Procès en Assises des pros-Gbagbo : Les temps forts de l'audience du 11 février. Les véirtés de Alcide Hilahiri Djédjé, Ettien Amoikon, Dogo Raphael et Christine Adjobi

Samedi 14 Février 2015 - 04:17


Procès en Assises des pros-Gbagbo  : Les temps forts de l'audience du 11 février. Les véirtés de Alcide Hilahiri Djédjé, Ettien Amoikon, Dogo Raphael et Christine Adjobi
Plus on monte dans le niveau de responsabilité des prévenus, dans le  procès des pros-Gbagbo, moins le parquet général, représentant l’accusation, devient  percutant. C’est le constat qui a été fait hier au palais de justice. Alcide Hilahiri Djédjé, Ettien Amoikon, Dogo Raphael et Christine Adjobi, dans le box des accusés, ont littéralement confondu la cour, sur les faits génériques à eux  reprochés, à savoir, « atteinte à la sureté de l’Etat, trouble à l’ordre public, incitation à la haine, collaboration avec des miliciens et mercenaires etc. » Appelé le premier, à la barre, l’ex ministre des affaires étrangères du président Laurent Gbagbo, a raconté les circonstances de son arrestation avant d’être transféré dans la prison de Boundiali.  « Que faisiez-vous pendant tout ce temps ? » demande le juge. « Je gérais les affaires diplomatiques » répond-il. Et le juge de revenir à la charge: « Aviez-vous connaissance des groupes d’autodéfense ? » « Non » rétorque le diplomate. Le juge poursuit : « Pourquoi êtes vous allé à la Pergola ? » « Je suis allé d’abord à la Présidence le 30 mars 2011 à cause de la situation sécuritaire. Il y avait des attaques surtout à Abobo  » confie le ministre Alcide Djédjé. Après cette série de questions, le juge procède à une autre étape de son interrogatoire en s’appuyant cette fois-ci sur le volet diplomatique géré par l’inculpé pendant la crise. « Quelle était la position des organisations régionales, sous régionales et continentales comme la CEDEAO et l’UA ? » charge le juge « Les discussions n’étaient pas terminées. Le processus des discussions était en cours » se défend l’ex ambassadeur de la Côte d’Ivoire aux Nations Unies. « Les négociations se sont arrêtées à quel moment ? » interroge à nouveau, l’homme de droit « Fin Mars » répond l’accusé avant d’ajouter : « Je faisais la navette entre les ambassades des Etats Unis d’Amérique, de la France. Je discutais avec le représentant du président Blaise Comparoré et Ahoussou Jeannot qui représentait la partie Alassane Ouattara. » A la question du juge de savoir qu’est-ce qu’il pense du procès pour lequel il se trouve devant le juge, il déclare : « Depuis le début de la crise en 2002, il n’y a jamais eu de procès contre qui que ce soit ; par conséquent, je pense qu’on ne devait pas avoir de procès. » Et le juge de revenir sur les coulisses des négociations menées par l’UA et la CEDEAO : « Y a-t-il eu des  propositions de la CEDEAO et de l’UA pour résoudre le contentieux électoral ? » Interroge-t-il « Oui, des propositions ont été faites dans ce sens. Par exemple, il a été proposé un gouvernement de coalition. Cette proposition n’a pas été acceptée par le président Laurent Gbagbo. Les négociations ont été interrompues alors qu’elles pouvaient se poursuivre », révèle le diplomate. Et l’homme d’ajouter : « Il a été décidé que, pour l’intérêt supérieur de la nation, le président Laurent Gbagbo se retire et que Alassane Ouattara soit investi. Une loi d’amnistie devait être votée pour accompagner cette proposition en plus d’un gouvernement de transition. C’était la première proposition de la médiation.  La deuxième proposition est que Gbagbo demeure président et Alassane Ouattara lui, occupe la vice-présidence avec un gouvernement de coalition. » Abordant la problématique du vainqueur des élections abordée par le président Dembélé Tahirou, l’ex ambassadeur de la Côte d’Ivoire à l’Onu  a mis Choi à l’index, dans la crise qui a causé la mort de plusieurs ivoiriens et provoqué un  « génocide wê », dans l’ouest du pays : « Choi a outre passé ses obligations. Il ne devait pas prendre parti en déclarant un candidat vainqueur. Il devrait simplement constater que les élections se sont passées conformément aux textes du pays. Choi était un supra observateur au même titre que les observateurs de l’Union Européenne, de l’Union Africaine. La seule différence c’est que le rôle de Choi était de certifier. C'est-à-dire, confirmer ou infirmer le bon déroulement des élections » Alcide Djédjé ira plus loin en éclairant la cour sur l’autorité qu’il avait sur Choi en sa qualité d’ambassadeur : « Moi en tant qu’ambassadeur des Nations Unies, je suis son patron. Avant qu’il n’arrive en Côte d’Ivoire, c’est moi qui ai signé son papier. » Aussi, rappelant le rôle des Nations Unies dans la gestion des crises dans les pays, l’ambassadeur Alcide Djédjé  ajoutera que  : « Les Nations Unies ne doivent pas supplanter un pays membre, quelle que soit la taille de ce pays. C’est pourquoi la question sur la certification est un faux débat. » Répondant à la préoccupation du juge sur la resolution des Nations Unies qui définit le rôle de Choi, l’ex ministre des affaires étrangères de Laurent Gbagbo confiera  que  : « Cette résolution n’est pas contraignante dans la mesure où le préambule de la charte des Nations Unies réaffirme la souveraineté du pays. » Donnant son avis sur la légitimité entre Alassane Dramane Ouattara et Laurent Gbagbo, l’accusé  soutiendra que : « La légitimité vient de la reconnaissance du verdict du conseil constitutionnel ; Il faut toujours avoir un regard sur la Constitution, le reste ; ce sont des spéculations. »

