelle occupation allemande de la Grèce, ou présentant Angela Merkel dans l’uniforme nazi. Ces mêmes titres de la presse conservatrice promettaient de «nettoyer les rues grecques», et d’utiliser les fonds européens pour financer la construction de centres de détention destinés aux immigrés clandestins.
La pression exercée par l’Union européenne sur la Grèce afin que soient mises en oeuvre les mesures d’austérité correspond à ce que la psychanalyse appelle le surmoi. Le surmoi n’est pas une instance éthique au sens propre du terme, mais un Agent sadique qui bombarde le sujet d’exigences impossibles, jouissant de façon obscène de l’échec du sujet à s’y conformer. Le paradoxe du surmoi, c’est que, Comme Freud le vit clairement, plus nous obéissons à ses exigences, plus nous ressentons de la culpabilité. Voilà ce qui est si terriblement néfaste dans les exigences de l’Union européenne: elles ne donnent pas la moindre chance à la Grèce, l’échec de la Grèce fait partie intégrante du jeu.
 
Traduit de l’anglais par Frédéric Joly
 
Slavoj Zizek
Philosophe,  Slavoj Zizek est notamment l’auteur de «Pour défendre les causes perdues» (Flammarion, 2011) et «Violence. Six réflexions transversales» (Au Diable Vauvert, 320p., 23 euros)
 

Une Union à deux vitesses, inévitable solution politique


 
Depuis quelques semaines, des rumeurs circulent dans la presse sur l’éventualité que le Royaume-Uni tienne prochainement (un an, deux ans?) un référendum sur son appartenance à l’Union européenne. Cette consultation serait, en particulier, souhaitée par une partie importante des députés conservateurs, devenus de plus en plus eurosceptiques. Force est de constater que, depuis longtemps, le Royaume-Uni s’est exonéré de nombre de politiques communautaires, Au point que l’on est en droit de se demander s’il peut encore être considéré comme un membre à part entière. On citera ici bien sûr les dérogations les plus connues concernant le respect de la Charte des droits fondamentaux, l’appartenance à l’accord de Schengen ou à la zone euro. Pour bien des textes de droit secondaire,le Royaume-Uni bénéficie aussi de diverses exceptions ou dérogations qui lui assurent un traitement particulier. Il est aussi un excellent législateur national, capable de mettre en oeuvre, dans les délais requis, les textes européens, une fois que ceux-ci sont adoptés. Son seul véritable objectif a toujours été l’approfondissement du marché unique et sa stratégie est de freiner autant que faire se peut toute velléité d’harmonisation communautaire au profit de formules d’autorégulation dans la plupart des domaines. On peut dès lors assez aisément concevoir que le Royaume-Uni cherche un jour à se retirer de l’UE, n’ayant jamais partagé l’idée selon laquelle le processus en cours visait à créer une union sans cesse plus étroite entre les peuples de l’Europe. Une telle politique serait vraisemblablement soutenue par son opinion publique, dont l’euro scepticisme est très largement entretenu par la presse tabloïd.
Les milieux d’affaires seraient sans doute beaucoup plus circonspects, craignant l’irruption d’une période d’instabilité ou de repli sur soi, ce qui pourrait éventuellement être, par la suite, compensé par la négociation d’un protocole de collaboration avec l’UE préservant certains acquis relatifs, en particulier, au marché unique. L’article 50 du traité sur l’Union européenne (TUE), introduit parle traité de Lisbonne, reconnaît désormais à tout Etat membre un droit volontaire et unilatéral de quitter l’Union, et fixe les modalités à suivre pour la mise en œuvre de ce retrait. Cette faculté confirme, pour autant que de besoin, que l’UE est une fédération d’Etats nations qui ont la possibilité de la quitter quand ils le souhaitent de manière inconditionnelle. Au niveau politique, tout dépendrait de la volonté des autorités gouvernementales Britanniques de suivre une politique autonome, ou plus ou moins coordonnée avec l’UE. Cependant, sur le plan politique, l’UE perdrait un pays dontle poids politique et culturel international reste élevé, ce qui pourrait être perçu comme un signe de déclin. In fine, le départ d’un Etat membre serait considéré comme un échec politique important pour l’UE.
En conclusion, et afin d’éviter les effets politiques négatifs que pourrait avoir un tel retrait, la solution ne doit-elle pas venir d’un surcroît d’intégration dans la seule zone euro?L’Europe à deux vitesses, voire à plusieurs vitesses, ne doit-elle pas s’imposer si l’on veut éviter le délitement de l’UE et sa paralysie engendrée par des Etats qui ne veulent pas aller de l’avant? Le débat qui agite Londres donne du grain à moudre au développement des coopérations renforcées, dont les dispositions devraient cependant être révisées pour pouvoir être correctement mises en oeuvre et éviter ainsi que des Etats puissent les bloquer.
Une telle évolution est sans doute l’unique voie permettant d’aboutir un jour à une certaine Europe politique. Toutefois, au sein même de la zone euro, certains Etats comme les Pays-Bas ou la Finlande se caractérisent par leur tiédeur face à un surcroît d’intégration. L’Europe des cercles concentriques a sans doute de beaux jours devant elle !
 
 
PhilippeVigneron
Maître de conférences à l’Institut d’études européennes de l’Université libre de Bruxelles
 
 




Tags : eurppéen, union


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