Procès de Gbagbo/ Témoins masqués, scandale des huis-clos à répétition. Un hollandais écrit son indignation à la CPI

CIVOX.NET
Jeudi 23 Juin 2016 - 21:24



Chère Equipe des Relations Publiques de la CPI,
Le jeudi dernier, 13 juin 2016, j’ai assisté aux sessions du matin et de l’après midi du procès de Gbagbo/Goudé dans votre beau palais de justice de la Haye.

Ce qui m’a paru assez clair ce jour là, est que l’ancien patron des services secrets de la Côte d’Ivoire a été entendu en tant que témoin par vidéo-conférence. Malgré la volonté de celui-ci de témoigner de manière anonyme, ou du moins celle du procureur, le concerné a lui-même dit à la cour et à ceux qui assistaient au procès, dont moi-même, qu’il a servi sous l’administration Gbagbo et qu’il était le patron des services secrets de Gbagbo. Il était même fier d’avoir dirigé cette organisation légitime qui agissait dans la légalité, sans commission de crime ni de torture dans le cadre de sa collecte d’informations. A ma grande surprise, le juge a décidé d’entrer en huis clos / Session fermée.

Je ne comprends pas du tout pourquoi le juge permet au procureur que son témoin intervienne de manière anonyme! Le témoin ayant occupé des fonctions publiques, il n’y a donc pas besoin de le cacher.

Lorsque j’ai voulu déposer une plainte à la réception, l’on m’a plutôt donné votre adresse électronique.

Le plus alarmant:

En permettant à un aussi grand nombre de témoins de témoigner de manière anonyme et en sessions fermées, le juge est en train de discréditer le procès dans son ensemble. Donnant ainsi lieu à la russification et à la nord-korenisation du procès de Gbagbo/Goudé du fait de l’abus du protocole des Sessions Fermées.

La transparence dans le domaine des témoins, lorsque qu'il est question des affaires publiques, est particulièrement vitale pour le monde extérieur, afin de déterminer si ce procès est révélateur de la vérité ou pas, que l’on soit citoyen ivoirien ou comme moi, originaire de la Hollande.

Par ses décisions concernant les ‘huis clos’, le juge fait obstruction à la recherche de la vérité et de ce fait, il alimente les troubles en Côte d’Ivoire et en Afrique de l’ouest. Lorsque l’on se sent ainsi maltraité, l’énergie de l’injustice peut exploser comme un volcan; et pour avoir agi de la sorte cette semaine, le juge est en train de jouer avec le feu.

Avec les audiences de Gbagbo/Goudé à la CPI, beaucoup de vérités sur le passé de la Côte d’ivoire sont révélées en public, et la révélation de ces vérités, constitue une grande contribution à un brillant avenir pour la Côte d’Ivoire.

Mais en bloquant, comme c’est le cas actuellement, l'audience publique des témoins, l’on bloque l’évolution paisible de la Côte-d'Ivoire et avec un juge de la CPI qui autorise que les témoignages soient secrets et à Huis Clos, ce juge joue avec le feu et s’oppose par ricochet, au premier but de la CPI et à l’objectif de Gbagbo / Goudé à coopérer avec la Cour Internationale: l’objectif commun de Vérité et Justice. L’injustice découle maintenant de la décision du juge d'avoir des Sessions Fermées à n’importe quel moment. Ce qui est un vrai scandale et qui mérite d’être comparé aux tribunaux corrompus de la Corée du Nord et de la Russie.

En Afrique du Sud, ils y a eu un procès, après une guerre civile brutale. L'archevêque Desmond Tutu a été le président de la Commission Vérité et Réconciliation du pays (CVR). La CVR a été créée par le gouvernement d’unité nationale de Nelson Mandela en 1995 pour aider les Sud-Africains à venir à bout de leur passé extrêmement troublé.

Il a été question d’enquêter sur les violations ayant eu lieu entre 1960 et 1994, afin de fournir un appui et des réparations aux victimes ainsi qu’à leurs familles; mais aussi de constituer un dossier complet et objectif des effets de l'apartheid sur la société sud-africaine. La plupart des audiences ont été diffusées en direct à la radio et à la télévision. Les audiences ont été publiques et non à huis-clos malgré le caractère horrible des faits. Ces audiences ont par ailleurs permis de révéler beaucoup de vérités sur le passé, permettant ainsi l'une des principales contributions de la CVR à la future nation Sud-Africaine.

La CPI devrait donc prendre l’exemple sur la manière de trouver la Vérité et la Justice en Afrique du Sud. En fermant les sessions dans le procès Gbagbo / Goudé, la CPI ferme les oreilles, les yeux et les cœurs des populations ivoiriennes qui sont désespérées de comprendre ce qui s’est réellement passé lors de la crise post-électorale en 2010/2011.

A moins que la CPI ne soit ouvertement utilisée comme un instrument sournois pour couvrir les crimes commis par toute autre personne qui aurait été impliquée dans ces affrontements horribles contre le régime légal de Gbagbo en 2010 et 2011?

J'espère que ma théorie est fausse et que la CPI changera sa mauvaise habitude de Sessions Fermées et deviendra le lieu public ouvert [oui que le procès soit diffusé à haute et intelligible voix dans des lieux publics tels que les mairies, les églises et les centres civiques], où la Vérité et la Justice ont le pouvoir au lieu de Spin Doctors et d’intérêts politiques.

Ces hommes nés dans l'hémisphère sud que sont Mandela, Tutu, Gbagbo, Goudé, semblent tous avoir une meilleure méthode de trouver la Vérité et la Justice que la CPI, cette entité née dans l’hémisphère nord, avec tout son argent, ses experts, son bâtiment flambant neuf, ses experts-média, ses spécialistes en Relations Publiques et par dessus, son inclination au changement constant de toutes les règles de la cour dans les dernières minutes, pour couvrir la Vérité et la Justice, au lieu de s’atteler à révéler cette Vérité et Justice désespérément recherchées par tous les Ivoiriens et leurs voisins ouest-africains.

Dans l’attente de votre réponse,
Bien cordialement !
Theodoor van Boven
Amsterdam- Pays-Bas




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