Projet d’élimination médicale, transfèrement à la CPI: Comment Géraldine Odehouri et Oumar Diawara ont sauvé Laurent Gbagbo

Avec l’aide de Louis Moreno Ocampo

Samedi 12 Mai 2012 - 16:19


Projet d’élimination médicale, transfèrement à la CPI: Comment Géraldine Odehouri et Oumar Diawara ont sauvé Laurent Gbagbo
Le 29 novembre, à la stupeur de ses partisans, Laurent Gbagbo, ancien président ivoirien, a été transféré à la Cour Pénale Internationale, pour y répondre diton, de faits qualifiés de crimes contre l’humanité. Le 18 juin prochain, il sera présenté devant les juges de cette cour pour l’audience dite de confirmation des charges. « L’Eléphant Déchaîné » qui enquête depuis quelques temps sur l’environnement qui a entouré ce transfèrement à la Cpi (et qui a déjà publié des dossiers sur cette question), met aujourd’hui à la disposition de ses lecteurs, le contenu d’un document rare qu’il a réussi à se procurer auprès de certaines sources étrangères très au fait du fonctionnement de cette Cour Pénale internationale. Document qui concerne les échanges inédits entre Géraldine Odehouri, conseillère juridique dévouée de Laurent Gbagbo, Louis Moreno Ocampo, le procureur sortant de la Cpi et Oumar Diawara, un intermédiaire judiciaire très informé et très proche du procureur de la Cpi et ami de Géraldine Odehouri. Le 18 juin prochain, les juges de la Cpi rendront leur décision au sujet de la poursuite ou non de la procédure ouverte contre Laurent Gbagbo. Cette décision, qu’elle soit pour ou contre la poursuite de la procédure ne surprendra pas « L’Eléphant Déchaîné », au regard des dialogues qui vont suivre et dont nous vous proposons l’épisode 1 aujourd’hui. Bonne lecture, bonne digestion et bon weekend !

Un projet d’élimination médicale contre Gbagbo?

Le mail d’Ocampo à Oumar Diawara à propos des personnes du camp Gbagbo placées sous surveillance dès mars 2011.
Date : dimanche 6 mars 2011 à 15 heures 3 minutes Oumar, Comme promis, ci-dessous les 14 noms. Je t’envoie copie des mandats
dès émission demain. Il y a 18 autres qui seront ajoutés demain et que je te communique après validation.
1-Laurent Gbagbo
2-Simone Ehivet Gbagbo
3-Désiré Tagro
4-Alain Dogou
5-le général Philippe Mangou
6-le général de Corps d’armée Kassaraté
Tiapé Edouard
7-le général de division Aka Kouadio Marc
8-le général de division Vagba Faussignaux
9-le général de division Guiai Bi Poin
10-le général de division Touvoly Bi Zogbo
11-le général Dogbé Blé Bruno
12-le général Deto Letto
13-le général Brindou M’Bia
14-le Commandant Anselme Seka Seka
Je suis en partance pour le Caire concernant le dossier Lybien. Je suis désolé mais je vais ouvrir une enquête sur la CI au plus tard le 14/3. Les mandats sont émis par rapport à Interpol qui a la charge de les appréhender. On se parle ce soir dès que je suis au Caire. Je pourrais te donner te plus amples détails sur les « mesures prudentielles ».
Le même jour à 23 heures 31 minutes, Oumar Diawara transmet le mail d’Ocampo à Géraldine Odehouri. Destinataire : Géraldine Odehouri Brou.Objet : TR : mandats confidentiels –personnes concernées « Géraldine, transmission copie mail des personnes sur mandats, j’apprends qu’il y a 18 autres en cours pour demain. Pour l’Algérie, si demain c’est pas réglé, je m’en vais d’ici, suis trop dégoûté… l’ambassadeur a sabordé ce dossier, j’ai passé toute la journée à régler les conneries de messages envoyés par lui à son ambassadeur…il est foncièrement contre votre gouvernement… !!! Lamamra a fait volte-face hier contrairement à son rapport favorable à LG (Laurent Gbagbo, ndlr) »
  Le 20 mars 2011, Ocampo écrit de nouveau à Oumar Diawara et lui donne les arguments que le camp Gbagbo devrait utiliser pour que la Cpi n’ouvre pas d’enquête sur la Côte d’Ivoire. « Oumar, je ne suis pas ton conseiller juridique, je rigole. Son argumentation (celle de Odehouri, ndlr) doit tenir compte de ceci, et de démontrer le moment venu au procureur et à son bureau que les compétences ne sont pas réunies pour une enquête. A cela, 4 critères qu’il doit écarter.
1-s’il existe une base raisonnable pour croire que des crimes relevant de la compétence de la Cour (crimes de guerre, crimes contre l’humanité,génocide) ont été ou sont en voie d’être commis en Côte d’Ivoire.
  2-si ces crimes éventuels font l’objet d’enquête ou de poursuites par les autorités compétentes et dans l’affirmative, si ces procédures peuvent être qualifiées de véritables.
3-si ces crimes éventuels sont d’une gravité suffisante pour justifier de l’ouverture d’une enquête par la cour pénale internationale.
4- s’il y a des raisons de considérer que l’ouverture d’une enquête par la CPI ne servirait pas les intérêts de la justice locale. Cher ami, ce sont ces points que ton contact doit développer, sans plus.