Mme Christine Adjobi : «Mon éducation et ma foi chrétienne ne me permettent pas de poser de tels actes»

Invitée à son tour, à la barre, l’ex ministre de la lutte contre le VIH SIDA, Christine Adjobi  a dit ne pas se reconnaitre dans les faits à lui reprochés: « Je ne reconnais pas ces faits parce que l’éducation que j’ai reçue et la foi chrétienne que m’ont communiquées mes parents ne me permettent pas de poser de tels actes. Je connais le président Laurent Gbagbo depuis 1970 où j’ai été son élève au Lycée Classique d’Abidjan. A l’époque où il a été arrêté, je faisais partie de ses élèves qui étaient allés protester contre son arrestation à Akouédo. J’ai été proche de Laurent Gbagbo par ma compétence et non par militantisme. J’ai acheté ma première carte de FPI en 1991 », a  introduit la ministre Adjobi avant de donner les circonstances de sa présence au domicile du président Gbagbo pendant les évènements : « Le 31 mars alors que je me rendais au palais pour le conseil des ministres, j’ai été appelée pour être informée de l’annulation du conseil des ministres de ce jour. Ce jour là, j’étais à bord d’un véhicule de mon époux que conduisais ma fille. J’étais accompagnée d’un seul garde du corps. Vu que le conseil est annulé, je me suis rendu à la PISAM pour visiter des malades et surtout donner des instructions à l’effet de prendre toutes les dispositions pour pallier au manque de médicaments, surtout que la Côte d’Ivoire subissait le coup de l’embargo sur les médicaments. Après quoi, je me suis rendue chez le président pour prendre des nouvelles de la famille. J’y suis restée jusqu’à l’après-midi, où j’ai décidé de rentrer à la maison. Les forces de l’ordre qui étaient présentes sur les lieux m’ont dit que je ne pouvais pas retourner chez moi en raison des coups de feu qui se faisaient entendre dans le quartier et aux alentours. C’est ainsi que je suis restée en compagnie du couple présidentiel jusqu’au 11 avril 2011. Quand j’ai été arrêtée en même temps que le chef de l’Etat et son épouse, je lisais dans les yeux des agresseurs, la haine, la hargne. J’ai été bastonnée jusqu’à l’hôtel du Golf. Arrivée dans ce lieu, je pensais que mon calvaire avait pris fin en voyant les éléments de l’ONUCI. Mais aussi paradoxal que cela puisse paraitre, j’ai été refoulée quand je me suis approchée d’eux pour chercher protection. » Après ce récit, l’ex ministre de la santé est passée sous le feu roulant des questions.  « Avez-vous  participé à des manifestations publiques ? » interroge le juge « Oui Monsieur le président, c’était à l’occasion de la manifestation organisée par les femmes patriotes à la Riviera 3 devant l’ONUCI. Le but de cette présence était d’apporter mon soutien à ces femmes qui avaient décidé de se retrouver à cet endroit pour prier. » « Etait-ce le lieu indiqué pour prier ? » Interroge à nouveau le juge « En tout cas, pour la circonstance, le lieu était indiqué pour amener l’ONUCI à revoir sa position qui ma foi, était bizarre par rapport  à la tournure que prenaient les choses. Venue stabiliser le pays et garantir la paix, l’ONUCI est subitement devenue partiale. C’est pourquoi cette manifestation venait à propos pour dénoncer cette attitude » at-elle indiqué. Pour persuader la Cour sur le rôle qu’elle a joué en tant que ministre de la République, Mme Adjobi déclarera que  : « Nous avons soigné tout le monde sans tenir compte des appartenances ethniques. Mon souci était de trouver des médicaments pour les mettre à la disposition des hôpitaux et centres de santé afin qu’on soigne les ivoiriens et tous ceux qui vivent en Côte d’Ivoire. Pour moi, il n’y avait pas d’animosité, ni d’appartenance ethnique ou religieuse dans la gestion du pouvoir d’Etat. C’est pourquoi j’étais loin d’imaginer que la résidence du président serait bombardée pour un contentieux électoral. D’ailleurs le président Laurent Gbagbo avait demandé qu’on recompte les voix, ce n’était pas aussi compliqué que ça. »

