Procès de Simone Gbagbo et ses 82 co-accusés: La presse internationale massacre Ouattara

Hassan Diop : « une justice d’acharnement au service d’un pouvoir »
Ousmane Ndiaye « On aurait pu trouver une personnalité plus consensuel le pour diriger la CEI que de reconduire Youssouf Bakayoko qui était au cœur de la crise électorale »
Jean-Baptiste Placca selon les pro-Ouattara : « nous avons gagné. Maintenant nous jugeons nos adversaires politiques... Puis, peut-être qu’un jour, d’autres viendrons nous juger »
Dans l’émission-débat ‘’RFI-TV5 monde’’ du samedi 25 octobre dernier, consacrée à l’actualité en Côte d'Ivoire, Denise Epoté et ses invités : Assane Diop de Radio France Internationale, Ousmane Ndiaye du Courrier International et Jean-Baptiste Placca, éditorialiste ont débattu du « procès de Simone Gbagbo » et mis à nu la partialité de la justice ivoirienne. Une justice des vainqueurs aux ordres au pouvoir Ouattara.

Samedi 1 Novembre 2014 - 07:17


La Côte d’Ivoire avec le report sine die du procès de Simone Gbagbo et de 82 co-accusés tous membres ou sympathisants du FPI, le parti de Laurent Gbagbo. Inculpée pour trois crimes, début avril 2011, l’ex-pre- mière Dame vivait en résidence surveillée à Odienné. Malgré les nombreuses relances de la Cpi qui souhaitait qu’elle soit transférée à la Haye, les autorités ivoiriennes ont tenu à ce qu’elle jugée dans son pays, un procès dans lequel la justice ivoirienne joue sa crédibilité. Prévu pour s’ouvrir le 22 octobre, le procès de celle que l’on sur- nommait la Dame de fer à été reporté sine die pour des questions d’organisation. Mais les autorités ivoiriennes, les autorités ivoiriennes, par la voix de la porte-parole adjoint Affoussy Bamba affirme qu’il aura bel et bien lieu après trois années d’instruction. Ce couaque jette un discrédit sur la justice ivoirienne.

Hassan Diop comment expliquer ce raté ? La Justice ivoirienne voulait aller plus vite que la musique, alors à l’instigation de qui ? Est-ce que c’est le pouvoir politique qui a influé sur cette justice ?

 Il y a cette pression qui vient de la Cour in- ternationale de la justice de La Haye  encore en septembre. Cette Cour et notamment sa procureure est revenue à l’attaque récemment à Abidjan pour récla- mer Simone Gbagbo qui est accusée par la CPI des mêmes chefs d’accusation que son mari Laurent Gbagbo. Donc la Cpi qui réclame le transfèrement de Simone Gbagbo à La Haye. Chose que refuse Abidjan pour des raisons sans doute, là aussi, politiques. On parle de la crédibilité justement dans cette affaire de la Justice ivoirienne. C’est vrai qu’ici c’est mal parti parce que le procès a été reporté sine die et il n’y a pas de date véritablement, et ce procès ne pouvait techniquement qu’être reporté parce que les avocats n’avaient pas connais- sances des dossiers des prévenus qui devaient répondre des accusations d’atteinte à la sureté de l’Etat. Bref ! C’est le grand cafouillage. Et c’est vrai qu’en l’état, cela ne peut qu’apporter de l’eau au moulin de la procure de la CPI pour dire que la Justice ivoirienne n’est pas à la hauteur et qu’elle n’est pas techniquement préparée à tenir un procès digne de ce nom et donc pour juger dans de bonnes conditions Mme Simone Gbagbo.
Jean-Baptiste Placca , Alassane Ouattara a-t-il des raisons de s’entêter  à juger Simone Gbagbo à Abidjan ? Le problème n’est pas qu’on juge ou pas Simone Gbagbo. Le pro- blème est : qui et pourquoi on juge ? Si on juge Simone Gbagbo pour des faits relatifs aux événe- ments dramatiques qui ont suivi les élections…  
Elle quand même accusée de trois crimes… Oui mais pourquoi elle et ses quatre-vingts et quelques co-accusés seulement ? Et pourquoi pas les autres ? Je pense qu’il faut que la Justice ivoirienne et le pouvoir politique ivoirien aient le courage de dire : « nous avons gagné. Maintenant nous jugeons nos adversaires politiques pour ce qu’ils ont pu faire. Puis, peut- être qu’un jour, d’autres viendrons nous juger ». On met
Simone Gbagbo devant un tribunal et de l’autre coté, en face (parce qu’il y a eu des exactions de part et d’autres) personne ne parle de ces gens là. Et trois ans après, c’est-à-dire que le mandat de Ouattara est en train de finir, à  une ou deux insignifiantes exceptions près, aucun accusé du côté de Ouattara. C’est donc là que la crédibilité de la justice ivoirienne est questionnée. Ce qui signifie au moins que cette justice reçoit des ordres parce qu’il n’est pas possible que des juges indépendants, depuis trois ans, n’aient pas trouvé des per- sonnes à inculper de l’autre côté.