Dans le memo reçu et la lettre du camp Ouattara, ils ont fait la transmission de plusieurs rapports notamment de HRW (Human Rights Watch, ndlr) et de l’International Crisis Group de Harbour, dans lesquels il est indiqué que le camp Gbagbo s’est mué en camp de voyou et extermine son peuple. J’ai ouvert une enquête certes, mais pas officiellement pour le porter à la connaissance des protagonistes. Si tu peux diligenter la rencontre afin qu’Emeric en tienne compte dans son rapport final ce sera bien. Bon, là, je te laisse, je dois aller à une réunion. Porte-toi bien, Oumar.» Le même jour, Oumar transfert le message d’Ocampo à « son contact » qui n’est autre que Géraldine Odehouri.La réponse de Géraldine Odehouri « Oumar Diawara, tu n’es pas le conseiller de LMO (Louis Moreno Ocampo, ndlr), mais moi tu es mon conseiller très spécial chargé des affaires très spéciales ! Sourire. J’ai pris bonne note du contenu du mail, je m’y atèle dès demain. Si j’ai des questions supplémentaires, je te call aniway (je t’appelle de toutes les façons, ndlr) »

Le 11 avril 2011, Laurent Gbagbo, après plusieurs jours d’affrontements à Abidjan entre les Frci et une partie des Fds qui lui sont restés fidèles et surtout après les bombardements de l’Onu-ci appuyé par la Force Licorne, est capturé en sa résidence à Cocody et transféré au Golf Hôtel, quartier général de son adversaire, Alassane Ouattara. Avant d’être conduit les jours suivants, au nord du pays, précisément à Korhogo, où il sera placé en résidence surveillée. Dans son camp, c’est la débandade et le sauve-qui-peut. Géraldine Odehouri, sa dévouée conseillère juridique qui a réussi à quitter le pays sans grands dommages, maintient ses contacts avec son ami et important intermédiaire judiciaire très proche du procureur de la Cpi, Louis Moreno Ocampo. Le 21 Mai 2011, Odehouri qui veut tout mettre en oeuvre pour éviter le transfèrement à la Cpi de son patron qu’elle appelle affectueusement « papa », échange de nouveau avec Oumar Diawara, par messages instantanés.
Oumar D : « Salut Maître, comment tu vas ? »
Odehouri : « Bien, cher monsieur »
Oumar D : « Alors LMO, il m’a l’air très embêté par rapport à sa position dans ce dossier et cherche à être épaulé, sinon il ne tiendra. Son adjointe est Gambienne et se nomme Fatou Bensouda. »
Odehouri : « Que faut-il faire ? »
Oumar D : « Dans sa première saisine, il a voulu ne rien faire et tu te souviendras qu’il a pris le risque de vous écrire. Mais de votre côté les choses n’ont pas bougé. Et voilà qu’aujourd’hui, il veut se baser sur ça mais les pressions politiques notamment concernant « son dîner » hier tournaient autour de la 2ème saisine tout en ignorant la 1ère. Voilà pourquoi il nous a donné les 3 premiers documents pour dire les choses clairement. Il ne lui reste que deux voies parallèles. Soit, il fait usage de la 1ère mais avec votre implication un peu plus forte, soit il inculpe Gbagbo, Simone, Affi et Alcide Djédjé. Demande leur comparution aux premières audiences car malgré qu’il m’ait demandé de transmettre «sa demande expresse » à ce que vous écriviez au DH (Division des droits de l’Homme, ndlr) à Genève pour participer aux enquêtes sur la Commission créée rien n’a été fait. Alors, deux choses, clairement : Soit vous savez ce que vous faites et lui se « cantonne » dans son rôle de procureur de la Cour ; soit vous « bougez» et lui dites ce qu’il fait. »
Le même 21 mai 2011, à 13 heures 52 minutes, Odehouri et Oumar ont repris leurs discussions mais Odehouri, après les informations reçues, n’avaient pas vraiment le moral au point où elle a envisagé d’abandonner le combat. Mais Oumar Diawara va lui redonner confiance.
Géraldine Odehouri : « Il y a des jours, j’ai envie de tout laisser tomber. Au fait donc, LMO (Louis Moreno Ocampo, ndlr), n’envisage même d’inculper les Soro et consorts ? C’est quand même dégueulasse tout ça »
Oumar D. « Si, justement, mais pour cela, il a besoin de toi. Voilà pourquoi il t’a envoyé les 3 lettres ». Odehouri :  « Il n’y a rien dans les lettres…»
Oumar D : « Si, si. Il y a quelque chose dans les lettres, notamment enquête depuis 2003.Si une chose avec LMO est sûre, c’est qu’il fait toujours ce qu’il dit. »

