Que celui qui a des oreilles...

Samedi 8 Février 2014 - 09:17


C’était il y a bien longtemps. Au temps de (feu) « Nanan Boigny ». Bien sûr, les gens du peuple s’en souviennent encore, comme si c’était hier.
A chaque visite d’un chef d’Etat en Côte d’Ivoire, un accueil chaleureux - au propre comme au figuré – lui devait être réservé. C’est « Nanan » qui le voulait ainsi. La légendaire hospitalité du peuple ivoirien, se devait d’être respectée et traduite dans les faits. Le chef d’Etat en visite dans notre pays était sûr de trouver,  à sa descente d’avion et tout au long du parcours le menant au palais présidentiel, des  foules immenses rassemblées, sous un soleil de plomb, chantant, dansant, criant à tue-tête, les louanges d’Houphouet Boigny, du PDCI-RDA, de la Côte d’Ivoire. Bref, un accueil délirant que le visiteur ne devait pas oublier de sitôt. Il y a bien longtemps, les gens du peuple se rappellent de ces moments inoubliables. Ils étaient toujours précédés de communiqués appelant à aller « accueillir Houphouët », à la télévision, à la radio nationale et dans le journal gouvernemental. En ce temps-là, l’on croyait dur comme fer que cet accueil « chaleureux » réservé à l’hôte, attiserait sa sympathie, et surtout l’amitié de son pays pour notre chère Côte d’Ivoire. Toutes les couches sociales du pays devaient y participer. Il valait mieux ne pas s’exposer à la colère du « Père-fondateur ». Même les lycéens et collégiens d’alors étaient sommés de porter le fameux uniforme « bleu-blanc » (sans oublier la cravate noire pour les garçons), en ce jour « capital », et de se rendre au lieu d’accueil qui leur est réservé, parfois plusieurs heures à l’avance. Et gare à celui ou celle qui ne se plierait pas à cette exigence du « Père de la Nation » !
Mais c’était, il y a bien longtemps. Les temps ont changé. Les gens du peuple ont compris. Mais le déclic est survenu lorsqu’un des leurs, leur rappela ce que De Gaulle, un homme d’Etat français affirma, il y a plusieurs années: « les Etats n’ont pas d’amis. Ils n’ont que des intérêts ». Fini donc les accueils interminables sous le chaud soleil. Le visiteur sera néanmoins le bienvenu. Mais nous savons désormais que nos cris, nos chants et danses ne signifient rien pour lui et que seul compte l’intérêt qu’il tirera de cette visite pour le pays qu’il sert.
Certes nous vivons un siècle où aucun Etat ne peut se développer sans entretenir des relations avec les autres Etats. Mais malheureusement et très souvent, le cadre de ces relations s’apparente en réalité à une jungle impitoyable, où chacun défend ses intérêts au détriment des autres, des plus faibles ; une jungle où les moins nantis subissent le dictat des plus puissants, somme toute, à travers chantages honteux et prétextes fallacieux. Le monde actuel est ainsi régit. Les puissances dites mondiales imposent au reste des pays, leurs vues, sûrs de leur puissance militaire. Elles s’érigent en véritables gendarmes à travers le monde. Soutenant tel régime, imposant tel chef d’Etat, renversant l’autre ; créant le désordre à travers des rebellions montées de toute pièce,  là où leurs intérêts semblent menacés ; intervenant partout avec droit de vie ou de mort quant cela leur chante…
Or aucun Etat n’est supérieur à un autre. Même ceux qui sont dits plus grands ont besoin des plus petits pour continuer à se développer. Cela même si parfois, les forces en présence sont disproportionnées. C’est pourquoi les gens du peuple croient fermement qu’il faille nécessairement faire recours au principe du partenariat « gagnant-gagnant », c'est-à-dire un partenariat où personne ne se sucre sur le dos de l’autre.
Les temps ont changé. Les gens du peuple ne sont plus dupes. Ils sont dorénavant vigilants et ne se laissent plus prendre au piège au nom des « liens historiques » ou des « relations d’amitié ». Car l’amitié suppose un soutien inconditionnel. De vrais amis ne se jugent pas et ne tiennent pas compte du temps qui passe. Si les Etats devaient entretenir ce genre de relation, alors c’en serait fini de la démocratie et de l’Etat de Droit.
Malheureusement, en Côte d’Ivoire, certains sont encore restés dans le passé. Prêts à rééditer – s’ils le pouvaient - le scénario des accueils « chaleureux », comme jadis au temps du « père-fondateur ». A l’image du régime en place, qui annonce l’arrivée prochaine du numéro un français, François Hollande.
Pour le régime d’Alassane Ouattara : « le premier citoyen français vient féliciter le numéro un ivoirien pour son esprit de démocratie, ses performances économiques, ses actions pour la décrispation de la situation sociopolitique, sa ténacité et son acharnement au travail bien fait et son intérêt à faire de son pays, un cas d’école ». La conclusion de cette déclaration, teintée de jubilation est encore plus révélatrice de l’état d’esprit de ce qui la font : « Il faut, plutôt, voir dans l’arrivée du président Français, une autre opportunité et une note d’espoir pour la Côte d’Ivoire. Car, quoi qu’on dise, la France est la 5ème puissance mondiale ». Il ne reste plus qu’à lancer des appels aux populations pour qu’elles sortent accueillir, le président français, François Hollande, comme cela se faisait autrefois.
Mais les gens du peuple savent très bien, qu’au-delà de François Hollande et malgré son discours de rupture sur la françafrique, il s’agit de la France. La même France qui bombarda, sans vergogne Abidjan, la capitale ivoirienne, la France qui ferme les yeux sur les violations massives des droits de l’homme en Côte d’Ivoire, la justice à double vitesse, l’impunité des chefs de guerre, Duékoué, Nahibly….
François Hollande, reste malgré tout dépositaire de la France néocoloniale,  celle qui écrase tout sur son passage pour que vive ses seuls intérêts. Mais les gens du peuple ont encore en mémoire les paroles d’un de leur illustre fils, injustement enfermé à la Haye, dans une prison néocoloniale : « En ce qui me concerne, je continue de refuser la position de la monture dans laquelle l`on veut absolument maintenir le peuple africain. En effet, je reste persuadé que dans le rapport dialectique du cavalier et de la monture, quelles que soient la qualité et la quantité du foin que le cavalier donne à la monture, la position de celui-là (le cavalier) reste largement confortable par rapport à la position de celle-ci (la monture). Dans un monde de compétition, il est illusoire de croire qu`un peuple peut assurer le bonheur parfait d`un autre peuple; l`Histoire ne donne aucun exemple de ce type ». Que celui qui a des oreilles entende !
 
Marc Micael
Chroniqueur politique
marcmicael@yahoo.fr




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