Le discours émouvant du  ministre Dogo Raphael

Puis arriva le tour du ministre Dogo Raphael devant la Cour. Dans son propos liminaire, le président de la Fédération des personnes handicapées de Côte d’Ivoire  déroulera un speech qui donnera  froid dans le dos : « J’ai consacré ma vie à la lutte pour la promotion des droits humains et des personnes handicapées. J’ai été arrêté le 05 juillet 2011 puis relâché pour la première fois le 11 novembre 2011 (…) Atteinte à la sureté de l’Etat, trouble à l’ordre public, collaboration avec les groupes d’autodéfense, miliciens et j’en passe. Je suis une personne handicapée physiquement. Mon premier reflexe c’est de me mettre à l’abri parce que je ne peux pas courir. Comment donc puis-je prendre part à des activités de tel genre ? Je suis né joli garçon mais si Dieu a voulu que je sois ainsi, c’est pour servir la cause de ceux qui, avec moi partagent le même handicap. C’est pourquoi depuis l’Université, je me suis battu pour la cause des handicapés. Je demande à l’Etat de protéger les personnes handicapées. Pour moi, en entrant au gouvernement du président Laurent Gbagbo, ce n’était pas une simple nomination, c’est une promotion, une responsabilité. Je suis un homme qui n’aime pas l’injustice. Je ne suis ni xénophobe ni exclusionniste comme le disent ceux m’ont envoyé devant les tribunaux. Quand j’étais ministre, mon directeur de cabinet était une militante du RDR et mon chef de cabinet un militant du PDCI, ils sont encore là. » Le ministre Ettien Amoikon,  lui, à travers des propos sobres, va désarmer l’accusation qui n’a pas eu à redire au point où les questions venaient au  compte goute. Un fait qui n’a pas échappé aux journalistes qui ont posé les questions aux avocats. Voici la réponse de ces derniers : « Les choses sont claires, le dossier est vide parce qu’il n’y a pas de preuve… » Certainement la raison pour laquelle les questions posées à l’ex ministre des TIC  ne valaient plus dans la forme que dans le fond. « Le ministère des TIC que vous avez dirigé, était-il un ministère technique ou stratégique ? » demande le juge « Vu les objectifs du millénaire que nous nous sommes fixés en terme d’acquis en TIC,  ledit ministère était un ministère stratégique » répond calmement le ministre Amoikon. « Votre ministère avait-il un rapport particulier avec la RTI ? » demande l’avocat général « Non » répond l’accusé. « Avez-vous connaissance d’une cellule stratégique ou de crise ? » attaque à nouveau l’avocat général « Non » se défend le mis en cause. L’avocat revient à la charge : « Avez-vous collaborez avec des mercenaires ou miliciens ? » « Non » soutient l’universitaire. Invité à reprendre la parole pour se prononcer sur l’enquête de moralité qui a été menée par la gendarmerie à son insu, le ministre Alcide Djédjé a demandé aux autorités actuelles de mettre fin aux poursuites contre les pros-Gbagbo afin qu’on s’engage véritablement et de façon rapide sur la voie de la réconciliation. Sur le sujet, le président de la Cour l’interrompt pour lui rappeler que : « Nul n’est au dessus de la loi ». La réaction du diplomate ne s’est pas fait attendre : « Nul n’est au-dessus de la loi. Mais c’est votre collègue qui était président du Conseil constitutionnel. C’est lui qui a donné le verdict des élections et c’est lui que nous avons suivi, et vous nous jugez pour avoir respecté la loi. » Comparaitrons aujourd’hui, l’ambassadeur Koné BoubaKar, Kouyo Téa Narcisse, Dédi Adèle et Yougoné Célestin.

PIERRE KALOU

Source: Aujourd’hui / N°826




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