Quel crédit accorder aux prétendues preuves de Fatou Bensouda?

L’audience de confirmation des charges contre le Président Laurent Gbagbo s’est ouverte le 19 Février 2013 à la Haye. Au terme de l’au- dience qui prendra fin le 28 Février, les juges devront, soit confirmer les charges, ce qui déboucherait sur un procès, soit les infirmer toute chose qui aboutirait à la mise en liberté du Président Laurent Gbagbo.

Mardi 5 Mars 2013 - 07:06


La Procureure de la CPI, Fatou Bensouda
La Procureure de la CPI, Fatou Bensouda
Il est important de noter l’intérêt que suscite l’affaire Gbagbo. En effet, de- puis l’ouverture de l’audience, l’on assiste à une mobilisation jamais égalée. Les partisans de Laurent Gbagbo ont in- vesti la Haye, les réseaux sociaux (Tweeter, Facebook). Cet engouement a fini par confirmer l’idée selon laquelle l’affaire Laurent Gbagbo est loin d’être un cas ordinaire. Si l’audience a mobilisé toutes les énergies -mêmes celles du régime Ouattara- c’est nécessairement pour étan- cher la soif des observateurs avides de vérité. Il est question de savoir comment Fatou Bensouda réussira à démontrer que Laurent Gbagbo a arrêté « une poli- tique» et « un plan», visant à le main- tenir au pouvoir. La tache semble être aisée pour la procureure dont les preuves, au fil de l’audience, surprennent. Mais bien avant de brandir les preuves, Bensouda avait le devoir de définir claire- ment  ses concepts que sont « La politique» et « Le plan».