Odehouri : « C’est juste le mémo que je fais qui les mettra en cause (Soro et consorts, ndlr). Est-ce que ça suffira ? »
Oumar D.  « Il dit qu’il a d’autres dossiers sur Soro qu’il te communiquera;Projet d’élimination médicale, transfèrement à la CPI
 
Odehouri : « Ok »
Oumar D:. « Mais je pense que tes avocats doivent venir pour que vous ayez une séance, une vraie. Laissez Singleton (une des enfants du couple Gbagbo, ndlr), s’occuper d’Abidjan.»
Odehouri : « En tout cas, rassure le président. Moi aussi, je fais toujours ce que je dis. Je suis obligée de compter sur toi. »
Oumar D:  « Je ferai tout ce que je peux. C’est de cette période que j’avais peur à l’époque quand j’insistais, tu te souviens ?
Odehouri : « Oui. Tu crois qu’on va y arriver ? »
Oumar D. : « Un moment j’ai commencé à douter, mais là je reprends espoir. LMO, c’est clair ou as-tu besoin de précision ?
Odehouri: "LMO, c’est clair ! »Oumar Diawara apprend alors à Odehouri que selon des informations obtenues auprès d’un certain Fitzgerald (le sous-secrétaire américain aux affaires africaines, William Fitzgerald?), d’un projet d’atteinte à l’intégrité physique de Laurent Gbagbo est en préparation.
Oumar Diawara :« Fitzgerald pense que Gbagbo sera mis à mal dans sasanté avant son inculpation. Voilà pourquoi ils l’ont obligé à faire sa déclaration sur son traitement et son état de santé ».
Odehouri : « Ah bon, pourquoi dit-il ça ? Moralement ou physiquement? »
Oumar D. :« Je sais pas ! Juste un mémo flash qu’il m’a envoyé et m’a demandé de transmettre. Voilà pourquoi nous continuons à prier et à croiser les doigts pour que Gbagbo (emprisonné à Korhogo, ndlr) ait ce téléphone pour qu’on puisse lui filer les infos et sa conduite à l’intérieur de la résidence en lui disant de rester bien éveillé. »
Odehouri : : « C’est vrai, parce que mon papa n’est pas très prudent…»
Oumar D: «Oui, je sais. Il y a une élimination « médicale » en vue. »
Odehouri : « C’est effrayant ce que tu me dis ! »
Oumar D: . « Voilà pourquoi je te le dis »
Odehouri : « Elimination médicale de la part de son propre médecin ? »
Oumar D:« Non, le médecin aura des produits « retouchés » sans le savoir, mais j’ai rien de concret. Je le dis encore, c’est une info flash de Fitzgerald pour justifier son intervention au sénat. Ils (le camp Ouattara ?,ndlr) ne veulent pas forcément qu’il (Gbagbo, ndlr) arrive forcément à la Cpi avec toutes ses facultés. »

Odehouri :« Mon Dieu ! Comment peut-on être aussi cruel ? »

Oumar D: : « Tu as vu Obiang (Obiang Nguema Mbasogo, président de la Guinée Equatoriale, grand ami de Laurent Gbagbo, ndlr) à la cérémonie de ADO (ADO, Alassane Dramane Ouattara, président ivoirien investi à Yamoussoukro le 21 mai 2011, ndlr), tous des traites. »
Odehouri : « J’ai décidé de ne pas regarder l’investiture, je suis trop dégoûté déjà ».
Oumar D: . « Au fait, elle est où, la lettre de LMO ? »
Odehouri: « Elle est avec moi, ici !»
Oumar D:. « Ok, Dieu merci. Je pensais qu’elle était dans le coffre emporté.
Donc, pour récapituler, LMO, il faut commencer à penser à lui. Emeric (Emeric Roger, chef section analyse au bureau du procureur de la Cpi, ndlr), aussi. Djameh (Yaya Djameh, président de la Gambie, grand ami de Laurent Gbagbo, ndlr), pour Fatou Bensouda, Djameh pour les enfants du patron, Fitzgerald pour approfondir l’info et croiser les doigts pour le téléphone de « koro »(« Koro », Laurent Gbagbo, ndlr) ».
Laurent Gbagbo a-t-il reçu ce téléphone qui devait lui permettre d’être informé de tout ce qui se préparait contre son intégrité physique, contre sa santé ? Est-ce en bonne santé mentale et physique qu’il s’est retrouvé à la Cpi ? C’est ce que nous verrons la semaine prochaine, si Dieu le veut.

ASSALE TIEMOKO

SOURCE: L’éléphant déchaîné N°054 du vendredi 11 au lundi 14 mai 2012




Tags : cpi, Gbagbo, ocampo


1.Posté par assi claude carmel le 30/05/2012 16:26
bien dit

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