Procès des démocrates au Tribunal d’Abidjan: La stratégie du régime contre les pro-Gbagbo s’écroule déjà !

Mercredi 14 Janvier 2015 - 10:16


Procès des démocrates au Tribunal d’Abidjan: La stratégie du régime contre les pro-Gbagbo s’écroule déjà !
Les débats se sont poursuivis hier, au second jour du procès en assises de Mme Simone Gbagbo et ses 82 autres co-accusés, au tribunal d’Abidjan. Dans le box des accusés, cette fois, deux étudiants : Aubain Zigui dit ‘le sorcier’ et Zahé Brice dit ‘Brico’, arrêtés à Williamsville. Comme déjà la veille, avec Jean-Marie Kéipo dit ‘Petit marteau’,- un jeune partisan du président Laurent Gbagbo, désigné comme un dangereux milicien par ses détracteurs-, ils ont été soumis au feu roulant des questions de la partie accusatrice.  Des charges que les deux étudiants ont tranquillement contenues. Une sérénité d’autant plus grande que les témoins du jour ont expliqué ne pas connaitre les deux jeunes gens désignés seulement par certains habitants du quartier, comme étant les auteurs de la mort de certains de leurs proches. Voilà tout. Déjà le mardi, le procureur n’avait pas été plus heureux, les témoins appelés à la barre s’étant constamment mélangé les pinceaux. On se souvient du témoignage d’un certain Binaté Melogo qui a déclaré à la barre que : « Lui-même (ndlr :Kéipo), je ne l’ai pas vu brûler. Mais c’était le chef de ceux qui brûlaient. »Sékou Fofana, pour sa part, soutiendra avoir vu les hommes de Kéipo, ouvrir le feu sur son épouse, enceinte de six mois, qui est décédée plus tard. Et tout cela, sans le moindre commencement de preuves à même de confondre l’accusé. Un spectacle amusant aux yeux de Mme Simone Gbagbo, bien installée dans le box et qui, à l’occasion, a pris beaucoup de notes sur la prestation de ces témoins pour le moins curieux. Une scène hilarante mais pas du tout goût de Me Rodrigue Dadjé, avocat de la défense qui manquera même de s’étrangler en ces termes: « Nous sommes en matière pénale, les accusés encourent des peines très lourdes, il est donc important que les témoins disent avec précision quand les choses se sont déroulé. Si les témoins se trompent sur mes dates, c’est qu’ils se trompent sur toute la ligne et se trompent  peut-être de personnes. » Même son de cloche chez Me Blédé Déhora, un autre membre du collectif de la défense qui a pesté « qu’Il ne faut pas qu’on nous envoie un témoin qui ne sait pas de quoi il parle. »  S’ils étaient confiants à l’ouverture du procès, car pour eux, le procureur et les victimes feraient des accusés, d’une bouchée, les partisans du régime, se sont montrés beaucoup moins enthousiastes à la fin des deux premières audiences du procès des démocrates. Car les uns et les autres se sont finalement rendus compte qu’il ne sera pas facile de démontrer que les partisans de Laurent Gbagbo ont effectivement commis les exactions que l’on leur prête depuis bientôt quatre ans. Mais au-delà de ces témoignages creux et ridicules, c’est toute la stratégie du régime pour jeter au trou, Mme Gbagbo et ses 82 co-accusés qui s’écroule ainsi d’entrée. Car s’il est aussi laborieux de confondre le supposé milicien, Jean-Marie Kéipo, dit ‘Petit marteau’, présenté pourtant bruyamment comme le « grand brûleur » des partisans d’Alassane Ouattara à Yopougon, on se demande bien comment le procureur et ses témoins s’y prendront-ils pour établir la culpabilité de Mme Simone Gbagbo et les autres barons du régime de la Refondation, des personnalités, qui pour la plupart, étaient loin du théâtre des opérations. Et si on ne peut pas, pour l’heure, présager de la décision finale du juge, on constate néanmoins que l’affaire est mal embarquée pour le régime. A moins que les prochains témoignages soient d’un tout autre calibre et inversent la tendance amorcée depuis mardi. Ce n’est assurément pas l’exercice le plus facile qui soit pour le pouvoir, le régime ayant déjà montré ses limites en la matière avec notamment les cas Laurent Gbagbo et Blé Goudé à la Haye. Malgré sa grande disponibilité et tous les moyens déployés, le pouvoir d’Abidjan n’a jusque-là pu fournir des témoignages imparables contre les deux illustres pensionnaires du pénitencier de la Haye. D’où l’opinion dissidente enregistrée à chaque fois, au niveau des juges, à l’occasion des différentes audiences de confirmation des charges contre les deux personnalités ivoiriennes. C’est pourquoi, bien qu’ayant obtenu un procès pour les adversaires jurés d’Alassane Ouattara, l’image de la procureure Fatou Bensouda parait bien écornée dans l’opinion, en raison notamment de la faiblesse du dossier d’accusation et la partialité flagrante démontrée jusque-là, dans les poursuites en Côte d’Ivoire, les partisans du chef de l’Etat ivoirien continuant de narguer leurs victimes, à Abidjan, en roulant d’ailleurs, pour beaucoup, carrosse. Pour rappel, le président Laurent Gbagbo  a été arrêté le lundi 11 avril 2011 à sa résidence de Cocody, par les forces françaises qui le livreront par la suite à la soldatesque pro-Ouattara. Il passera sept mois dans le goulag de Korhogo avant d’être transféré en novembre de la même année à la Cour pénale internationale (CPI). Charles Blé Goudé, cueilli à Accra, en début d’année dernière, l’y rejoindra, quelques mois plus tard après un séjour dans le mouroir de la direction de la surveillance du territoire (DST). Tous deux attendent aujourd’hui l’ouverture de leurs procès. Avec eux, des milliers de combattants de la liberté, de la démocratie et de la dignité des dirigeants et des Etats africains.

Géraldine Diomandé

Source: Aujourd’hui / N°802
 




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