Ousmane Ndiaye, Pour moi, immanquablement, le procédé sera politique. Il faut prêter l’oreille à la terminologie du pouvoir officiel qui parle de procès de la crise électorale. Et forcement il est politique. Il ne peut pas y avoir le procès d’un seul camp. La crise électorale a opposé deux camps mais au-delà  cette crise électorale, il y a eu une rébellion qui a été déclenchée et aucun des vainqueurs n’a été appelé à la barre. Je trouve que le discours de Charles Blé Goudé à la CPI quand il a été entendu lors de son procès fait assez échos à ce qui se passe à Abidjan. Quand il disait que de toute façon, les vrais criminels sont à Abidjan et ne seront jamais jugés. Cela invalide son procès. Je garde quand même un espoir, je pense que la Justice ivoirienne va à ce procès pour appeler l’autre camp. Je pense que c’est l’ultime possibilité qu’on observera  avec attention.

Hassan Diop,  Vraiment on peut parler d’acharnement uniquement sur le camp Gbagbo. Et ce n’est pas simplement le fait de la seule justice ivoirienne, la justice internationale agit exactement de la façon parce que pour l’instant, la CPI ne poursuit que Laurent Gbagbo, Charles Blé Goudé et d’autres. Mais les autres acteurs de cette crise, des ces convulsions qui ont fait plus de 3000 morts, du côté de Ouattara restent dans l’impunité la plus totale. Donc finalement, la justice ne fait qu’ imiter en cela la CPI. Il y a un acharnement à l’égard du camp de Gbagbo, c’est un procès effectivement politique qui se dessine. Affi N’guessan, l’a parfai- tement dit- parce que lui-même fait parti des 82 co-accusés de Simone Gbagbo- lorsqu’il dit « que ce procès vise à faire taire l’es- sentiel de l’opposition ivoirienne ». C’est-à-dire de ses acteurs historiques du FPI et qui ont été également les acteurs de cette élection contestée. Et n’oublions jamais que cette opposition du FPI représente quand même une somme importante de voix. Gbagbo avait  plus de 38% des voix lors du  premier tour en 2010 et comptabilisait  45, 9% au deuxième tour. Donc finalement condamner, déférer tous ces acteurs politiques liés au FPI, engagés  dans cette élection présidentielle de 2015, cela peut laisser apparaitre le sentiment selon lequel effectivement, on cherche à faire taire ce qui étaient au cœur de cette tourmente et de l’opposition réelle.

Ousmane Ndiaye, C’est assez surprenant de voir qu’il (Ouat- tara) faire l’effort de la réconciliation à la minima. Quand vous voyez qu’ils ont reconduit le président de la CEI (Youssouf Bakayoko), qui était contesté  qui était au cœur de la crise électorale, on se dit qu’on aurait pu, (avec le nombre de qualité de gens que compte la Côte d’Ivoire), trouver une personnalité plus consensuel qui serait va- lidée à la fois par le FPI et par le pouvoir. Deuxième élément c’est que quand vous regardez dans les détails les 82 co-acusés (c’est très important parce qu’on se dit mais comment vont-ils juger tout le monde ?) parce que les cas sont hétéroclites. Parce que ça va de Bruno Dogbo Blé qui a été déjà condamné, déjà en prison  à Michel Gbagbo qui est un professeur à l’Université. Je pense que même dans la conception du dossier même le fait de présenter comme cela 82 personnes à la fois sur un seul procès présage de cafouillage et surtout de l’intérêt politique parce que ; l’agenda est très proche. Les élections sont en 2015 et ce procès là prend déjà du retard donc va empiéter sur la période électorale. Ce sont les germes d’une autre violence.

Hassan Diop, les avocats de Simone Gbagbo la disent déterminée, elle ne compte pas se laisser faire ne regrette rien et ne se reproche rien. Faut-il s’attendre à de révélations ?

Pas forcément à des révélations. Simplement, je pense qu’elle donne le sentiment que finalement elle est face à une justice qui n’est pas véritablement une justice et qu’elle est face à une justice qui est aux ordres.  Et que c’est une justice d’acharnement, une justice au service d’un pouvoir. Le pouvoir d’Alassane Ouattara fusse-t-il légalement élu qui aujourd’hui se venge, continue à se venger sur ceux qui lui ont mis les bâtons dans les roues. Alors qu’on s’approche d’une nouvelle échéance électorale, eh bien le FPI dans ce qu’il y a plus significatif est bâillonné.

Propos retranscrits par MYRIAM BAKAYOKO Source RFI

Source: Aujourd’hui / N°757 du mercredi 29 octobre 2014

 





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