Procès de Laurent Gbagbo/ Eléments de preuves pour l’éclatement de la vérité

Mardi 19 Février 2013 - 04:05


Procès de Laurent Gbagbo/ Eléments de preuves pour l’éclatement de la vérité
A l’approche de la 2e comparution du Président Laurent Gbagbo devant les juges de la Cpi, en vue de la confirmation ou non des charges retenues contre lui par le Procureur de la Cpi, les démocrates s’activent partout dans le monde. Ici au pays, Ivoir-Com International, structure engagée dans la défense et la promotion de l’image de la Côte d’Ivoire, s’inquiète et s’insurge contre la justice des vainqueurs qui s’est installée en terre d’Eburnie depuis le 11 avril 2011. Cela, à travers un document qui rappelle les nombreux crimes de la rébellion de Soro Guillaume, crimes couverts depuis dix ans par la France et la « communauté internationale ». Ivoir-Com espère que cette justice des vainqueurs en cours à Abidjan ne sera pas transposée à La Haye, au cours du procès du Président Laurent Gbagbo. Ce document donne un excellent éclairage sur la crise ivoirienne. Nous en publions ici de larges extraits.
Contexte et motivation Le mardi 29 novembre 2011, le Président Laurent Gbagbo, investi par le Conseil constitutionnel de la République de Côte d’Ivoire qui l’a déclaré vainqueur de l’élection présidentielle du 28 novembre 2010, un honnête et digne fils d’Afrique, est livré, menotté, à la prison de la Cour pénale internationale de La Haye, alors que les vrais criminels de la crise ivoirienne, notoirement connus de tous à Abidjan, sont promus au sommet de l’Etat, décorés, et pour narguer leurs victimes, assument fièrement et publiquement leurs crimes, assurés qu’ils sont, d’une impunité totale ..! C’est dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002 que le régime du Président Laurent Gbagbo a été attaqué par une rébellion armée soutenant Alassane Ouattara, dirigée par Soro Guillaume, parrainée et encadrée par la France et le Burkina Fasso. Dès lors, les média partisans de cette rébellion (Rfi, France 24, Tv5, Jeune Afrique…) et la presse française d’une manière générale présentent Laurent Gbagbo comme un xénophobe, un adepte de l’exclusion et de « l’ivoirité », qui martyrise les ressortissants du nord de son pays, et organise la chasse aux étrangers ; un politicien roublard, sans parole, nouant et dénouant les alliances au gré de ses intérêts égoïstes ; un dictateur aux mains ensanglantées, entretenant, lui et son épouse, des « escadrons de la mort» en plein 21e siècle, responsable de char - niers et passible du Tribunal pénal international.
En face, les rebelles qui ont attaqué la République pour renverser son régime, qui ont massacré, violé, éventré et bu le sang de milliers d’Ivoiriens, qui ont volé, pillé des banques en compagnie d’éléments de l’armée française, ces rebelles qui ont occasionné de nombreux charniers, dont certains ont été constatés par l’Onu, qui ont assassiné des populations dans le nord et perpétré le génocide des Wê à l’ouest du pays, sont présentés par ces mêmes médias comme les défenseurs de la démocratie et d’une justice sociale confisquée. Ils sont présentés comme des anges auxquels l’on a attribué généreusement l’appellation de « Robins des bois », de « forces nouvelles » ou encore de « ex-rebelles », alors qu’ils refusent obstinément et impunément de désarmer, s’opposant avec arrogance au mandat de l’Onuci. Suite à la crise survenue au lendemain du second tour de l’élection présidentielle qui, par un coup de pouce de la France, a abouti à la chute du premier président de la Deuxième République, et pour obéir à la logique décrite plus haut, Laurent Gbagbo demeure à ce jour le seul acteur de la crise ivoirienne livré par les nouvelles autorités à la Cpi, dans des conditions dont l’exposé, fait par le prévenu lui-même, a choqué l’humanité entière. Face à cette situation écoeurante de la justice des vainqueurs qui se met en place à Abidjan et à la Haye, l’ancien Président ghanéen, Jerry John Rawling s’interroge et lance un appel : « quel genre de poursuite, plutôt hâtée, consiste à traduire en justice la victime d’une attaque, et à être indulgent avec l’auteur de l’attaque ? Personne ne cherche à échapper à la justice. Mais quand la justice est baignée dans une mer d’humi- liation et d’abus, de façon à être régie par la haine de soit pensants avec sa logique intenable, il sied à la conscience humaine de se lever contre cette justice pour le bien de tous. Nous ne resterons pas silencieux à ce sujet, car nous ne devons pas rester silencieux à ce sujet ». C’est dans la vaine de cet appel pathétique du Président Rawling, qui s’adresse ainsi à tous les patriotes d’Afrique ainsi qu’ aux hommes épris de paix et de justice, que Ivoir-Com International, structure suivant de près l’actualité ivoirienne depuis 2003, a décidé de réaliser le présent document pour éclairer les juges de la Cpi, la communauté internationale et l’opinion publique sur la responsabilité des uns et des autres dans la crise ivoirienne, dans le but de contribuer, modestement, à l’éclatement de la vérité. Ivoir-Com International dit OUI à la lutte contre l’impunité. Mais Ivoir-Com dit NON à l’acharnement de la communauté internationale contre un seul camp depuis 10 (dix) ans.
 
Méthodologie
 
- Les média occidentaux ayant suffisamment noirci l’image de Laurent Gbagbo et de son camp, ce document s’attèle essentiellement à établir un inventaire des crimes connus, commis par la rébellion, et dont ces média se sont fait rarement l’écho. Cet inventaire concernera uniquement les faits dont la plupart des témoins sont vivants, et non des inventions.
- La crise post électorale étant l’aboutissement de la rébellion déclenchée le 19 septembre 2002, il nous est apparu juste de recenser les crimes commis depuis cette date, afin d’éviter qu’une catégorie de victimes ne se sente exclue des préoccupations de la Cpi et frustrée par rapport à l’autre partie.
- Présents en Côte d’Ivoire sans discontinuer depuis 2002, la plupart des membres de Ivoir-com international sont des témoins plus ou moins proches, parfois directs des évènements survenus en Côte d’Ivoire. Toutes fois, l’inventaire des crimes relevés dans le présent document a été possible par voie de recoupement de dizaines d’articles de presse, de rapports des organisations des droits de l’homme, de témoignages de sachants, etc , relatant les faits.
- Dans la présentation, les crimes sont numérotés. Nous précisons les dates ou périodes, les noms des localités, la descrip - tion et le bilan des crimes, les auteurs et responsables supposés, les noms des témoins éventuellement, enfin nos sources d’information ou commentaires. Nous nous gardons de qualifier juridiquement ces crimes, laissant à la Cpi et aux spécialistes du Droit le soin de le faire.
- Nous avons tenu à faire aussi l’inventaire des crimes imputés au Président Laurent Gbagbo et à son camp, avec nos commentaires.
- Au total, après la présentation de Ivoir- Com International et l’introduction, le document exposera un résumé de la crise ivoirienne, avant de faire l’inventaire des crimes connus, commis par la rébellion. Suivront l’inventaire des crimes imputés au camp Gbagbo et la conclusion. Une série de photos relatives au drame de la crise est présenté à la fin du document.
Résumé de la crise ivoirienne La crise ivoirienne déclenchée en septembre 2002 a des origines lointaines et prend racine dans la guerre de succession au Président Houphouët-boigny, à son décès en 1993. Cette crise qui avait comme toile de fond la contestation de la nationalité d’Alassane Ouattara, s’est caractérisée par un affrontement féroce entre les héritiers : Alassane Ouattara, son premier ministre, et Henri Konan Bédié, le président de l’assemblée nationale. Elle a vu d’abord la victoire de Bédié, bénéficiaire des dispositions constitutionnelles en 1993, et renversé par la suite en 1999, par un coup d’Etat organisé par des proches de Ouattara. Ce coup a finalement profité à l’ancien Chef d’Etat major, le Général Robert Guéi. En 2000, l’élection présidentielle à l’issue de la transition militaire donne la victoire à Laurent Gbagbo, opposant historique d’Houphouët- Boigny. Les hommes de Ouattara tentent d’autres coups contre son régime, dont celui de septembre 2002 qui échoue et se transforme en une rébellion armée, appuyée pendant dix ans par la France et le Burkina.
Faso. Le coup de pouce de la France qui a contribué à placer Alassane Ouattara au pouvoir le 11 Avril 2011 n’est que l’aboutissement de ce combat acharné de Ouattara, d’abord contre Bédié, qui avait lancé contre lui un mandat d’arrêt international, et ensuite contre Gbagbo, avec ses appuis extérieurs, pour s’installer au pouvoir par tous les moyens. Toutefois, les bombes de la France, le mas - sacre des pro-Gbagbo et l’instauration d’une dictature sanguinaire par Ouattara (voir déclarations de Amadou Soumahoro, Secrétaire général du Rdr) ne mettent pas fin réellement à la crise, car la fameuse question reste posée : qui a gagné les élections du 28 novembre 2010 ? En effet, l’opinion publique doit savoir qu’à l’issue du second tour de l’élection prési- dentielle du 28 novembre 2010 :

1) La Commission électorale indépendante (Cei) dirigée par Youssouf Bakayoko a été incapable de proclamer les résultats provi- soires relevant de sa compétence (voir la déclaration télévisée de Mr Youssouf Bakayoko, à moins de 20 minutes de la date de forclusion de la Cei) ;
2) Prenant le relais, conformément à la Constitution et à la loi électorale de la Côte d’Ivoire, le Conseil constitutionnel, après avoir validé les résultats consensuels à lui transmis par la Cei et délibéré sur les cas des circonscriptions litigieuses, a informé la nation des résultats définitifs détaillés par départements, proclamé Laurent Gbagbo vainqueur de l’élection présidentielle avec 51% des suffrages, et l’a investi le samedi 04 décembre 2010 ;
3) Concernant Alassane Ouattara, c’est Youssouf Bakayoko seul (et non pas la Cei) qui s’est retrouvé au QG du candidat en compagnie de l’ambassadeur de France et celui des Etats-Unis, et a proclamé Ouattara élu avec 54% des suffrages, sans aucun détail, et ce, sur les ondes des médias étrangers. C’est ce résultat qui, en tout état de cause, ne pouvant qu’être provisoire, a été retenu de façon illégale par la commu - nauté internationale pour installer Alassane Ouattara à la tête de la Côte d’Ivoire ;

4) Face à ce contentieux électoral, Laurent Gbagbo, homme de paix, a proposé le recomptage des voix (comme cela a été fait en Afghanistan et à Ahiti) et la négociation comme solutions. Des médiations de l’Union africaine étaient en cours ;

5) Le camp Ouattara, appuyé par la France et l’Onu, a préféré et imposé la solution mili- taire;


6) Cette solution militaire, la guerre, a entraîné officiellement plus de 3 000 morts et porté Ouattata au pouvoir, sans répondre à la question : Qui a gagné les élections pré - sidentielles du 28 novembre 2010 ?

7) Enfin, sur la base des résultats consen - suels de la Cei, l’opinion publique doit savoir que Laurent Gbagbo demeure l’homme poli- tique le plus populaire de Côte d’Ivoire : il est majoritaire à Abidjan, il est majoritaire dans 14 régions représentant 83% de l’électorat sur les 19 régions que comptait le pays ; il est arrivé en tête du premier tour avec 38% des suffrages contre seulement 32% pour Monsieur Alassane Ouattara, malgré les scores « soviétiques » enregistrés au nord pour ce dernier. L’Onuci, qui a refusé les résultats du Conseil constitutionnel proclamant Laurent Gbagbo vainqueur du scrutin, lui accorde 46% des suffrages au second tour. La popularité de Laurent Gbagbo, incontestable, a été vérifiée par une forte abstention des populations aux élections législatives, à l’appel de son parti, le Front populaire ivoirien. C’est pourquoi, au total, le procès de Laurent Gbagbo à la Cpi devrait être une belle occasion de répondre devant le monde entier à cette question essentielle : Qui a gagné l’élection présidentielle du 28 novembre 2010 en Côte d’Ivoire ? Les Ivoiriens, auxquels un Président a été imposé par la force des armes grâce à la France, ont le droit de savoir.
Interrogations sur l’attitude de la France et de la communauté internationale face aux crimes de la rébellion Les crimes commis par la rébellion et recensés de façon non exhaustive dans la contribution de Ivoir-Com International sont corroborés par de multiples rapports des organisations des droits de l’Homme et par plusieurs rapports de l’Onu. Celui du 21 septembre 2011 établi par Madame Navanethen Pillay, Haut commissaire des Nations unies aux Droits de l’Homme sur la Côte d’Ivoire indique « que les Frci se rendent coupables d’exécutions extra judiciaires et sommaires, de tortures, de traitements inhumains et dégradants, de violences sexuelles ou d’arrestations arbitraires ». Les rapporteurs accusent principalement les Responsables des Frci, en l’occurrence les Com zones qui ont aujourd’hui le contrôle de l’ensemble du territoire national, d’usurper des prérogatives législatives et judiciaires qui doivent être assumées par les autorités civiles. Le rapport mentionne que, dans la plupart des cas, « des citoyens innocents sont arrêtés par les Frci qui les soumettent à des sévices et exigent de fortes sommes d’argent à leurs parents pour leur épargner la vie et les libérer » Alors, Ivoir com international s’interroge : Comment, au vu de rapports aussi accablants, la France, l’Onu et la Communauté internationale ont-elles manœuvré pour que le Président Laurent Gbagbo se retrouve seul à la prison de la Haye, pendant que les chefs rebelles concernés et identifiés, sont promus au sommet de l’Etat, en toute impunité, et que leur chef, Soro Guillaume, soit félicité pour sa « collaboration » avec la Cpi par l’ancien Procureur de cette Cour lui même ? La réconciliation nationale sera-t-elle possible en Côte d’Ivoire avec Laurent Gbagbo condamné par Cpi et les chefs de la rébellion ivoirienne en liberté et au pouvoir dans notre pays ? En définitive, pour les démocrates, les patriotes africains et les hommes épris de paix et de justice du monde entier, le procès de Laurent Gbagbo n’est-il pas le procès de l’ordre mondial actuel et celui de la crédibi- lité de la Cpi ?
Conclusion Concernant l’ensemble des crimes commis durant la crise ouverte le 19 septembre 2002 par la rébellion de Soro Guillaume, il est important que la Cpi ainsi que l’opinion publique retiennent les observations sui- vantes :

