Projet de constitution :Une loi tout aussi budgétivore qu'inopportune ( par N'zuéba Ekambié yakibié)

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Samedi 22 Octobre 2016 - 23:25


 
Depuis que le chef de l’Etat a nommé un comité d’experts pour la rédaction d’une nouvelle constitution, tout le microcosme politique ivoirien est entré dans une espèce de transe où  l’égarement le dispute à l’opportunisme politique. Pour preuve, dès que l’avant projet de loi a été rendu public à travers la présentation, par son initiateur, à l’assemblée nationale le mercredi 5 octobre 2016, les députés ivoiriens par un réflexe moutonnier l’ont adopté. Ainsi pour le revêtir du label de projet de loi à soumettre au référendum le 30 octobre 2016. Et pourtant, il leur avait demandé de faire des amendements ! Comment en une journée, sinon en moins de 24 heures, un texte d’une telle ampleur et d’une telle importance a-t-il pu faire l’objet d’un examen objectivement sérieux pour être adopté presque à l’unanimité ? Faut-il en conclure que la possibilité d’amendement  suggérée aux députés n’était qu’une opération trompe-l’œil ? Cette possibilité annoncée à grands renforts de propagande fait-elle insinuer que la Côte d’Ivoire est un pays de droit ; où règnent de véritables débats politiques ouverts et démocratiques ? Quelle ténébreuse mascarade !? Heureusement que l’unanimisme recherché a été grippé par quelques voix dissonantes, dignes de véritables représentantes et représentants du peuple ayant une conscience aigue de l’avenir de notre pays. 
La justification de cette nouvelle constitution a été fournie par son initiateur. Elle résulterait des recommandations de  la conférence de Linas-Marcoussis de 2003 voulue par la France de Jacques Chirac. Soit ! Mais à ce que je sache, cette conférence du bradage de la souveraineté ivoirienne, selon les comptes-rendus de tous les participants demandaient seulement de modifier l’article 35 de la constitution de 2000, au motif qu’il était « confligène ». D’où vient-il maintenant que, Ouattara s’autorise à doter la Côte d’Ivoire d’une nouvelle loi fondamentale en faisant fi des préoccupations essentielles du peuple ivoirien? Est-ce sa « nationalité douteuse ???», selon le conseil constitutionnel ou sa « candidature dérivée » qui l’amène à adopter une telle posture ? Toute loi fondamentale qui n’est en fait qu’un contrat social doit tenir compte des préoccupations vitales des populations qui vivent dans l’espace qui est le leur. C’est pourquoi, dans  un pays comme le nôtre, son élaboration doit répondre à un certain nombre de défis dont par exemple le défi de la vérité, le défi de la réconciliation, le défi de l’identité, le défi de la liberté, le défi de la libre expression, le défi du rassemblement, le défi de la coopération avec les autres pays du monde, etc. Une telle loi ne peut donc pas être une loi revancharde. Or, le texte actuel pue en filigrane la revanche d’un homme et d’un clan prétendument exclu pendant longtemps de la gestion de la Côte d’Ivoire.  
Maintenant que l’étape de l’assemblée nationale a été franchie aux forceps, ainsi que par intimidations, et pourquoi ne pas le dire, par achats de conscience, l’on s’attaque au peuple ivoirien avec les mêmes vilains procédés. Nul doute ! Le 30 octobre 2016, les électeurs qui se présenteront dans les bureaux de vote pour accomplir leur devoir citoyen seront sollicités par les courtisans de tout acabit pour échanger le oui contre des espèces sonnantes et trébuchantes. Si ce n’était pas le cas, pourquoi vouloir établir deux bulletins de vote alors que depuis un certain temps, les votes se font au moyen d’un bulletin unique ? Et comme cela ne suffira pas, la commission électorale indépendante (CEI) ou mieux la commission électorale indécrottable se chargera, à l’occasion, des opérations de consolidation des résultats de gonfler les chiffres tant au niveau du taux de participation que des votes en faveur du oui. Le peuple ivoirien n’est pas naïf. Le moment venu, il saura rétablir la justice et l’équité.
Les mass-médias ivoiriens, notamment la télévision ivoirienne, la radio nationale et la presse gouvernementale (le quotidien Fraternité-Matin) sont utilisés sans retenue et avec une arrogance grossière par les caudataires du PDCI-RDA et du RDR pour vendre leur camelote assortie du cafouillis nauséabond. Dans le même temps, les partis politiques et les citoyens intègres, opposés à l’adoption de cette nouvelle constitution ne disposent d’aucun moyen démocratique pour faire valoir leurs arguments. Ils sont traqués, jetés en prison, maltraités et contraints au silence.