« La politique » et « Le plan » deux concepts non élucidés par l’accusation Si Laurent Gbagbo s’est accroché au pouvoir c’est parce qu’il a échafaudé une « politique» et un «plan» qui cadrent avec son désir de braquage du vote des ivoiriens. C’est ce que semble dire en gros l’acte d’accusation. Il n’y aurait pas eu de crimes sans ces concepts.  Mais qu’est ce que« la politique » ? Qu’est ce que« le plan » ? Deux concepts forgés par l’incroyable pouvoir créateur de l’an- cien procureur Moreno Ocampo.  Les contours de ces concepts demeurent aussi flous que l’exercice ayant consisté pour l’accusation à leur donner un contenu. L’accusation définit ces termes par deux slogans : « devant c’est maïs » et « on gagne ou on gagne ». Ces deux termes résument à eux seuls, la démarche de la procureure. Essayons de les comprendre à la lumière des esquisses de définition faites par l’accusation.« Devant c’est  Maïs » d’après la représentante légale des victimes, est un terme péjoratif désignant les ressortissants du nord en raison de leur penchant prononcé pour la culture du maïs. A côté, « On gagne ou on gagne» s’appréhende comme le désir effréné de Laurent Gbagbo de se maintenir vaille que vaille au pouvoir. L’on se pose la question de savoir s’il s’agit de défini- tions scientifique ou juridique. A l’évidence il s’agit de qualifications élastiques dont l’objectif est de les étirer pour les coller au Président Gbagbo. L’accusation essaie ainsi de projeter ses fantasmes sur le Président Laurent Gbagbo. Comment accorder un crédit à ces termes lorsque le contenu lui-même tel que présenté par l’accusation est problématique ? L’exercice semble difficile car il contient un réel paradoxe. En effet, ces slogans sont abondamment utilisés par le camp Ouattara, mandant de Bensouda. Le groupe Les Galliets,composé pour l’essentiel de nordistes, est désormais prisé par le pouvoir Ouattara. Deux de ces membres ont participé à la caravane de la réconciliation récemment organisé par le pouvoir Ouat- tara. Il se trouve que c’est ce groupe « nordiste» qui a chanté le slogan « Devant c’est maïs». Mais bien avant eux, c’est-à-dire avant les élections présiden- tielles, le groupe Star tonnerre avec à leur tête Bamba Amy Sara  (elle aussi nordiste), en 2007 a chanté « C’est Maïs». Ces artistes nordistes appelaient-ils les populations du centre-Ouest de l’ouest de l’est ou du sud à ostraciser et au pire des cas, exterminer les nordistes majoritaire- ment pro-Ouattara ? Non et non. Il est dangereux de s’adonner à ce jeu macabre très dorloté par le camp Ouattara. Celui qui fut Directeur de campagne du président Gbagbo (Issa Malick) lors des élec- tions présidentielles de 2010, est un ressortissant du nord. Laurent Gbagbo a eu plusieurs collaborateurs issus du nord. Son porte parole Koné Katinan, exécré par le régime Ouattara est un fils du nord. Dire sans réfléchir que Gbagbo en voulait aux nordistes, c’est ignorer l’histoire de la Côte d’Ivoire. En tentant d’expliquer « la politique» par des slogans, l’accusation a démontré son manque de sérieux. Le concept étant flou et diffus, il importe de considérer les preuves de l’accusation comme des fariboles. L’accusation elle- même nous donne raison. Des preuves boitillantes et ridicules Quels sont les actes matériels qui démon- trent que le Président Laurent Gbagbo a voulu frauduleusement conserver  le pou- voir ? L’accusation qui logiquement devait disposer d’éléments pertinents, semble elle-même chercher dans le vide. Alors qu’elle s’oppose à la politisation du débat (sic), Bensouda  affirme que Gbagbo et Ouattara se sont déclarés vain- queurs. Or elle ne dispose pas de preuves légales confirmant la victoire de Ouattara. La seule preuve dont elle dispose sur la question, est l’élément diffusé par la défense et qui présente un Youssouf Ba- kayoko s’adonnant à un monologue éhonté. Bensouda elle-même ne peut, à la lumière des textes, donner une onction légale à l’acte de Bakayoko. Elle aurait dû taire cet argument parce qu’il est infantilisant. Pour n’avoir pas selon elle quitté le pouvoir, Laurent Gbagbo est l’ultime responsable de la violence contre les civils. Sans le savoir Bensouda autorisait ce qu’elle a interdit, c’est-à-dire la politique. De toutes les façons elle ne pouvait faire autrement. De plus, elle affirme que Gbagbo a nommé ses proches à la tête des Fds ! Cet argument ne résiste pas à une critique sérieuse. L’accusation veut- elle nous faire comprendre que Gbagbo commettait un crime en nommant des personnalités qui lui sont proches ? L’accusation refuse de démontrer que dans une armée, qui évolue dans un contexte de crise militaire, le chef des armées doit s’offrir le luxe de donner la chaine de commandement à des rebelles qui de surcroit, veulent le renverser. Vous avez dit sérieux ! On la comprendrait mieux si elle exhortait le Président Désiré Kabila à nommer Sultani Makenga comme chef d’état major de l’armée congolaise ou que François Hollande nomme le chef des djihadistes du nord Mali en qualité de général de l’armée française. Le comble c’est le fait de faire intervenir des témoins anonymes dont un a pu dire que Simone Gbagbo avait donné ordre au policiers de violer toutes les femmes qu’ils rencontre- raient (le 16 Décembre) ou d’introduire un bâton dans leurs parties génitales.  A ce niveau, posons-nous la question de sa- voir si ces fameux témoins dits anonymes sont crédibles. Le principe même de l’anonymat constitue une véritable foire à la sécrétion d’idées conçues dans les agoras du Rdr. Ce témoin est-il en mesure de donner des éléments écrits ou audio des propos de Simone Gbagbo ? L’accu- sation fait feu de tout bois pour démontrer ce qu’elle ne sait pas. Même sur l’épisode de la  marche des femmes d’Abobo, elle ne démontre pas que les 6 femmes supposées tuées sont tombées sous le coup des balles des Fds. Sont-elles réellement mortes ? Les enquêteurs de la Cpi ont-ils exhumés les corps pour faire une autop- sie? En tout état de cause, sur la question, les avis divergent. Le commandant du théâtre des opérations du commando invisible d’Abobo, le sieur Séméfia Sékou se dit « être prêt à permettre uniquement aux avocats d’entrer très discrètement et prudemment en contact avec certaines d’entres elles et prouver au monde cette manigance orchestrée aujourd’hui» In le commandant invisible raconte la bataille; d’Abidjan page 44. Bensouda devra mettre à la disposition des juges toutes les pièces qui confirment la mort de ces femmes. Si elles sont réellement mortes, d’où provenaient les balles qui les ont atteintes.  Il en est de même pour le prétendu bombardement d’un marché d’Abobo qui curieusement n’a pas tota- lement ou partiellement été soufflé. Jusqu’à preuve du contraire l’accusation est restée dans la commune renommée. Elle s’est gardée de montrer au monde des preuves incontestables.  Or à cette étape de la procédure les sentiments et l’émotion n’ont pas droit de cité. Seulement parlent les faits étayés de preuves solides. Malheureusement, l’accusation qui depuis plus de deux ans, se fend la gorge à présenter Gbagbo comme le criminel idéal, n’a pas encore apporté un début de preuve.Elle ne fait que ressasser le discours de Ouattara, ceux de  ses sou- tiens visibles et obscurs. Est-ce pour cette raison que le pouvoir Ouattara, et ses mé- dias  affiliés se sont refusés de diffuser l’audience ? Sûrement que oui car les fa- meuses preuves de Bensouda  sont inco- hérentes, insipides. Il n’y a donc pas lieu de leur accorder un brin de crédit.

Alain Bouikalo

Source: aprica Info N 0 004 du Mercredi 27 Février 2013




Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !