Procès en Assise des pro-Gbagbo Dogbo Blé Bruno : « La cause n’est jamais perdue chez un militaire. Une bataille n’est jamais perdue »

L’audience d’hier qui a enregistré la comparution des généraux Dogbo Blé et Vagba Faussignaux a été marqué par un incident entre les avocats de l’Etat de Côte d’Ivoire et ceux de la défense. En effet, après l’exposé liminaire du premier accusé appelé à la barre, le vice amiral Vagba Faussignaux, c’est la partie civile représentée par les avocats de l’Etat qui prend la parole par l’entremise de Me Alain Bokola. Estimant que dans son propos, l’accusé a dit reconnaître sa responsabilité dans la crise postélectorale. Ce que Me Hervé Gouamené de la défense a refusé énergiquement. « Il n’a jamais dit ça, cela révèle de votre imagination, mon client n’a pas dit cela » rétorque-t-il. Il s’en suit des disputes violentes et des écarts de langage entre les deux parties. Le président de la cour, dans l’incapacité de maitriser les ardeurs des uns et des autres, suspend l’audience. Il était 11h14mn.

Samedi 21 Février 2015 - 11:04


Le Général DOGBO BLE  en tenue civile
Le Général DOGBO BLE en tenue civile
A  11h 48mn, la cour revient et l’audience reprend. Mais avant, le président de fait des observations et recadre les uns et les autres. Le général Vagba revient à la barre et se prête aux questions de Me Bokola à nouveau. « Etiez-vous au courant de la certification des élections par le représentant de l’ONU en Côte d’Ivoire ? » interroge-t-il « Je ne suis pas un politicien, par conséquent, je ne suis pas au courant de tout ce qui a été fait dans les méandres des accords. » répond le vice-amiral. « Le général Détoh Léto avait fait allégeance au président Ouattara, pourquoi pas vous ? » demande Me Bokola. « Moi je ne suis pas Détoh Letoh. D’abord, il n’est pas mon chef. C’est le Chef d’Etat-major qui était mon chef. C’est pourquoi quand il m’a demandé de l’accompagner, je l’ai fait » a réagi le vice-amiral. A la question de savoir si le Centre des Opérations d’alors avait donné des ordres pour organiser l’attaque des femmes qui ont marché à Abobo, il déclare : « Le C.O n’a pas donné des ordres à l’effet d’attaquer ces femmes. » Et la partie civile de poursuivre : « Que feriez-vous si vous aviez vos troupes pendant les faits ? ». L’accusé répond : « Avec ‘’si’’ on peut tout faire. Je dis que je suis aux ordres d’un chef. « Aviez-vous connaissance de la création des FRCI par le président Ouattara ? » demande à nouveau l’avocat général. « Oui, comme j’avais également la création des Forces Nouvelles, mais je n’ai pas pu avoir les textes » se défend l’ex-patron de la marine nationale. « Vous dites être allé entre le  4 et 5 avril  avec le CEMA chez le chef de l’Etat Laurent Gbagbo pour lui donner les raisons pour lesquelles il s’était caché à l’ambassade de l’Afrique du Sud,  quel a été le message du chef de l’Etat ? » demande encore l’avocat général. « Comme je vous l’ai dit, j’ai seulement accompagné le CEMA, je n’ai pas pris part à l’entretien donc, je ne sais pas ce qui a été dit. » se défend-il.  Donnant son point de vue sur les questions relatives à ses attributions et  sa responsabilité sur les éléments de la marine, il dit : « Je suis un formateur, un instructeur. Je suis le responsable de tous les marins de Côte d’Ivoire à cette époque-là. Mais une fois les éléments de la marine sortent de la base, ils ne sont plus sous mon commandement mais sous le commandement du Chef d’Etat-major des Armées. » Et il ajoute: « je n’ai pas choisi le camp de Gbagbo. C’est n’est pas moi Vagba Faussignaux qui l’ai proclamé président. C’est le conseil constitutionnel qui l’a fait. C’est ce même conseil constitutionnel qui a validé les candidatures. Et c’est sur la base du respect de la constitution que le chef d’Etat-major a choisi le camp Gbagbo et moi aussi je l’ai suivi parce qu’il était mon chef. Il est responsable de tout ce qu’il donne comme ordre. Même si c’était pour faire allégeance à Ouattara, je le ferais. Quand le chef décide, on le suit, ce n’est pas absolu mais c’est réfléchi. Mais par principe militaire j’ai appris à exécuter avant de réfléchir. L’armée est une institution. C’est pourquoi en étant à la résidence du chef de l’Etat, je n’avais pas de commandement. Et j’en étais meurtri. Monsieur le président, rendons gloire à Dieu parce que la Côte d’Ivoire est restée debout. Demandons pardon aux uns et aux autres parce que la Côte d’Ivoire a été sauvée. Il fut un moment où les soldats étaient sans chef. Ce n’était pas une guerre contre un pays. Je pensais, à cette période là, que la sagesse allait éclairer les uns et les autres. C’est Dieu qui a  sauvé la Côte d’Ivoire. Ce n’est pas l’armée qui est responsable de tout ce qui est arrivé car tout le monde est responsable de ce qui est arrivé. » Répondant à la question des faits qui lui sont reprochés, il a plaidé non coupable avant de faire la déclaration suivante : « Je suis général de division, vice-amiral. J’ai été formé pour la défense du territoire national. Je ne sais pas pourquoi je porterais le glaive dans le sein de la mère patrie. J’ai fait l’école de spécialité  après mon diplôme d’école navale. J’ai fait plusieurs formations militaires dans de nombreux pays d’Europe  dont l’Allemagne où j’ai fait l’école de guerre à Hambourg. Avec un tel parcours, on ne peut pas m’accuser de tels faits. Ma fonction de commandant de la marine  consistait, à partir des instructions claires que m’avait données le CEMA, à sécuriser nos installations. La fonction opérationnelle étant dévolue au CEMA. J’ai donc assuré cette fonction à la base navale jusqu’au 30 mars à 17h où j’ai quitté les lieux. Mais avant, conformément aux réunions du Centre des Opérations et des réunions de sécurisation du pays, j’ai mis à la disposition du CEMA un détachement de Fusiliers Marins Commandos (FUMACO) commandé par le capitaine des vaisseaux,  Boniface Konan depuis 2002. Je recevais donc des instructions du CEMA dans la gestion de la crise. Je n’ai pas connaissance des mercenaires qui auraient occupé la base navale. » Appelé à la barre, le général Dogbo Blé Bruno, ex-patron de la garde républicaine (GR) a mis le pied dans le plat. « Non monsieur le président, je ne reconnais pas les faits qui me sont reprochés. Merci Monsieur le président. Je vais commencer par vous rappeler mon cursus universitaire et militaire. Après la maitrise en sciences économiques, j’ai passé le concours de l’école spéciale de Saint Cyr. A l’issue de ma formation, j’ai été affecté à Akouédo au Bataillon Blindé. J’ai occupé plusieurs postes au niveau de la hiérarchie militaire avant de me retrouver en 2000 comme commandant de la Garde Républicaine (GR). J’y ai passé 11 ans. La Garde Républicaine en effet, Monsieur le président a été créée par décret présidentiel du premier président de ce pays. Et ce décret jusqu’ au présent n’a pas changé. Que dit donc la mission de la garde républicaine ? La garde républicaine a quatre missions qui sont : assurer la sécurité du président, assurer la sécurité des institutions de l’Etat, assurer la sécurité des hautes personnalités de l’Etat et le maintien d’ordre. Mais en des circonstances particulières, nous pouvons travailler sur réquisition du  CEMA. La  compétence de la garde républicaine se limite à la sécurisation de la zone où se trouve le chef de l’Etat. Revenant aux faits, il y a eu trop de rumeurs, Monsieur le président, je veux être jugé en tenant compte que je suis militaire. Pour moi quand le président Laurent Gbagbo a prêté serment à la salle des pas perdus au palais présidentiel, après proclamation des résultats du conseil constitutionnel, il n’y a plus débat. Voilà pourquoi, pendant toute cette crise, j’ai assuré la sécurité du chef de l’Etat » fait-il