Devant un tel déni de libre expression et de démocratie que reste-t-il au peuple bâillonné de Côte d’Ivoire sous l’ère du régime Ouattara ? L’indifférence ! L’abdication ! A mon humble avis, ni l’une ni l’autre de ces attitudes ne sied à la situation. Le combat pour contrarier cette loi budgétivore et inopportune doit revêtir plusieurs aspects. Prôner uniquement l’abstention aurait été, dans un pays de véritable démocratie, la meilleure façon de répondre au mépris que Bédié et Ouattara affichent à l’égard du peuple souverain de Côte d’Ivoire. Mais, certains de nos compatriotes éprouveront de bonne foi le besoin – ce qui est leur droit – d’accomplir leur devoir de citoyen. A ceux-là, il faut expliquer avec forces arguments, par tous moyens appropriés, que leur  vote doit être sanctionné par un non catégorique. Il n’est pas tard d’agir dans ce sens. Il faut également multiplier les manifestations de rues  - malgré les divers obstacles dressés par le pouvoir Ouattara – pour que la population ivoirienne et la communauté internationale sachent qu’il y a un déni de démocratie musclé à la bâillonnette en Côte d’Ivoire. 
A ce stade, une interpellation des futurs candidats aux législatives s’imposent. Qu’attendez-vous de Ouattara, vous députés-sortants et les nombreux autres qui sont candidats sous la bannière des différents partis formant le RHDP pour la prochaine législature ? Car, des milliers que vous êtes, seulement 250 sont retenus après les différentes purges de chaque chapelle. Ainsi, 120 sièges pour le RDR, 80 pour le PDCI-RDA et 50 pour les autres menu fretins de partis de l’attelage. Pour éviter que vous n’alliez grossir les rangs des opposants et autres militants indépendants des autres partis politiques et de la société civile pour le boycott du référendum, Bédié et Ouattara ont décidé de ne publier la liste de ceux parmi vous qui sont retenus qu’après le vote du référendum. Investissez-vous pour voter cette loi qui vous cisaillera et vous n’aurez que vos yeux  pour pleurer quand vous saurez la vérité sur le sort réservé à vos candidatures !
Ouattara ne cite que Bédié, de façon ironique d’ailleurs, dans ces prises de parole publique. Or, il n’y a pas pires injures que Ouattara débite au peuple ivoirien que de l’ignorer, d’en faire sa semelle et sa serpillère. Si nous peuple de Côte d’Ivoire, croyons être fiers et dignes, tout à l’opposé du mépris de Ouattara, utilisons nos armes du stoïcisme en restant à la maison pour veiller sur nos enfants et petits enfants, ce 30 octobre 2016. Aucun vote monocolore RHDP ne peut accréditer d’une onction démocratique ce référendum ethnicisé et antirépublicain.
Souvenons-nous, par ailleurs, que  toutes les dépenses de l’Etat sont en principe financées par les impôts. Aussi   convient-il  de se demander comment l’Etat Ouattara va financer sa Vice-présidence, son Sénat et sa Primature ? Evidemment par les impôts des contribuables ivoiriens. De plus, sans entrer dans les détails de cette nouvelle Loi, car tel n’est pas l’objet de mes propos, peut-on raisonnablement admettre qu’une institution comme la Vice-présidence dont le titulaire est élu sur le même ticket que le président de la République n’agisse que par délégation de celui-ci, au lieu de consacrer ses attributions par la constitution ? Que cherche-t-on encore à cacher au peuple de Côte d’Ivoire ? Pourquoi la gestion de notre pays sous le régime  Ouattara emprunte-t-elle toujours les méandres de la dissimulation ? Quelle incongruité diabolique ! 
Enfin, Il y va aussi de la préservation de nos maigres revenus.  De toute évidence, après l’adoption de cette nouvelle constitution, les impôts qui accablent déjà trop les contribuables ivoiriens seront augmentés de facto, sans autre forme de procès. Allons-nous encore donner carte blanche à Ouattara et à ses obligés pour qu’ils nous appauvrissent davantage ? Nous devons donc faire barrage par tous les moyens démocratiques à notre disposition, à savoir l’abstention massive pour les uns tout autant que le non massif pour ceux qui éprouveront le besoin d’aller voter le 30 octobre 2016 en vue d’accomplir leur devoir citoyen. Le salut de notre cher et beau pays est à ce prix.   
 
N’ZUEBA Ekambié Yakibié  
 




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