"Quand l'histoire hésite": Le procès de la Haye fait à Laurent Gbagbo et à Charles Blé Goudé.... Michel Galy

Jeudi 3 Mars 2016 - 20:58


Et si tout c 'était joué ce lundi 1er février, lorsque Maître Emmanuel Altit se leva, au nom de la Défense ? Pour répondre à la Procureur gambienne Fatoumata Bensouda et à l'avocate italienne Paolina Massidda « représentante des victimes »(mais qui de fait ne représente que les victimes pro-Ouattara), Laurent Gbagbo a fait le choix paradoxal d un avocat français rompu à ce curieux mixte de la procédure de la Cour Pénale internationale, entre « Commun Law » et Droit civil.
A la surprise de beaucoup, le public eut droit à une défense de rupture- non pas à la Jacques Vergès qui eut remis en cause la légitimité de la Cour elle même:l'avocat de la Défense s'attaqua à la « France coloniale » qui « a fait le travail » ,renverser le régime Gbagbo et arrêter le président lui même, avant que les forces spéciales françaises ne le livrent aux partisans d 'Alassanne Ouattara ce 11 avril 2011.
Remontant à l'élection de Laurent Gbagbo en 2000, et surtout aux débuts de la rébellion de Guillaume Soro en 2002 , M° Altit n'eut de cesse de rappeler le contexte des quatre graves épisodes de la « crise post électorale(décembre 2010- avril 2011) reprochés aux deux accusés : le refus de certains milieux françafricains de l' élection de 2000 et la rébellion téléguidée depuis 2002 à partir du Burkina Faso.
Au delà des 726 victimes du camp Ouattara représentées à la CPI, et même des 3000 victimes « officielles » de la crise, la Défense peut s 'appuyer sur les chiffres jusqu'ici tenus sous le boisseau de la Commission Dialogue, Vérité , et Réconciliation pilotée par l'ancien ministre Konan Banny qui estime le bilan de la crise à plus de 16000 victimes en Cote d'ivoire, y compris dans le Nord mis en coupe réglée par les fameux et sanglants « com-zone » de Soro.
Ce sont bien deux conceptions de l' Histoire récente qui s'affrontaient, et le malaise croissant du Procureur( qui instruisit à charge) devant les preuves multiples de le la Défense, révélait cruellement les lacunes d'une version franco- ivoirienne progressivement battue en brèche par nombre d' ouvrages récents et de repentis médiatiques.
Les incidents d'audience successifs, la révélation inopinée par le procureur MacDonald de l'identité de cinq témoins en principe anonymes de l’accusation (dont le général Mangou, ex CEMA du président Gbagbo), le coté babélien des témoignages(traduction français/anglais /dyoula chaotique) peuvent aboutir comme le dit la journaliste Leslie Varenne à un « désastre judiciaire », ou même pour Stéphanie Maupas à la constatation publique que la CPI n' est qu'un malhabile « joker des puissants ».
Une solution négociée, à commencer par une assignation à résidence de Laurent Gbagbo(dont les 70 ans amènent à réflexion) est elle possible ? Ou faudra t il assister 3 ans encore à cette tragi-comédie ? Si tout est possible, c' est aussi que les élections présidentielles de 2015 sont déjà passées à Abidjan:n' était ce pas , pour beaucoup d'observateurs, la raison profonde de cette inéquitable « justice des vainqueurs ?



MICHEL GALY
envoyé spécial à La Haye

PARUTION DANS LE MENSUEL "AFRIQUE ASIE" DE MARS 2016
DU REPORTAGE DE MICHEL GALY A LA CPI/
 




Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !