Que fait Franklin Nyamsi, un natif du Cameroun, dans la réconciliation des Ivoiriens ?

Samedi 8 Juillet 2017 - 01:58


Franklin Nyamsi
Franklin Nyamsi
La réponse de Franklin Nyamsi

         Voici une question assez récurrente dont on me rebat les oreilles depuis des lustres dans les réseaux sociaux et dans la presse africaine. Une question redondante, qui me vient principalement des partisans les plus radicaux de l’ancien Président ivoirien, Laurent Gbagbo, qu’ils soient eux-mêmes Ivoiriens, non-Ivoiriens, ou par ailleurs citoyens adoptifs de pays occidentaux comme moi-même. Je voudrais une bonne fois pour toutes répondre à cette question, de telle sorte que le présent texte fasse foi et référence en la matière, chaque fois que la question sera posée. IL suffira alors à mes contempteurs de s’attaquer aux arguments de la présente tribune comme  à mes défenseurs de s’y référer objectivement pour, je l’espère,  pulvériser la vulgate haineuse et notoirement xénophobe que je vais à présent déconstruire.

Argument cosmopolitique : le droit d ’ingérence intellectuel

         La Côte d’Ivoire est dans le monde, partie totale de l’humanité. Or J’appartiens à cette espèce humaine et en particulier, mon métier est de produire des concepts, de penser justement le monde. Je suis professeur agrégé et docteur en philosophie. J’étudie, j’enseigne, j’écris des livres, je défends des causes et j’assume même des polémiques quand elles me paraissent nécessaires. Or tout intellectuel qui se respecte fera sienne la maxime suivante de Térence : « Rien de ce qui est humain ne m’est étranger ». Par définition, celui dont le métier est de penser n’a pas de sujet tabou. IL parle quand il estime avoir quelque chose à dire. Mieux encore, en raison de l’exigence de libre-pensée, l’intellectuel doit par définition se mêler de ce qui ne le regarde pas. Telle est la belle tradition que l’Affaire Dreyfus avec le fameux « J’accuse de Zola », à la fin du 19ème siècle, tout comme le procès athénien du philosophe Socrate, dans l’antiquité grecque, nous ont transmise.  Nous autres, intellectuels, sommes en fait des citoyens du monde. Et on ne s’étonnera pas de me lire sur le Cameroun, la Côte d’Ivoire, la France, l’Europe, l’Amérique, l’antiquité, la modernité, le ciel, la planète Mars, etc. Je n’ai de frontières intellectuelles que l’infini des objets possibles de la pensée…

Argument juridique : l’appartenance citoyenne à la Côte d’Ivoire

J’ai vécu pendant cinq années sans interruption en Côte d’Ivoire. J’ai sillonné et je sillonne ce pays dans tous les sens depuis plus de vingt ans. J’ai étudié à l’Université de Cocody-Abidjan. J’ai enseigné pendant mes cinq premières années ivoiriennes (1995-2000) entre Abidjan et Sikensi. Pendant ces années, j’ai fait la connaissance d’une citoyenne native de Côte d’Ivoire, Laetitia Anin, que j’ai épousée coutumièrement en mars 1999 et officiellement le 6 mai 1999 à la Mairie d’Abobo, à Abidjan en Côte d’Ivoire, comme en témoignent les registres d’état civil de cette commune, que les sceptiques peuvent toujours aller consulter. Or, en vertu de la loi ivoirienne, l’étranger qui a épousé une ivoirienne, devient de fait citoyen ivoirien au bout de 3 années de consommation dudit mariage. J’ai donc, de fait, la citoyenneté ivoirienne, conformément au droit ivoirien, puisque je suis marié depuis 18 ans à une citoyenne native de Côte d’Ivoire.  Avec nos trois enfants, nés en Côte d’Ivoire puis en France, nous formons de fait une famille cosmopolitique, avec trois ancrages citoyens : le Cameroun, mon pays natal ; la Côte d’Ivoire, pays natal de mon épouse et de mon fils aîné ; la France, ma seconde patrie adoptive, après la Côte d’Ivoire, par ailleurs patrie native de mon épouse, car elle est de mère franco-ivoirienne, cette France dont qui est la terre natale de mes deux enfants cadets.