1) Pour les affrontement armés, toutes les attaques et actes de guerre durant cette crise (sauf la tentative de libération de Bouaké en 2002 et l’opération Dignité en 2004) sont les initiatives de la rébellion de Soro Guillaume. Les Forces de défense et de sécurité de Côte d’Ivoire se sont toujours trouvées en position de légitime défense tout au long de ce conflit. Ce sont les faits ;

2) L’Onuci, dont la mission était de ramener la paix en Côte d’Ivoire, n’a jamais placé le désarmement des rebelles au titre de ses priorités, désarmement des rebelles pourtant inscrit dans tous les accords. Ainsi, l’Onuci et la France ont entraîné le pays dans une élection présidentielle explosive avec des rebelles encore en armes dans leurs zones (l’Accord de Ouaga prévoyait le désarmement 2 mois avant les élections).

3) La tentative de libération de Bouaké (2002), sur le point d’aboutir, a été entravée par la France qui a exigé un cessez le feu (prétexte : évacuer les ressortissants français) et en a profité pour réorganiser et armer la rébellion qui a pu ainsi conserver Bouaké après la période d’évacuation des étrangers. De même l’opération dignité en 2004, (libération des zones occupées), qualifiée de « succès militaire » par l’Onuci, s’est soldée par la tentative d’enlèvement du Président Laurent Gbagbo (évènement de l’Hôtel Ivoire) et la destruction de la flotte aérienne ivoirienne par les forces françaises qui se sont invitées à visage découvert dans le conflit, en prenant fait et cause pour la rébellion depuis cette date. La complicité de la Licorne et de l’Onuci avec la rébellion était évidente et visible sur le terrain : ce sont elles qui ont formé, encadré, armé et appuyé la rébellion, et finalement « ont fait eux-mêmes le travail » pour arrêter Laurent Gbagbo.

4) Dix milles, vingt milles, cinquante milles morts, cent milles ? On ne saura jamais avec exactitude le bilan de la crise ivoirienne. En effet, comment évaluer les crimes commis quotidiennement par les hommes de Soro depuis le 19 septembre 2002 dans les zones Cno (Centre, nord, ouest), crimes qui se sont étendus sur l’ensemble du territoire national avec la présence des Frci partout dans le pays après la prise d’Abidjan, avec la chasse aux pro Gbagbo, dans les villes, les villages, les quartiers, les Universités, les campus ? Comment évaluer le nombre de morts consécutifs à la fermeture des banques françaises et à l’embargo sur les médicaments, les morts en exil ? Car un jour, il faudra bien que ceux qui massacrent les Ivoiriens depuis le 19 septembre 2002 ( et qui continuent de le faire au moment où nous achevons la rédaction de ce document) rendent compte de leurs crimes demeurés couverts par la France et la communauté internationale qui les soutiennent et les protègent. Cela pourrait dépendre aussi d’une vraie équité dans le prochain procès du Président Laurent Gbagbo. On peut le dire la responsabilité de Madame Fatou Bensouda, Procureur de la Cpi, est très lourde. Car la qualité de ce procès, au plan du droit, aura sans aucun doute une incidence sur le processus de réconci- liation nationale en Côte d’Ivoire.

Fait à Abidjan le 31 mai 2012
Nguessan Mbra Félix Directeur Exécutif Ayité Kouassi Noël Président du Conseil d’Administration
NB : Les titre et surtitre sont de la rédaction.
Source: Le nouveau Courrier N°728 du Samedi 16 au Dimanche 17 Février 2013




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