observer. Interrogé par le juge  sur ses rapports avec l’ONUCI pendant la crise, il dit avoir eu de bons rapports avec cette organisation. Et d’ajouter « C’est pourquoi quand le président Laurent Gbagbo a été arrêté, j’ai appelé Choi pour m’envoyer des officiers afin de sécuriser le palais présidentiel. Ce qui a été fait. Et je lui ai demandé aussi de faire un convoi pour accompagner mes éléments qui étaient restés avec moi jusqu’à leur domicile. Au moment où on arrêtait le président Gbagbo, j’étais au palais au Plateau. Mais avant ça, je partais régulièrement à la résidence du chef de l’Etat. J’ai une mission défensive en tant de paix comme en tant de guerre. C’est pourquoi je combattais avec mes éléments ceux qui nous ont attaqués. » Faisant allusion au Général De Gaulle qui avait appelé à la collaboration du peuple français attaqué et qui a par ricochet entraîné assez de morts dans le rang des français, il affirme au juge que : « Le pays est au-dessus des hommes. Quand le pays est attaqué, quand on  est militaire, on se lève et on se bat. Cependant, je précise que je n’ai pas appelé à la résistance. » Puis le juge demande «  après votre arrestation, ne pensez-vous pas que la cause est perdue ? » Le mis en cause rétorque : « La cause n’est jamais perdue chez un militaire. Une bataille n’est jamais perdue. » Sur les questions relatives à l’utilisation des chars P50, de l’embargo, de la présence des chars de la GR à Abobo et au Golf, voici la réaction de l’accusé : « Je n’ai jamais utilisé ce type de char, ni d’orgue de Stalline, ni d’armes de destruction massive. J’ai créé un escadron de char à la garde républicaine, mais à partir de 2004, en raison de l’embargo, nous n’avions pas acheté d’armes même pas un pistolet. Etant donné que ma zone de compétence n’est pas au Golf, je ne peux pas donner des ordres aux unités qui étaient à cet endroit. Comment ceux qui disent avoir vu les chars de la GR à Abobo et au Golf peuvent-ils le savoir, étant donné que moi Dogbo Blé j’ai effacé toutes les écritures qui étaient sur les chars de la GR pour des raisons de camouflage. » « Pourquoi avez-vous assuré la sécurité de Laurent Gbagbo et non Ouattara Alassane alors que les négociations étaient en cours ? » demande la partie civile, l’accusé répond : « D’abord parce que le conseil constitutionnel l’a déclaré vainqueur. Même dans une certaine situation, même si je dois assurer la sécurité du président Gbagbo, je le ferais jusqu’à la prestation de serment de celui qui a été investi par le conseil constitutionnel. On avait pas besoin de me réactiver ou me réchauffer. En temps de guerre comme en temps de paix, je fais mon travail. Il ne faut pas voir la personne de Laurent Gbagbo, mais c’est le président de l’institution qu’il faut voir. » Et de dire « qu’on sache que celui qui est en face du président est un général, un militaire, qu’on ne  me pose pas de question politique. » fit-il pour calmer la partie civile.  A propos de l’allégeance à Ouattara, le général a encore dit : « Je vais répondre à votre question. J’ai dit que depuis que moi Dogbo Blé je suis militaire, je n’ai jamais fait allégeance. Dans l’armée, il y a des valeurs. Il faut que vous le sachiez. De Bédié jusqu’à Gbagbo en passant par Guéi, je ne l’ai jamais fait. Je suis un chef de corps. Pourquoi voulez-vous que je fasse allégeance ? Se prononçant sur l’identité de l’ennemi, le général précise que : «  Je n’avais pas l’identité de l’ennemi au départ puisque les combats avaient lieu les nuits. Mais par la suite, tout le monde a vu que c’étaient les chars français et les hélicos de l’ONUCI qui nous attaquaient. Mais j’ai moi-même vu au cours d’un combat à 11h, des dozos qui nous attaquaient. Ils étaient derrière les chars de l’ONUCI qui les accompagnaient ».


PIERRE KALOU

Source: Aujourd’hui / N°832
 




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