         La loi ivoirienne interdit donc à quiconque de me traiter en étranger en Côte d’Ivoire. Et j’ai parfaitement le droit de poursuivre pour diffamation les contrevenants à ce droit. Avis aux ivoiritaires obsessionnels de tous les bords politiques! Car j'ai parfois la désagréable surprise de constater que certains de ceux qui ont le plus souffert de l'exclusion ivoiritaire n'hésitent pas, maintenant qu'ils en sont à l'abri, à l'utiliser contre de nouveaux boucs-émissaires. C'est alors l'hôpital qui se fout de la charité...

Argument idéologique : mon engagement panafricaniste avec Guillaume Soro

         Ceux qui me considèrent comme un intrus se mêlant des affaires ivoiriennes, ces partisans extrémistes de Laurent Gbagbo vivent bien souvent dans les pays européens. Se rendent-ils compte qu’on ne peut pas, sans être frappé de folie, être xénophobe alors qu’on s’est réfugié soi-même dans un pays étranger ? Si l’étranger est mauvais en soi, que foutent-ils dans le pays des autres ? Pourquoi vivent-ils des allocations françaises pour réfugiés, des aides de la CAF, et consorts, si l’étranger est le diable par essence ?   Se rendent-ils compte que le très panafricaniste Laurent Gbagbo se fait défendre pour une affaire ivoirienne par Maître Altit, un citoyen français au moment même où ils m’interdisent, moi originaire du Cameroun, de me mêler des affaires ivoiriennes alors même que je suis aussi citoyen de droit ivoirien ?  Les extrémistes xénophobes de la diaspora se rendent-ils compte qu’ils ont acquis les nationalités européennes et américaines, que leurs enfants afro-occidentaux qui naissent en Occident héritent de droits citoyens conquis de haute lutte par les révolutionnaires et réformistes occidentaux de tous les siècles passés ? Mieux encore, peut-on prétendre que Laurent Gbagbo est un leader panafricaniste et s’attaquer à Franklin Nyamsi au motif qu’il ne serait pas d’origine ivoirienne, quand on sait que les frontières qui fondent les nationalités africaines ont été décrétées par la barbarie du colonialisme occidental ?

         Ceux qui jactent à outrance contre mon engagement ivoirien devraient méditer sur le véritable panafricanisme que je partage avec le Chef du parlement ivoirien, le Président Guillaume Soro.  Pour nous, le panafricanisme n’est pas une revendication de façade. C’est une manière d’être africain en ce monde multipolaire. Le Camarade Bogota, des années 90 où j’ai fait sa connaissance jusqu’à ce jour, s’est révélé comme un panafricaniste dans l’âme, non pas de posture ou d’opportunité. Il a toujours œuvré, dans la proximité de sa vie quotidienne, dans la diversité de son cabinet de travail, de ses amitiés et de ses loyautés solides, pour une Grande Côte d’Ivoire exemplairement panafricaine. J’ai aujourd’hui le bonheur d’être le Conseiller Spécial de cet homme d’Etat exceptionnel, leader de ma génération africaine. Et nous cheminons courageusement pour la grandeur ivoirienne. Ouverte sur le monde et confiante en ses valeurs d’humanisme et de fraternité vraies envers tous les êtres humains. Guillaume Soro et moi pratiquons l’idéal d’une Afrique intégrée, solidaire, capable de faire face aux défis planétaires avec efficacité et vision proactive. Une Afrique qui donne chair, pragmatiquement, aux rêves de tous les grands penseurs panafricanistes des siècles précédents, des Du Bois  et des Nkrumah à Mandela…

         Oui, en un mot, en me mêlant d’œuvrer à la réconciliation des Ivoiriens, je sers l’humanité, je sers l’Afrique, je sers la Côte d’Ivoire, je sers ma famille, et j’honore la chance que La Vie, dans sa majestueuse Toute-Puissance, m’a offerte d’être le fils divin de la Terre, Nyam-Si, qui veut dire, en langue bantoue, Dieu Terrien. J’ai donc dit. 




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